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lundi 8 juin 2026

Nuremberg de James Vanderbilt (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

À l'issue de la seconde guerre mondiale, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Union soviétique signent l'Accord de Londres, lequel établit un tribunal militaire international autorisé à poursuivre les criminels de guerre notamment pour crime contre l'humanité. Tandis que le procès auquel devront faire face de hauts responsables du régime nazi parmi lesquels se trouve le numéro 2 et bras droit d'Adolf Hitler, Hermann Göring, s'apprête à s'ouvrir, le psychiatre Douglas Kelley est dépêché en 1945 à la prison de Mondorf-les-Bains au Luxembourg afin d'expertiser l'état mental de hauts dignitaires nazis qui y furent enfermés après leur arrestation. Commandant en chef de la Luftwaffe entre 1935 et 1945, Reichsmarschall à partir de 1940, successeur officiel d’Hitler mais aussi signataire l'année suivante d’un ordre demandant la mise en œuvre de la Solution Finale visant à exterminer le peuple juif présent sur le territoire européen, Hermann Göring fait évidemment l'objet de toutes les attentions de la part de Douglas Kelley. Le long-métrage de James Vanderbilt n'est pas le premier à traiter du sujet puisque parmi les quelques tentatives à avoir vu le jour, l'on peut citer Judgment at Nuremberg de Stanley Kramer en 1961 avec Spencer Tracy, Burt Lancaster, Maximilian Schell, Marlene Dietrich, Judy Garland et Montgomery Clift ou le téléfilm québécois en deux partie intitulé Nuremberg et réalisé cette fois-ci par Yves Simoneau en 2000, avec Alec Baldwin, Brian Cox, Christopher Plummer ou encore Jill Hennessy dans les rôles principaux... Sorti le 28 janvier dernier en France, le Nuremberg de James Vanderbilt est une œuvre ambitieuse qui relate notamment la complexité des relations que développa le psychiatre Douglas Kelley ici incarné par l'acteur égypto-américain Rami Malek (la série Mr. Robot et le biopic consacré au groupe américain Queen, Bohemian Rhapsody) avec Hermann Göring, interprété quant à lui par Russell Crowe qui pour se fondre dans son personnage accepta de prendre du poids (lequel sera évalué aux environs de 125 kilos), d'observer les caractéristiques physiques et comportementales de l'ancien officier nazi, d'en apprendre davantage sur les faits historiques et enfin d'apprendre l'allemand afin d'apporter de la crédibilité à son incarnation... Pour autant, le long-métrage ne se présente non pas sous l'angle exclusif du procès de Nuremberg à l'issue duquel douze des vingt-deux prévenus furent exécutés par pendaison mais décrit très précisément la relation entre Hermann Göring et Douglas Kelley...


Des rapports qui apparaissent quelque peu ambigus, générant un certain malaise pouvant même bizarrement créer chez le spectateur une certaine forme d'empathie vis à vis du criminel de guerre. Le choix d'explorer dans cette première partie les relations entre les deux hommes rappelle une œuvre traitant d'un parti-pris similaire qui en 2021 concernait les transcriptions d'authentiques conversations ayant eu lieu entre le tueur en série américain Ted Bundy et l'agent spécial du FBI Bill Hagmaier. No Man of God d'Amber Sealey mettait déjà en lumière l'humanité d'un homme considéré alors de monstrueux après qu'il ait été reconnu coupable de plusieurs dizaines de meurtres. Alors, que penser d'un individu qui participa à l'élaboration d'un schéma visant à exterminer plusieurs millions de personnes ? Sur ce point, Nuremberg parvient à rendre ''attachant'' un personnage ô combien monstrueux lui aussi. Mais dont l'arrogance est beaucoup moins prégnante à l'image qu'elle ne l'était du temps de son vivant. Le scénario de James Vanderbilt, lequel repose sur The Nazi and the Psychiatrist de Jack El-Hai dans lequel l'écrivain revenait sur la relation entre le nazi et le psychiatre, explore effectivement la part d'humanité chez un Hermann Göring formidablement interprété par Russell Crowe et questionné par un Douglas Kelley lui aussi parfaitement incarné par Rami Malek même si ses différents ''tics'' faciaux dont il est affublé donnent la sensation qu'il n'a toujours pas intégré l'idée qu'il s'est enfin débarrassé des prothèses dentaires qu'il portait sur le tournage de Bohemian Rhapsody ! Qu'il s'agisse des alliés ou des nazis, chaque acteur est à sa place et gère parfaitement ses responsabilités. Notons malgré tout que parmi eux se dégage la courte mais néanmoins très émouvante présence de l'acteur britannique Leo Woodall qui dans le rôle du sergent Howie Triest apportera notamment sur un quai de gare et auprès de Douglas Kelley, un très émouvant témoignage. Belle reconstitution, mise en scène honorable bien que très conventionnelle, et musique passe-partout signée de Brian Tyler mais qui se fond parfaitement dans le décor. Bref, pas un chef-d’œuvre et sans doute encore moins le témoignage le plus bouleversant s'agissant de cette période sombre de notre histoire (en dehors du court et authentique document projeté lors du procès et ici ''imposé'' aux spectateurs dans toute son atrocité) mais une intéressante expérience de cinéma tout de même...


 

samedi 31 juillet 2021

The Little Things de John Lee Hancock (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Vingt-six ans après sa sortie sur les écrans de cinéma du monde entier, le thriller crépusculaire de David Fincher Seven continue à faire des émules. Et parmi eux, le Resurrection de Russell Mulcahy en 1999 et en 2013, l'excellent Prisoners de Denis Villeneuve. On pourrait en réalité citer des dizaines de longs-métrages dont l'approche est aussi sombre et désespérée. Et même trouver dans cette liste, des œuvre antérieures à celle réalisée par David Fincher. À commencer par la plus grande d'entre toutes. Le sublime et glaçant Manhunter de Michael Mann en 1986 ou le non moins traumatisant Bad Lieutenant d'Abel Ferrara en 1992. Dernier exemple en date, The Little Things et son tire passe-partout est signé du réalisateur John Lee Hancock, notamment auteur du biopic The Founder consacré aux frères Richard et Maurice McDonald, les fondateurs de la célèbre enseigne de fast food américaine mais s'appuyant surtout sur celui qui leur rachetea pour une poignée de pain, Ray Kroc. Avec The Little Things (sorti chez nous directement en vidéo sous le titre Une affaire de détails), on ne peut pas dire que John Lee Hancock ait conservé le même ton puisque son film plonge ses protagonistes dans une affaire criminelle particulièrement sordide : une série de meurtres sur laquelle enquête le jeune inspecteur de police de Los Angeles Jim Baxter. Ambitieux, celui-ci semble vouloir mettre toutes les cartes de son côté et se sert de l'expérience du shérif-adjoint Joe Deacon du comté de Kern, lequel est très provisoirement dépêché à Los Angeles...


Parfaitement intègre, Jim Baxter va devoir composer avec un ''Deke'' aux méthodes peu conventionnelles. Car l'important est de mettre une bonne fois pour toute la main sur celui qui jusqu'à maintenant a fait quatre victimes... Ici, pas de meurtres rituels basés sur les sept péchés capitaux mais un tueur qui comme le John Doe de Seven (interprété par le génial Kevin Spacey) joue avec les autorités. Mais le mimétisme avec l’œuvre de David Fincher ne s'arrête pas là. Car outre une ambiance mortifère accentuée par la partition musicale du compositeur Thomas Newman (Beignets de tomates vertes en 1991, Skyfall 2012, Spectre en 2015, etc...) et les nombreuses séquences tournées de nuit, le duo formé par Denzel Washington (que l'on ne présente plus) et Rami Malek (qui incarna notamment le chanteur du groupe Queen Freddie Mercury dans le long-métrage de Bryan Singer Bohemian Rhapsody en 2018, devenant par là-même, un acteur mondialement célèbre) rappelle sensiblement celui que formèrent Morgan Freeman et Brad Pitt dans Seven. D'un côté, le jeune loup blanc, impulsif, un peu trop sûr de lui et de l'autre le noir vieillissant et expérimenté. Tout comme Kevin Spacey, l'acteur Jared Leto (oui, oui, le héros de Requiem for a Dream, ce ''tout petit film'' signé de Darren Aronofsky qui traumatisa des légions de spectateurs et que l'on ferait bien de faire étudier aux élèves dès leur entrée en classe de 6ème...) incarne un cas de tueur typiquement américain.


Sans être une étude approfondie basée sur la psychologie du serial killer tel que les médias le décrivent en général, celui de The Little Things semble au moins être inspiré par l'un des plus célèbres d'entre tous, même s'il n'a au fond, jamais directement été au contact avec ses victimes : on parle ici bien évidemment de Charles Manson face auquel Jared Leto n'a absolument pas à rougir de la comparaison. Charismatique, nanti d'un look de redneck au regard totalement fou, à la voix traînante et au cynisme jusqu’au-boutiste, l'acteur marque véritablement le film de sa présence. Un long-métrage qui d'ailleurs se décompose en deux parties. Entre l'enquête difficile de deux flics que tout semble opposer et une seconde phase qui intègre totalement le tueur supposé. Tiens ! D'ailleurs tout comme dans Seven. Encore une circonstance dénuée de toute volonté de la part de ses auteurs ? Un sentiment d'incertitude dont les verrous sauteront forcément lors des vingt dernières minutes tant The Little Things semble vouloir approcher sa conclusion de celle, hautement saisissante, de Seven. Au final, un bon film mais qui ne restera malheureusement pas dans les mémoires pour les mêmes bonnes raisons que l’œuvre de David Fincher car à se cacher dans l'ombre du géant, le film de John Lee Hancock en deviendrait presque invisible...

 

mardi 1 janvier 2019

Un Réveillon au Cinéma : Bohemian Rhapsody de Bryan Singer (2018) - ★★★★★★★★★☆




Tradition oblige, cette année encore nous avons passé le réveillon enfermés dans les salles obscures du MEGACGR de Narbonne. Mais alors qu'il y a deux ans nous étions gâtés avec pas moins de deux excellents films de science-fiction (Premier Contact de Denis Villeneuve et Passengers de Morten Tyldum), cette année, il a fallut composer avec deux longs-métrages qui au départ ne nous semblaient pas dignes d'un réveillon du nouvel an. Après une première partie de soirée placée dans un angle d'une salle bondée et en inadéquation avec le confort exigé dans ce genre de situation, devant une comédie sympathique mais très légère et caricaturale (Le Gendre de ma Vie avec Kad Merad, Pauline Etienne, François Deblock et Julie Gayet), nous avons opté par défaut pour un biopic. Celui consacré au chanteur Freddie Mercury et à son groupe, Queen. Réalisé par Bryan Singer (tout de même auteur de Usual Suspects en 1995), Bohemian Rhapsody consacre presque deux heure trente à un artiste qui, on le constatera, méritait vraiment qu'on lui consacre un film.

Petit immigré du protectorat britannique de Zanzibar qui deviendra par la suite la Tanzanie en union avec le Tanganyika, celui qui s'appelle pour le moment de son vrai nom Farrokh Bulsara est bagagiste, vit avec ses parents, sa sœur, et passe tout son temps libre dans un bar dans lequel joue le groupe de rock Smile qui bientôt va perdre son bassiste. C'est l'occasion que choisit Farrokh pour s'imposer aux deux membres restant, Brian May, le guitariste, et Roger Taylor, le batteur. Le point de départ d'une carrière exceptionnelle pour un groupe qui connaîtra un succès mondial phénoménal mais également des passages à vide...

Si Bohemian Rhapsody se concentre surtout sur son emblématique chanteur qui officialisera son nouveau nom, Freddie Mercury, au grand désarroi de sa famille et notamment de son père, Bryan Singer n'en oublie pas pour autant les membres qui l'accompagnent. De Roger Taylor (Ben Hardy), en passant par Brizn May (Gwilym Lee), jusqu'à Lucy Boynton, dont le personnage de Mary Austin fut sa première véritable compagne et qui d'une certaine manière resta fidèle jusqu'à ce que la mort emporte Freddie Mercury. Le film remonte jusqu'au début des années soixante-dix, au moment même où le futur chanteur de Queen rencontre ses futurs amis et membres du groupe. Déjà, le spectateur sent percer les ambitions d'un artiste en devenir. Un homme au physique singulier, qui même s'il ne l'exprime jamais vraiment est complexé par une dentition proéminente, et qui parfois est le sujet de moqueries. Victime de racisme (certains le surnomment le 'Paki'), Freddie Mercury est les membres du groupe sont très rapidement propulsés au sommet. Sans doute mal préparé, et aveuglé par ses ambitions, la carrière du chanteur va donc nous être montrée sous son aspect lumineux, mais parfois, également, très obscure.

L'acteur d'origine égyptienne Rami Malek qui n'en est pas à ses débuts incarne un Freddie Mercury convaincant. De ses débuts de carrière à l'orée des années soixante-dix jusqu'au phénoménal concert Live Aid du 13 juillet 1985 à Wembley. Bryan Singer s'attache donc à nous dépeindre un artiste complet. Interprète, compositeur. Excentrique et narcissique, ce qui lui vaut parfois des problèmes auprès de certains producteurs et mêmes des autres membres du groupe. Freddie Mercury y est souvent fascinant, parfois touchant. Le long-métrage est l'occasion d'en apprendre davantage sur la genèse de certains des plus grands succès du groupe (comme le titre éponyme ou la chanson que le chanteur dédiera à sa première compagne Mary Austin, Love of my Life) et sur ses amours. Sans doute par pudeur ou par respect pour un artiste qui fit rêver des millions de fans, Bryan Singer ne se penche heureusement pas trop sur certaines dérives de la star. Ses problèmes de drogue sont relativement peu évoqués. Le film n'est cependant pas dénué de séquences troublantes,notamment celle qui le voit découvrir sa maladie, les individus louches qui parasitent son existence ou lorsque Mary et lui se disent au revoir sous la pluie. Bohemian Rhapsody est d'abord un formidable spectacle qui ne peut se concevoir ailleurs que sur grand écran. Nul besoin d'être fan de Queen ou d'avoir la moindre connaissance en préambule pour apprécier la magie qui émane de ce formidable biopic. L’œuvre de Bryan Singer prouve une fois encore que l'avis des critiques dits 'professionnels' importe peu, et même pas du tout. Négligé par une grande partie d'entre eux, Bohemian Rhapsodie est une brillante réussite. Un conseil : filez le découvrir au cinéma avant qu'il ne soit trop tard...

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