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mardi 16 avril 2019

The Carey Treatment de Blake Edwards (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆




D'abord connu pour la série de long-métrages La Panthère Rose (8 films en trente ans. 1963-1993), l'acteur, réalisateur et scénariste américain Blake Edwards s'attaque en 1972 au roman A Case of Need de l'écrivain de science-fiction Michael Crichton qui sous le nom de Jeffery Hudson, concoctait un thriller médical dans lequel un médecin enquêtait sur la mort tragique d'une adolescente victime d'une hémorragie vaginale reprochée à l'un de ses collègues et amis. The Carey Treatment reprend les grandes lignes du roman et James P. Bonner en fait une adaptation relativement convaincante. Réalisé six ans avant l'excellent Coma réalisé par Michael Crichton et qui prenait place lui-même dans le milieu hospitalier, The Carey Treatment lui demeure cependant bien inférieur. Mais l'on ne pourra cependant pas reprocher à l'acteur James Coburn d'en être responsable puisque sous la blouse blanche du Docteur Peter Carey (celui du titre original, donc), celui qui tourna avec les plus grands parmi lesquels on retrouve John Sturges (Les Sept Mercenaires), Sam Pecckinpah (qu'il approchera à trois occasions, dont le film de guerre Croix de fer), Sergio Leone (Il Était une Fois la Révolution) ou encore Michael Winner (Firepower) incarne à merveille ce spécialiste de la médecine légale qui découvre que contrairement aux affirmations des médecins en charge d'autopsier la fille du directeur de l'établissement, le Docteur J.D Randall, celle-ci n'était pas enceinte.

Persuadé de l'innocence de son ami le Docteur David Tao (l'acteur James Hong que l'on a pu notamment voir dans de nombreux films de guerre tels La Canonnière du Yang-Tsé de Robert Wise ou Le Merdier de Ted Post), Peter Carey est d'un tempérament assez direct. Qu'il s'agisse de son comportement vis à vis de la hiérarchie, des autorités policières, ou même de son attitude envers la gente féminine. En effet, James Coburn y tombe très rapidement amoureux de la sensuelle Jennifer O'Neill (vedette de la série Espion Modèle dans les années quatre-vingt) qui campe la très amoureuse Georgia Hightower, pourtant déjà mariée. Il demeure d'ailleurs dans la nouvelle relation entre Peter et Georgia, un sentiment de nostalgie fortement appuyé par la partition musicale de Roy Budd. Une litanie belle et triste ponctuant cette romance qui sur fond de thriller médical paraît terriblement fragile.

The Carey Treatment se divise en deux parties. Non pas en terme d'écriture mais de qualité. Alors que dans un premier temps le scénario est l'occasion d'assister à une enquête relativement bien pensée, le film se perd justement un peu trop par la suite dans son approche du thriller parfois ultra conventionnelle. Bien que Blake Edwards s'en sorte plutôt bien compte tenu du fait qu'il s'attaque ici à l'adaptation d'un scénario écrit à l'origine par un autre que lui (alors qu'il avait généralement pour habitude de tourner à partir de ses propres scripts), The Carey Treatment verse quasiment dans le Grand-Guignol vers la fin avec un développement sommaires chez certains personnages. Le capitaine Pearson incarné par l'excellent Pat Hingle manque effectivement d'envergure...Le couple James Coburn/Jennifer O'Neill est charmant sans que leur histoire d'amour ne soit jamais bouleversante, quant à l'intrigue, si le fait qu'elle se déroule en grande partie dans le passionnant milieu de la médecine est un atout, il y manque parfois un soupçon de profondeur et de rigueur scénaristique pour en faire un grand thriller. Reste que le film de Blake Edwards est tout à fait plaisant à regarder...

dimanche 14 janvier 2018

Hang Em High de Ted Post (1968) - ★★★★★★★★☆☆



Le cinéaste américain Ted Post signait en 1968, un très grand western avec Hang Em High. Un scénario basant son intrigue autour du révisionnisme occidental remettant en question les idéaux fondés sur les coutumes du far West, et qui se révélèrent en fin de compte bien moins reluisants que dans les idées reçues. Clint Eastwood y interprète le rôle de Jedediah "Jed" Cooper, éleveur de bétail et ancien homme de loi accusé à tort d'avoir volé et tué le propriétaire d'un troupeau de bêtes par le Capitaine Wilson et ses hommes. Pendu sans autre forme de procès, il est sauvé in extremis par le marshall Dave Bliss qui ne passait pas tout à fait par hasard dans la région. Finalement reconnu innocent par le juge Adam Fenton, lequel lui offre un poste de Marshall, c'est porteur de sept mandats d'arrêt aux noms de ses lyncheurs que Cooper va se lancer à la poursuite de ces derniers afin de les faire enfermer et juger.
Face au désir de vengeance de Cooper, c'est l'opposition entre justice expéditive et tribunal impitoyable que tournera le récit du film qui chez nous sortira sur les écrans le 20 novembre 1968 sous le titre, Pendez-les Haut et Court. Un grand western, oui. Mais aussi et surtout, un grand malaise filmé en Couleur Deluxe. Le portrait peu élogieux d'une Amérique s'étant tout d'abord emparée des terres appartenant aux indiens. Mais là n'est pas vraiment le sujet. Ce qui intéresse Ted Post dans le scénario écrit par Leonard Freeman et Mel Goldberg, c'est d'abord les différentes formes qu'y prend la justice. Légale ou non, manifeste ou non-offcielle, dans le contexte de ce récit, elle dérange.

Tout commence donc par l'exécution de Cooper par des hommes s'affirmant hommes de loi, ce qui n'empêche pas certains d'entre eux de voler le condamné. L'un se saisit de la selle de son cheval tandis qu'un autre lui vole son portefeuille. Les visages expriment différents types d'émotions. Certains, de la gêne. D'autre, de l'incertitude quant à la culpabilité de Cooper, évaluée à la légère et sans qu'aucune preuve véritablement tangible à part la présence du bétail du propriétaire tué plus tôt dans les parages ne vienne définitivement étailler les soupçons de ces hommes qui se disent de loi mais tuent à la sauvage. Hang Em High n'aurait pu être qu'une succession d'actes mettant en scène un Clint Eastwood toujours aussi charismatique et tuant les uns après les autres ceux qui le jugèrent et le lynchèrent un peu trop rapidement.

Mais là où le scénario brille par son intelligence, c'est lors d'une scène durant laquelle intervient un événement avec lequel le personnage de Cooper entre en conflit. Si dans une certaine mesure, et selon la loi ayant court à l'époque, même un simple voleur pouvait finir la corde au cou, il y a dans ce double portrait de deux frères de dix-huit et seize ans ayant volé des bêtes en compagnie d'un homme plus mûr et seul responsable de la mort de leur propriétaire, de quoi remettre en question la justice un peu trop radicale en ce dix-neuvième siècle où la poudre et le chanvre parlaient un peu trop facilement. Afin d'étayer son propos et de s'assurer une attention de tous les instants de la part du spectateur, Ted Post nous assène aux trois-quarts du long-métrage une sextuple pendaison presque insoutenable dans son attente. Six condamnés pour presque autant de personnalités différentes. Parmis lesquels, les deux gamins cités plus haut, condamnés à mort par un juge que l'on avait loisir d'apprécier jusque là. Et toujours, Clint Eastwood, la marque de son lynchage pour nous rappeler son injustice, tentant de faire basculer le sort des deux jeunes condamnés. En vain puisque leur sort, justement, est déjà scellé.

Autre phénomène particulièrement absurde dans le comportement humain, ou du moins, tout à fait abjecte et admirablement retranscrit : la ferveur des habitants du village et de tous ces « touristes » venus assister à la multiple pendaison. Il demeure quelque chose de profondément indécent et de décadent dans ce spectacle de la mort où les chants religieux s'enchaînent, entrecoupés de rires gras et où la bière coule à flot. Seule minuscule note d'espoir dans ce monde chaotique et mortifère, un père refusant à son enfant d'assister à la pendaison. Un court répit immédiatement relayé par l'image marquante d'un père prenant sur ses épaules son enfant, à peine âgé de sept ou huit ans, histoire que le gamin n'en manque pas une goutte !

Si dans le font, le film se regarde essentiellement comme un excellent divertissement et un très bon western, c'est en analysant la forme que l'on y descelle tout le potentiel horrifique accentué par la partition musicale parfois minimaliste et anxiogène du compositeur et accordéoniste de jazz, Dominic Frontière. Aux côtés de Clint Eastwood, nous retrouvons notamment Pat Hingle dans le rôle du juge Fenton, Inger Stevens dans celui de Rachel Warren (incarnant ainsi encore une autre forme de justice), Ed Begley en Capitaine Wilson, ou Bruce Dern dans la peau de Miller. Quant aux plus attentifs, ils auront sans doute reconnu Dennis Hooper dans le minuscule rôle du « Prophète » au début du film. Un petit bijou à côté duquel il serait dommage de passer...
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