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mercredi 31 août 2022

Esther 2 : Les origines de William Brent Bell (2022) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Treize ans après que le réalisateur espagnol Jaume Collet-Serra ait réalisé l'excellent Esther, l'américain William Brent Bell a pris la relève et à signé cette année la suite, ou plutôt la préquelle intitulée Esther 2 : Les Origines. Rien de bien mystérieux ne se cache derrière ce titre passe-partout qui promet donc de remonter aux origines du mythe de celle qui jusqu'à maintenant se faisait appeler Esther et dont l'ouverture de ce second long-métrage nous révèle son véritable nom : Leena Klammer. Laquelle, contrairement à ce qu'elle laissera prétendre une nouvelle fois, n'est pas une jeune adolescente mais une trentenaire atteinte d'une forme relativement rare de nanisme lui conférant des proportions physiques tout à fait normales (un peu comme les lilliputiens, en somme). Dans cette préquelle, Leena se fera donc passer pour Esther, une gamine d'origine américaine disparue depuis quatre ans qui, ''Ô miracle'', retournera dans son pays d'origine pour y retrouver ses ''parents'' Tricia et Allen Albright ainsi que son ''frère'' Gunnar. Et autant le dire tout de suite, l'auteur de The Boy en 2016 et de sa séquelle quatre ans plus tard n'a pas le talent du réalisateur espagnol. Esther 2 : Les Origines ne rend effectivement pas honneur à l’œuvre de Jaume Collet-Serra et ne constitue qu'une erreur de parcours supplémentaire pour cet auteur qui visiblement semble avoir quelques problèmes avec l'enfance. Alors que Esther était un modèle d'angoisse de plus en plus palpable à mesure que progressait le récit, on cherche encore à comprendre ce qui a pris à William Brent Bell de nous proposer un menu aussi indigeste que celui de cette préquelle. Déjà, reprendre dans le rôle principal d'Esther l'actrice Isabelle Fuhrman semble bien moins judicieux que d'avoir cherché à la faire interpréter par une autre actrice dont l'âge n'aurait pas posé de problème. Sachant que le récit se situe des années en arrière alors que l'actrice Isabelle Fuhrman a de son côté vieilli de treize années, la redécouvrir dans le rôle-titre est forcément peu crédible. Car si certaines méthodes utilisées afin de faire passer la pilule peuvent paraître tout à fait honorables, Isabelle Fuhrman a mûrit et son visage a forcément changé...


Si treize ans en arrière il semblait finalement assez crédible de l'imaginer dans la peau d'une adulte de trente-trois ans, l'inverse ne fonctionne malheureusement pas. On conseillera d'ailleurs à celles et ceux qui voudraient découvrir cette préquelle de ne surtout pas entreprendre le visionnage juste après avoir vu l'original car le résultat du passage à l'âge adulte de la principale actrice n'en serait que plus difficile à accepter ! Mesurant désormais un mètre-soixante, il fallait bien trouver un moyen de rendre à Isabelle Fuhrman la taille qui était la sienne en 2009. Filmée de près et jusqu'à la taille lorsqu'elle fait face à la caméra et remplacée par une jeune doublure dès qu'elle lui tourne le dos, l'illusion est plus ou moins réussie. Car malheureusement, le spectateur ne cessera d'avoir à l'esprit l'image d'une actrice n'ayant plus douze ans, mais vingt-cinq. Et autant dire qu'en terme de crédibilité, le long-métrage faillit terriblement sur ce point là. Et encore, ça n'est là que la partie émergée de l'iceberg puisque histoire de rajouter autant de couches qu'en contient un mille-feuilles en matière d'incongruités, le scénario de David Coggeshall nous fait ''bénéficier'' d'un récit hautement farfelu dès que va être engagé dans le récit, un twist dont l'improbabilité demeurera d'une constance jusqu'au générique de fin libérateur. [Spoil] : imaginez donc une intrigue dans laquelle une jeune femme totalement cinglée se réfugie dans une famille en plein désarroi depuis que son plus jeune membre a disparu. Imaginez ensuite que deux d'entre eux ne soient pas tout à fait étrangers à la disparition de la véritable Esther. Imaginez enfin que la mère sache très exactement ce qui retourne au sujet de l'arrivée de cette gamine se faisant passer pour sa fille Esther...


Un peu avant la moitié du long-métrage, l'on apprend effectivement que la mère Tricia sait que Esther... n'est pas Esther, mais une étrangère qui s'est insinuée dans sa famille tel un coucou s'installant dans le nid d'une autre espèce d'oiseau ! Le récit, qui déjà ne manquait pas d'utiliser de très grosses ficelles part carrément en eau de boudin invraisemblable et grand-guignolesque où tout est pourri, de la mère en passant par le fils et jusqu'à Esther qui de la créature monstrueuse passera par l'étape de la proie. Ne restait plus qu'à sauver le rôle tenu par Rossif Sutherland, fils de l'immense Donald Sutherland mais dont il ne semble malencontreusement pas avoir le dixième du talent. Malheureusement pour lui, peu aidé par un personnage pas très finaud et d'une déconcertante mollesse, les anglophobes qui découvriront le film doublé en français seront en outre certainement dépités par l'infecte doublage effectué par l'acteur belge Jean-François Rossion. L'un des soucis du film provient également du fait qu'aucun personnage ne soit attachant. Ce qui, au regard de l'esthétique générale du long-métrage demeure encore un moindre mal. D'une approche visuelle particulièrement laide, Esther 2 : Les Origines apparaît si souvent esthétiquement surfait que l'on a souvent la désagréable impression que le film a été majoritairement tourné sur fond vert. Une préquelle sans intérêt aucun, des personnages tous plus repoussants les uns que les autres, un travail sur l'image absolument dégueulasse et un récit complètement perché mais au demeurant, loin d'être aussi subversif qu'il n'y paraît, voilà ce qu'est le film de William Brent Bell. Toute l'angoisse ressentie lors du premier volet s'efface au profit d'un récit bancal et tout sauf passionnant. Poubelle !

 

mardi 14 août 2018

Edmond de Stuart Gordon (2005) - ★★★★★★★☆☆☆



Sur grand écran, l'acteur américain William H. Macy demeurait en cette année 2005, fidèle au type de personnages qu'il incarna notamment dans l'excellent Fargo des frères Coen une dizaine d'années auparavant. Soit celui du loser. Mais contrairement au personnage de Jerry Lundegaard que l'acteur incarna dans celui-ci, le héros de Edmond choisit non pas d'extorquer de l'argent à son beau-père mais de quitter la vie telle qu'il a connue jusqu'ici. Marié, père de famille et cadre supérieur d'une grande société, c'est sur un coup de tête consécutif au message émit à son encontre par une diseuse de bonne aventure qu'Edmond décide de tout quitter pour pénétrer dans un monde auquel il n'était pas préparé. De ses débuts en 1979 avec la pièce de théâtre Bleacher Burns jusqu'en 2008 et sa participation à la série Fear Itself, le cinéaste américain Stuart Gordon a réalisé, scénarisé et produit une vingtaine de séries télévisées et de longs-métrages. Au cinéma, il est surtout connu pour avoir débuté sa carrière de cinéaste avec le culte et très gore Re-Animator. Alors que son œuvre toute entière est émaillée de longs-métrages aux propos souvent fantastiques et surnaturels, Stuart Gordon a prix pour habitude dès l'année 2003 d'aborder des sujets de fond beaucoup plus proches de nous. Ses personnages devenant ainsi les témoins d'une société ravagée et dominée par le sexe, l'argent et la criminalité. Il invente notamment une nouvelle forme de héros qui ont tous en commun d'être d'une grande naïveté et sont tous insuffisamment préparés à leur nouvelle existence. Après le petit peintre en bâtiment Sean Crawley de King of the Ants et avant l'infirmière Brandi et le sdf Tom de Stuck, Edmond s'ouvre à des perspectives d'avenir dont il perdra le contrôle. Ce futur qu'il espère radieux et qui l'enverra en prison. Edmond forme avec les deux autres, une trilogie déprimante vouant un culte aux miséreux. Stuart Gordon leur rend hommage en leur consacrant une œuvre désespérée, nihiliste et mortifère. Là encore, il laisse tourner sa caméra dans des artères rendues à une faune hétéroclite ne se réveillant qu'une fois le soleil couché.

C'est sans concession que le cinéaste choisit de pénétrer un monde manquant cruellement d'optimisme, dans lequel chacun cherche à tirer profit de l'autre. Edmond dresse le portrait d'une Amérique corrompue par l'argent. Qu'il s'agisse de la prostituée, de la serveuse ou de l'étrange maquereau flairant le bon coup, tous régissent leur existence sur le mode du billet vert. Avec un certain cynisme, Stuart Gordon provoque le clash entre son héros et l'une des rares femmes ayant encore conservé son intégrité morale en la tuant de plusieurs coups de couteau. Derrière la noirceur du propos, le réalisateur continue à mettre en place des séquences hautement improbables comme pour désamorcer les passages les plus délicats. C'est ainsi que bien qu'étant un excellent acteur, le personnage qu'incarne William H. Macy apparaît parfois lors de scènes totalement absurdes.

La naïveté du héros est telle que parfois, on a du mal à y croire vraiment. L'individu qu'il forge tout au long du film est à ce point hors du contexte qu'il frise le ridicule. Edmond n'en demeure pas moins une œuvre choc, qui en dehors de quelques passages pas vraiment convaincants marque par son pessimlsme permanent. En l'espace de moins d'une heure trente, Stuart Gordon offre à son principal personnage l'occasion d'un véritable chemin de croix où Dieu et la religion ne sont jamais très loin. Aux côtés de William H. Macy nous retrouvons l'actrice Mena Suvari dans le rôle de la prostituée et Russel Hornsby dans celui de Shill, on retrouvera d'ailleurs ces deux interprètes deux ans plus tard dans le rôle du couple formé à l'occasion de Stuck. George Wendt quant à lui aura déjà incarné l'infâme Duke Wayne dans King of the Ants. Enfin, c'est au détour d'un hôtel sordide que l'on découvrira avec plaisir la présence de Jeffrey Combs, le plus fidèle interprète du cinéaste. Comme pour les deux autres longs-métrages cités plus haut, Edmond se révèle une très bonne surprise, les trois films complétant ainsi une excellente trilogie. En espérant que Stuart Gordon se réveille un jour de sa léthargie (cela fait dix ans qu'il n'a rien tourné) et nous propose pourquoi pas, une nouvelle aventure urbaine dans les bas-fonds de sa ville chérie...
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