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samedi 18 janvier 2020

Death Warmed Up de David Blyth (1984) - ★★★★★★☆☆☆☆



Auteur d'une poignée de longs-métrages dont Angel Mine en 1978, Virus Vampire en 1990, Rouge Sang en 1997 et Wound en 2010, le réalisateur David Blyth est surtout connu des amateurs de cinéma d'épouvante pour avoir signé en 1984, l'un des tout premiers films d'horreur néo-zélandais. Trois ans avant sont homologue Peter Jackson qui signera en 1987 le cultissime Bad Taste mais trois ans après Strange Behavior de Michael Laughlin et deux après Next of Kin de Tony Williams qui demeurent deux productions internationales, David Blyth signait en effet son redoutable Death Warmed Up qui fit les beaux jours de la VHS dans l'hexagone en sortant à l'époque chez René Château, fameux éditeur français de vidéos qui dans les années quatre-vingt proposa sur le marché la mythique collection de films d'horreur ''Les Films que vous ne verrez jamais à la télévision''. Death Warmed Up fut LA réponse néo-zélandaise au cinéma organique et psychique du canadien David Cronenberg. N'ayant sans doute pas les moyens et les qualités requises pour proposer un produit aussi honorable que les grandes œuvres de l'auteur de Chromosome 3, Scanners ou Videodrome, le film de David Blyth apparaît souvent comme une série Z bien que contrairement à la majorité d'entre elles, le film possède ce petit quelque chose qui le démarque de la concurrence...

À commencer par l'absence de véritable ''héros''. En effet, Michael Hurst qui incarne Michael Tucker, qui sous l'emprise psychique d'un médecin dément tua ses deux parents avant de passer sept ans en hôpital psychiatrique n'est pas ce que l'on pourrait considérer de psychologiquement très sain. Ensuite, il y a ce médecin, justement. Interprété par l'acteur Gary Day, le docteur Howell a de grandes ambitions mais pour les mener à bien, il emploie des méthodes plus que douteuses dont les répercussions sur ses patients sont terribles : se prenant pour Dieu et convaincu d'avoir trouvé la formule d'un sérum capable de rallonger la vie, ses cobayes ressortent de leur traitement avec des séquelles physiques et intellectuelles épouvantables. Death Warmed Up aurait pu prendre la forme d'un banal slasher (l'histoire tourne également autour de Sandy (Margaret Umbers), Jeannie (Norelle Scott) et Lucas (William Upjohn), la compagne de Michael et deux de leurs amis, mais le réalisateur néo-zélandais choisi d'en faire un produit beaucoup plus étrange...

Se terminant sous des allures de fin du monde, la dégaine de certains mutants se rapprochant sensiblement des ''costumes'' visibles dans bon nombre de longs-métrages post-apocalyptiques, Death Warmed Up ménage des séquences d'une profonde noirceur accentuées par un nihilisme presque total. L'un de ses aspects les plus remarquables reste son ambiance parfois étouffante, morbide, graduellement mise en place par la glaçante partition musicale signée Mark Nicholas. Le réalisateur parvient avec aisance à nous faire entrer dans un univers terriblement anxiogène et barbare, où la morale est absente même chez l'autorité. Le médecin est un boucher, ses infirmières sont sinistres, l’hôpital est sordide, les affiches publicitaires arborant l'effigie de docteur Howell sont glaçantes et confiés aux ''bons soins'' de ce derniers, ses patients se muent en créatures humanoïdes repoussantes. S'il y a du David Cronenberg, il y a sans doute également du Tobe Hooper dans ce film bien plus vieux que la suite de Massacre à la Tronçonneuse et qui pourtant déjà, expose des individus au look semblable (on pense notamment au Chop Top Sawyer incarné par Bill Moseley dans la séquelle toujours réalisée par Tobe Hooper).

Si les couleurs, parfois, dégueulent et si le scénario est des plus mince, Death Warmed Up dégage une atmosphère si étrange et si puissamment anxiogène qu'on lui pardonne ses larges fautes de goût. Une œuvre que l'on hésite en tout cas à ranger dans tel ou tel compartiment. Horreur, épouvante, gore, fantastique, post-apocalyptique, B ou Z. Malgré ses défauts, cela n'a pas empêché le long-métrage de David Blyth de remporter cette année là la Licorne d'or au festival du grand Rex. Une reconnaissance méritée pour un cinéma néo-zélandais horrifique relativement frileux à l'époque. En tout cas, une curiosité qui même trente-cinq ans plus tard continue de faire son petit effet. Foutraque, mais culte !


dimanche 2 juillet 2017

Paradox de Michael Hurst (2016) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Il existe parfois des cinéastes qui osent faire prendre des risques à tout un pan du septième art. Pour ceux qui n'auraient jamais abordé la thématique du voyage dans le temps, qu'il s'agisse de boucle ou de paradoxe temporels, débuter leur carrière de cinéphile par ce Paradox signé Michael Hurst dont la filmographie est essentiellement émaillée de participations à différentes séries télévisées, aurait pu se révéler l'erreur à ne pas connaître. Paradox met tout d'abord en lumière la célèbre expression Avoir les yeux plus gros que le ventre. Car apparemment, entre les ambitions premières de son auteur et le résultat final, il y a un fossé que l'équipe technique du film n'est pas parvenue à franchir. Comment résoudre alors l'épineux problème du budget restreint lorsque l'on n'a pas les moyens de donner vie à la folle source d'inspiration née d'un scénario lui-même écrit par Michael Hurst ? Peut-être en demandant aux interprètes de redoubler d'effort dans leur implication du projet. Il y a foule derrière le genre évoqué ici et Paradox n'est qu'un minuscule outsider. Inutile d'espérer y déceler quoi que ce soit d'original par rapport à la concurrence. Tout ce que recèle d'intéressant ce petit film aux allures de téléfilm du dimanche après-midi tient uniquement dans l'énergie employée par les interprètes ainsi que dans le montage assez vif effectué par Robert Meyer Burnett. Au delà de ça, il n'est jamais évident de faire revivre à plusieurs reprises les mêmes événements à ses personnages, surtout lorsque la concurrence a donné naissance, il y a déjà de nombreuses années, au petit chef-d’œuvre qu'est Un Jour sans Fin de Harold Ramis.

Il s'agit donc ici de voyage dans le temps. Ni d'un voyage en un temps reculé, ni vers un futur très lointain. Juste une heure plus tard. Une toute petite heure durant laquelle un violent affrontement va avoir lieu. Une série de meurtres à laquelle notre voyageur temporel Jim échappera puisque l'heure séparant son départ (vingt-trois heures) de son arrivée (minuit) lui aura permis d'éviter d'être confronté au mystérieux tueur qui s'en est pris aux membres de son équipe. A côté de cela, une escouade comparable à notre RAID va tenter d'investir les lieux et de stopper les scientifiques qui, la mode l'exige, est surtout constituée de membres ne dépassant pas la trentaine. Mais pas seulement puisque Gale et Mr Landau (un hommage au Martin de Cosmos 1999 ?) font partie de l'aventure.

Reconnaissons-le tout de suite, Paradox est d'un point de vue artistique, particulièrement laid. Le cadre ultra étriqué du laboratoire (qui, permettez-moi de le dire ressemble davantage à une ancienne usine désaffectée) force l'équipe du tournage (interprètes compris) à redoubler d'inventivité. Comme je l'ai entendu de la bouche même de ma compagne avec laquelle j'ai regardé ce long-métrage qui peine à atteindre les quatre-vingt dix minutes, il faut avoir une maîtrise du sujet particulier précis pour ne pas tomber dans le puzzle temporel incompréhensible. Si d'une certaine manière Michael Hurst parvient de ce point de vue là à s'en sortir sans trop de bobos, le récit est assez désolant. Si Paradox explore bien toutes les différentes facettes du sujet, le manque de moyens est tel que les yeux nous piquent devant les navrants effets-spéciaux dus au trio Aidan Keith-Hynes, Ross J. Helton, Megan Melrose. Si l'arche sous laquelle se placent les voyageurs demeure d'une facture honnête, les effets pyrotechniques sont eux, absolument indigestes et nous renvoient à l'époque des premiers essais en matières d'images de synthèse.
Ne reste plus à espérer que l'interprétation soit à la hauteur. Et comme écrit plus haut, c'est bien entendu là dessus que repose tout l'intérêt de Paradox. Et même si l'on pourra d'abord reprocher au black de service (l'acteur Malik Yoba) de se mouvoir comme s'il paradait sur un podium de mode (apparence qui ne colle pas très bien avec l'image que l'on se fait d'un chef de projet scientifique de cette ampleur), même si l'on ne comprendra pas toujours pourquoi le personnage campé par Adam Huss change aussi littéralement de comportement (passant du personnage attachant à un être incapable de refouler sa violence), on appréciera l'interprétation de l'actrice Zoë Bell, véritable moteur de l'intrigue, tellement motivée qu'à elle seule elle donne au film l'impulsion nécessaire pour que l'on ne s'y ennuie pas. Concernant le sujet abordé, celui du paradoxe temporel, sachant que d'autres s'y sont essayé avec beaucoup plus de moyens et de talents, Paradox demeure trop faible pour que l'on ait envie de le revoir une seconde fois. A regarder un jour de pluie, ou un soir d'hiver...

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