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lundi 8 juillet 2024

Le secret de la planète des singes de Ted Post (1970) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

L'une des plus mythiques œuvres de science-fiction elle-même adaptée d'un célèbre roman écrit par le français Pierre Boulle et publié pour la première fois en 1963 n'allait pas rester bien longtemps orpheline. En effet, alors que cinq ans plus tard La planète des singes allait rapporter sur le territoire américain plus de trente-deux millions de dollars et qu'en France il allait attirer plus d'un million et sept-cent mille spectateurs Franklin J. Schaffner allait abandonner la place de réalisateur au profit de Ted Post auquel l'on devait notamment jusque là, des épisodes de séries télévisées ainsi que quelques westerns dont Pendez-les haut et court en 1968 avec Clint Eastwood. Après la réalisation d'un épisode pour la série Peyton Place et pour Bracken's World en 1969, il incomba donc à Ted Post la difficile tâche de donner une suite à ce véritable monument au final absolument démentiel, repris d'ailleurs en ouverture de cette première séquelle sortie sur les écrans en 1970 sous le titre de Le secret de la planète des singes. Les fans de Charlton Heston, acteur à la gigantesque carrière qui allait persévérer dans la science-fiction (Soleil Vert de Richard Fleischer en 1973), apparaître dans l'un des classiques du film catastrophe (Tremblement de terre de Mark Robson en 1974) ou tenir la vedette du réaliste Un tueur dans la foule de Larry Peerce en 1976 allaient peut-être être déçus de constater que pour le deuxième volet de cette première franchise qui serait constituée de cinq longs-métrages, celui-ci n’apparaîtrait que lors de courtes séquences. La raison ? L'acteur estima que tout fut dit lors du premier film et qu'envisager de reprendre le rôle de Tyler n'aurait aucun intérêt. Et pourtant, Charlton Heston apparaît bien dans Le secret de la planète des singes. À commencer par la séquence d'ouverture lors de laquelle le personnage de Tyler découvrait que la planète en question était la Terre du futur sur laquelle, désormais, les singes régnaient en maîtres. À l'issue de cette mythique séquence l'on découvre James Franciscus dans le rôle de Brent. Un astronaute parti à la recherche de Tyler et qui tout comme lui s'est retrouvé dans une faille spatio-temporelle qui les projetèrent le capitaine de la navette et lui jusqu'en 3955. dDailleurs, à ce sujet, les observateurs noteront une incohérence chronologique puisque dans La planète des singes, le compteur temporel de la navette à bord de laquelle Tyler s'était écrasé sur le sol de la planète indiquait l'année 3978. Il est donc fort logique de penser que Brent et lui n'auraient pas dû se croiser à sa surface. Du moins, ce dernier aurait dû alors patienter durant vingt-trois ans avant de pouvoir espérer retrouver Tyler !


Dans cette seconde aventure, les personnages de Zira et de Cornélius seront minorés puisque le récit se concentrera essentiellement sur les personnages de Brent, de la sauvageonne Nova (Linda Harrison), du docteur Zaïus (Maurice Evans), du général Ursus (James Gregory) et des adorateurs d'un dieu à l'effigie d'une bombe atomique figurés par des humains mutants et télépathes auxquels se confrontera le héros ainsi qu'une armée constituée de gorilles. L'acteur Roddy McDowall ne reprendra d'ailleurs pas le rôle de Cornélius, lequel sera ainsi interprété par David Watson. Bénéficiant d'un budget revu à la baisse de trois millions de dollars, le compositeur Jerry Goldsmith laissant sa place à Leonard Rosenman, le film sort sur le territoire américain le 26 mai 1970 et une semaine plus tard dans l'hexagone. Le principal intérêt de cette séquelle repose sur cette étrange communauté qui voue un véritable culte à une bombe atomique qui trône dans une sacristie souterraine au cœur d'un vestige enfoui sous la surface de la Terre. Si l'effet de surprise n'y est plus s'agissant des origines de la planète sur laquelle se déroulent les événements, Brent se retrouve dans cette même position que Tyler en son temps lorsque celui-ci découvre effaré qu'il s'agit de la Terre lorsqu'il explore en compagnie de Nova un métro new-yorkais en ruines. Des Matte-painting qui de nos jours paraissent relativement grossiers mais qui permettent à Brent d'évoluer dans des environnements post-apocalyptiques. Au vu du succès de l’œuvre originale, il était fort envisageable de lui donner une suite à travers Le secret de la planète des singes qui en comparaison et qualitativement s'avère pourtant très en deçà. Les scénaristes Mort Abrahams et Paul Dehn conçoivent pour cette seconde mouture une conclusion des plus nihiliste, laquelle signe purement et simplement la fin de toute vie sur Terre puisque non seulement Tyler et Brent y connaîtront une fin tragique, mais la bombe atomique sera également activée, condamnant la planète à sa propre destruction. Ce qui n'empêchera pas les studios 20th Century Fox, au vu du succès du secret de la planète des singes, d'exiger de la part du producteur Arthur P. Jacobs, une nouvelle suite. Celle-ci, intitulée Les Évadés de la planète des singes, sortira sur les écrans un an seulement après le second volet. Kim Hunter et Roddy McDowall y réinterpréteront les rôles de Cornélius et de Zira et deviendront les principaux personnages/interprètes d'une œuvre se déroulant désormais dans le passé...

 

dimanche 22 avril 2018

Magnum Force de Ted Post (1973)



Réputé pour n'aimer personne et surtout pas ceux qu'on lui colle, le Lieutenant Callahan se voit attribué un nouveau coéquipier nommé Early Smith. Après le mexicain Chico, voilà qu'il doit accepter de travailler avec un noir. Callahan est relégué par le lieutenant Briggs au service des surveillance après qu'il ait jugé son comportement inadapté lors d'une récente intervention. Callahan s'intéresse de très près à une affaire qui secoue sans doute surtout les milieux criminels puisqu'une série de meurtres touche uniquement ces derniers. Callahan, qui n'a pas le droit de s'en mêler, parvient tout de même à s'incruster là où il n'est pas attendu, ce qui contrarie fortement son supérieur.

Les conseils de Briggs demeurant inefficaces, il aiguille Callahan sur un hypothétique coupable qui se révèle n'être en réalité qu'un leurre. Il n'y a pas UN coupable, mais quatre. Quatre motards de la police commandés par John Davis et qui écument la ville à la recherche de truands auxquels ils vont faire la peau.

Callahan soupçonne très vite le quatuor mais lorsqu'il fait part de ses soupçons au lieutenant Briggs, ce dernier nie les faits. Lorsque les quatre motards comprennent qu'ils sont dans le collimateur du Charognard, l'existence de celui-ci et de Early Smith sont mises en danger...

Second volet consacré à l'un des plus détestables flics de San Francisco, Magnum Force est réalisé cette fois-ci par Ted Post, cinéaste qui tourna déjà aux cotés de Clint Eastwood cinq ans plus tôt dans Pendez-Les Haut et Court. Cette suite au premier chapitre est du même acabit. Le personnage centrale demeure aussi attachant qu'exécrable sous certains aspects. Jugé raciste par son entourage, il n'en demeure pas moins capable de s'adapter aux coéquipiers que ses supérieurs lui imposent. Callahan est plus solitaire que xénophobe.

Clairement inspiré par les « fameux » escadrons de la mort au Brésil, Magnum Force a l'intelligence de faire passer un message sans faire dans le pompeux. Eastwood contient ses pulsions et enquête sur des hommes au demeurant insoupçonnable et doit surtout faire face à une hiérarchie inflexible dont le comportement étonne parfois jusqu'à ce que l'on comprenne pourquoi.

L'oeuvre possède quelques-un de ces fameux interludes durant lesquels notre inspecteur favoris s'occupe d'affaires différentes de celle qui sert d'intrigue principale. Ici, un détournement d'avion qui fera autant de victimes qu'il y a de preneurs d'otages. C'est évidemment Callahan qui a le dessus même si les tueurs ont toujours tendance à attendre leur tour pour tirer. On notera un concours de tir qui n'est pas anodin puisqu'il va permettre au lieutenant de mettre la main sur un important indice, corroborant ainsi ses soupçons.

Magnum Force est un film policier mâtiné d'action. A cette époque là, les cinéastes étaient encore capable de réaliser des œuvres efficace qui évitaient la surenchère. Aujourd'hui, tel n'est plus le cas. Outre la mise en scène de Ted Post et l'interprétation de tous les acteurs, c'est bien celle de Clint Eastwood qui donne toute sa grandeur au film. Un excellent volet...

dimanche 14 janvier 2018

Hang Em High de Ted Post (1968) - ★★★★★★★★☆☆



Le cinéaste américain Ted Post signait en 1968, un très grand western avec Hang Em High. Un scénario basant son intrigue autour du révisionnisme occidental remettant en question les idéaux fondés sur les coutumes du far West, et qui se révélèrent en fin de compte bien moins reluisants que dans les idées reçues. Clint Eastwood y interprète le rôle de Jedediah "Jed" Cooper, éleveur de bétail et ancien homme de loi accusé à tort d'avoir volé et tué le propriétaire d'un troupeau de bêtes par le Capitaine Wilson et ses hommes. Pendu sans autre forme de procès, il est sauvé in extremis par le marshall Dave Bliss qui ne passait pas tout à fait par hasard dans la région. Finalement reconnu innocent par le juge Adam Fenton, lequel lui offre un poste de Marshall, c'est porteur de sept mandats d'arrêt aux noms de ses lyncheurs que Cooper va se lancer à la poursuite de ces derniers afin de les faire enfermer et juger.
Face au désir de vengeance de Cooper, c'est l'opposition entre justice expéditive et tribunal impitoyable que tournera le récit du film qui chez nous sortira sur les écrans le 20 novembre 1968 sous le titre, Pendez-les Haut et Court. Un grand western, oui. Mais aussi et surtout, un grand malaise filmé en Couleur Deluxe. Le portrait peu élogieux d'une Amérique s'étant tout d'abord emparée des terres appartenant aux indiens. Mais là n'est pas vraiment le sujet. Ce qui intéresse Ted Post dans le scénario écrit par Leonard Freeman et Mel Goldberg, c'est d'abord les différentes formes qu'y prend la justice. Légale ou non, manifeste ou non-offcielle, dans le contexte de ce récit, elle dérange.

Tout commence donc par l'exécution de Cooper par des hommes s'affirmant hommes de loi, ce qui n'empêche pas certains d'entre eux de voler le condamné. L'un se saisit de la selle de son cheval tandis qu'un autre lui vole son portefeuille. Les visages expriment différents types d'émotions. Certains, de la gêne. D'autre, de l'incertitude quant à la culpabilité de Cooper, évaluée à la légère et sans qu'aucune preuve véritablement tangible à part la présence du bétail du propriétaire tué plus tôt dans les parages ne vienne définitivement étailler les soupçons de ces hommes qui se disent de loi mais tuent à la sauvage. Hang Em High n'aurait pu être qu'une succession d'actes mettant en scène un Clint Eastwood toujours aussi charismatique et tuant les uns après les autres ceux qui le jugèrent et le lynchèrent un peu trop rapidement.

Mais là où le scénario brille par son intelligence, c'est lors d'une scène durant laquelle intervient un événement avec lequel le personnage de Cooper entre en conflit. Si dans une certaine mesure, et selon la loi ayant court à l'époque, même un simple voleur pouvait finir la corde au cou, il y a dans ce double portrait de deux frères de dix-huit et seize ans ayant volé des bêtes en compagnie d'un homme plus mûr et seul responsable de la mort de leur propriétaire, de quoi remettre en question la justice un peu trop radicale en ce dix-neuvième siècle où la poudre et le chanvre parlaient un peu trop facilement. Afin d'étayer son propos et de s'assurer une attention de tous les instants de la part du spectateur, Ted Post nous assène aux trois-quarts du long-métrage une sextuple pendaison presque insoutenable dans son attente. Six condamnés pour presque autant de personnalités différentes. Parmis lesquels, les deux gamins cités plus haut, condamnés à mort par un juge que l'on avait loisir d'apprécier jusque là. Et toujours, Clint Eastwood, la marque de son lynchage pour nous rappeler son injustice, tentant de faire basculer le sort des deux jeunes condamnés. En vain puisque leur sort, justement, est déjà scellé.

Autre phénomène particulièrement absurde dans le comportement humain, ou du moins, tout à fait abjecte et admirablement retranscrit : la ferveur des habitants du village et de tous ces « touristes » venus assister à la multiple pendaison. Il demeure quelque chose de profondément indécent et de décadent dans ce spectacle de la mort où les chants religieux s'enchaînent, entrecoupés de rires gras et où la bière coule à flot. Seule minuscule note d'espoir dans ce monde chaotique et mortifère, un père refusant à son enfant d'assister à la pendaison. Un court répit immédiatement relayé par l'image marquante d'un père prenant sur ses épaules son enfant, à peine âgé de sept ou huit ans, histoire que le gamin n'en manque pas une goutte !

Si dans le font, le film se regarde essentiellement comme un excellent divertissement et un très bon western, c'est en analysant la forme que l'on y descelle tout le potentiel horrifique accentué par la partition musicale parfois minimaliste et anxiogène du compositeur et accordéoniste de jazz, Dominic Frontière. Aux côtés de Clint Eastwood, nous retrouvons notamment Pat Hingle dans le rôle du juge Fenton, Inger Stevens dans celui de Rachel Warren (incarnant ainsi encore une autre forme de justice), Ed Begley en Capitaine Wilson, ou Bruce Dern dans la peau de Miller. Quant aux plus attentifs, ils auront sans doute reconnu Dennis Hooper dans le minuscule rôle du « Prophète » au début du film. Un petit bijou à côté duquel il serait dommage de passer...
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