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vendredi 27 avril 2018

Солярис - Solaris d'Andreï Tarkovski (1972) - ★★★★★★★★☆☆



Faisant suite à L'Enfance d'Ivan en 1962 et Andreï Roublev en 1966, Solaris est le troisième long-métrage du cinéaste russe Andreï Tarkovski qui désormais, change totalement d'univers et plonge ses interprètes dans la science-fiction en adaptant le roman éponyme de l'écrivain ukrainien Stanislas Lem. Sur une base scénaristique écrite de ses propres mains ainsi que de celles de l'écrivain et scénariste soviétique Friedrich Gorenstein, Andreï Tarkovski propose une œuvre de hard science-fiction se rapprochant davantage de 2001, l'Odyssée de l'Espace du cinéaste britannique Stanley Kubrick que de Star Wars ou encore de Star Trek. Une œuvre donc fort exigeante, longue de plus de cent cinquante minutes, ce qui peut alors expliquer le rythme léthargique auquel le spectateur est confronté. Certaines scène s'étirent à l'infini, comme le passage durant lequel le personnage de Henri Berton incarné par Valdislav Dvorjetski traverse d'innombrables tunnels à bord d'une voiture, jusqu'au coucher du soleil, sur une planète Terre se révélant fourmillant d'une vie beaucoup plus présente que celle, apparemment invisible à laquelle seront confrontés les personnages vivant à bord de la station installée sur la planète donnant son nom à cette œuvre de science-fiction difficile d'accès de par son approche.

Dès le départ, et à travers ses plans visant à montrer des végétaux balayés par les remous d'un léger courant marin, Andreï Tarkovski propose une œuvre en apesanteur. Après une longue séquence durant laquelle le spectateur assiste en noir et blanc, à une réunion évoquant la possibilité d'abandonner le projet 'Solaris', ses responsables envoient à bord de la station du même nom le psychologue Kris Kelvin (l'acteur Donatas Banionis), chargé de faire la lumière sur les propos tenus par Henri Berton, lequel affirme avoir été le témoin d'événements extraordinaires. Mais dès son arrivée sur la station, Kris est confronté à deux scientifiques apparemment très atteints psychologiquement. Le Dr Snaut (Jüri Järvet) et le Dr Sartorius (l'acteur Anatoli Solonitsyne qui interpréta le rôle-titre de l'oeuvre précédente du cinéaste russe) montrent des signes inquiétants de troubles comportementaux. Mais alors qu'il est chargé d'apporter son aide aux deux hommes (un troisième scientifique est malheureusement déjà mort lorsque Kris arrive sur la station), le psychologue semble lui-même être très rapidement atteint par ces mêmes troubles. C'est ainsi qu'il croise dans les coursives de la station, Khari, son ancienne compagne. Problème : la jeune femme est censée être morte depuis de nombreuses années.

C'est sur ce postulat qu'Andreï Tarkovski bâtit une œuvre où la science-fiction n'est presque qu'un prétexte afin d'évoquer la relation entre les personnages de Kris et de Khari, cette dernière étant incarnée par l'actrice russe Natalia Bondartchouk alors que le cinéaste avait d'abord envisagé d'offrir le rôle de la jeune femme à son ex épouse Irma Raush qui joua déjà dans les deux premiers longs-métrage d'Andreï Tarkovski. Il y serait presque question de Dieu également, car à travers Solaris, cette planète-océan recouverte par une matière protoplasmique, le psychologue et les scientifiques vont découvrir qu'elle est capable de générer ce que les trois hommes nommeront des 'Visiteurs', venus prendre contact avec eux. D'où la présence de Khera, visiteuse qui sous cette forme est certaine de retenir l'attention de Kris. S'ensuit alors une succession de séquences mettant en scène ce couple d'un genre nouveau, mêlant atomes et neutrinos (particules élémentaires instables). Andreï Tarkovski pose sa caméra devant ses deux principaux interprètes et rend ainsi hommage à l'amour tout en évoquant la possibilité d'une rencontre du troisième type. Et même, le cinéaste propose l'un des rares cas de rencontre du septième type (RR7) puisque Kris et Khari vont pousser leur relation jusqu'à avoir des rapports sexuels.
Planète-Océan, Planète-Cerveau, Solaris est le terreau d'émotions encore restées vierges. De celles dont ne sont pas encore maculés ces Visiteurs qui au contact des humains apprendront à véhiculer plusieurs d'entre elles. La technologie représentée ici étant presque réduite à sa plus simple expression, le film repose sur l'interprétation exclusive de ses interprètes. Film-fleuve de plus de deux heures-trente, Solaris pourra se révéler inconfortable, fort éloigné des standards hollywoodiens. Le cinéaste américain Steven Soderbergh réalisera trente ans plus tard un remake principalement interprété par George Clooney et Natascha McElhone. Amusant lorsque l'on sait que durant des décennies, Union Soviétique et États-Unis se livrèrent à une compétition dans le domaine de l’astronautique. Solaris est un grand film de science-fiction. D'une intelligence rare et exposant des hypothèses fort passionnantes. Il est de plus accompagné d'un travail sur la bande-son qu'il serait préjudiciable d'omettre : œuvre du composteur russe Edouard Artemiev et du preneur de son Semyon Litvinov...

mercredi 30 août 2017

Ikarie XB-1 de Jindřich Polák (1963) - ★★★★★★★☆☆☆



Cinq années avant l'immense 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, le cinéaste tchécoslovaque Jindřich Polák proposait une expédition spatiale à bord du vaisseau Ikarie XB-1. Son but, voyager jusqu'à l'étoile Alpha du Centaure afin d'approcher une planète blanche découverte récemment et que les scientifique du monde entier supposent pouvoir abriter des formes de vie. A bord du vaisseau, une quarantaine de scientifiques de toutes origines tentent de cohabiter. Alors que certains ont laissé compagnes et époux sur Terre, d'autres sont partis en couple. L'un des membres féminin devrait même d'ailleurs accoucher lors du voyage vers Alpha du Centaure dont la durée a été estimée à vingt-huit mois.
La séparation d'avec leurs proches a été difficile pour certains, d'autant plus que le voyage provoque un curieux phénomène de distorsion du temps. En effet, si le voyage ne dure que vingt-huit mois, sur Terre, quinze années auront passé. L'un des astronautes en fera les frais puisqu'au moment de quitter l'orbite terrestre, sont épouse restée au sol lui apprendra qu'elle est enceinte de lui. Lors du voyage, l'équipage du Ikari XB-1 croise la route d'une étrange navette que deux des astronautes iront explorer. Plus tard, les quarante passagers se retrouvent confrontés à une étoile noire dont les répercussions vont se révéler dramatiques, chacun se demandant alors si elle ne va pas remettre en question le but de leur voyage...

Il existe deux versions de Ikarie XB-1. On ne parle pas ici de la version tchécoslovaque réalisée par Jindřich Polák et d'un remake, mais deux versions d'un même film, le second étant une réadaptation produite pour le sol américain et qui change totalement le récit et son issue. Nous sommes alors plus près d'une œuvre fantastique que d'un simple film de science-fiction, faisant ainsi de Ikarie XB-1, un clone au format long de la série Twilight Zone. Ici, nous aborderons la version originale voulue par le tchécoslovaque. Une expédition somme toute assez réaliste et finalement beaucoup moins divertissante que les œuvres de science-fiction actuelle. Le film demeure cependant passionnant à suivre et reste même après plus cinquante ans, d'une grande modernité.
L'intrigue se déroule très exactement deux-cent ans après la création du film, soit en 2163. Tout le confort terrestre est à disposition. Salle de réception, salle de sport, salle de détente. Chambres individuelles. La seule contrainte demeurant dans le fait de devoir cohabiter avec des individus étrangers, de devoir partager leurs humeurs, ou d'être contraints et forcés de se nourrir à l'aide de gélules renfermant les principaux éléments nutritifs essentiel à la survie des membres de l'équipage.

Distorsion temporelle, recherche d'une vie extraterrestre, symptômes liés au confinement, découverte et exploration d'une navette, rencontre avec le passé, confrontation avec des objets stellaires. Tout semble avoir été dit dans ce film qui pourtant n'excède pas les quatre-vingt deux minutes dans sa version originale (la version américaine ayant en outre expurgé l’œuvre d'une bonne dizaine de minutes). Le film est une adaptation du roman The Magellan Nebula du polonais Stanislaw Lem, auteur qui aborda le désespoir des limites humaines et la place de l'humanité dans l'univers.
Filmé dans un superbe noir et blanc et dans des décors de science-fiction typiques de l'époque, Ikarie XB-1demeure remarquablement prenant. Sans doute pas aussi rigoureux que le sera cinq ans plus tard le film de Stanley Kubrick mais tout de même aussi passionnant. Le septième a rendu hommage à l’œuvre de Jindřich Polák en proposant une ressortie cinéma le 19 avril dernier. A voir absolument...
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