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vendredi 23 janvier 2026

Venus de Jaume Balagueró (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Ce film n'est pas un film. Juste une blague. Bonne ou mauvaise, d'ailleurs. C'est à chacun d'estimer si le réalisateur et scénariste espagnol Jaume Balagueró a définitivement choisi de tourner la page du bon goût en matière de cinéma d'horreur et d'épouvante ou si c'est le public qui dans le cas de son dernier long-métrage intitulé Venus qui date déjà de trois ans n'a pas décodé le sens de son propos. Car si l'auteur du remarquable Los sin Nombre à la fin du siècle dernier ou celui du classique du film d'infectés [REC] qu'il réalisa en 2007 et en compagnie de son ancien comparse Paco Plaza a parfois su mettre en scène des scénarii pas inintéressants (comme Mientras Duermes vu à l'époque en 2011 sur grand écran avec ma compagne), son dernier bébé semble marquer le signe d'un affaiblissement dont la plupart des cinéastes spécialisés dans le genre souffre généralement au crépuscule de leur carrière. Mais bon sang ! Jaume Balagueró n'a que cinquante-sept ans. Un âge suffisamment jeune pour avoir encore le choix de tourner des films qui valent véritablement que l'on s'y implique et non pas des œuvres qui ne sont que l'ombre de toutes celles qui les précédèrent. L'un des points de ralliement de l’œuvre propre à celle du cinéaste espagnol est son goût pour les lieux clos. De [REC] et son immeuble mis en quarantaine pour cause de présence d'un virus rendant ses victimes particulièrement ''agressives'' en passant par Frágiles et son hôpital qui s'apprête à être fermé pour cause d'insalubrité et jusqu'à Mientras Duermes et son curieux gardien d'immeuble, Jaume Balagueró concentre souvent toutes les peurs de ses personnages dans des lieux dont il est parfois compliqué de s'échapper. C'est une fois de plus le cas avec Venus dans lequel il tente un mix entre horreur, fantastique et... thriller !


Le film met en scène la jeune et jolie Lucía (Ester Expósito). Une danseuse de charme qui travaille pour l'un des patrons de la pègre madrilène et qui un soir, avec la complicité d'un homme dont nous ne connaîtrons l'identité que plus tard, décide de dérober une grande quantité de drogue avant de fuir et de se réfugier chez sa sœur qu'elle n'a pas revue depuis des années. Hostile à sa venue, Rocío (Ángela Cremonte) vit avec sa petite fille Alba (Inés Fernández). Laquelle est très amie avec une jeune fille intellectuellement déficiente qui vit avec sa mère, sa tante et sa grand-mère. Prénommées Marga, Romina et Rosita, elles sont respectivement interprétées par Magüi Mira, Aten Soria et María José Sarrate. Trois personnages relativement étranges mais qui jusque là se montrent plutôt sympathiques envers notre héroïne qui plus tôt a donc débarqué chez sa sœur un sac rempli de pilules et la jambe en sang après qu'elle ait été attaquée par l'un des hommes de son employeur. En tout cas, nettement plus que sa propre sœur qui espère qu'elle déguerpira rapidement de chez elle. Et pourtant, après une nuit emplie de cauchemars, Lucia se réveille pour constater que sa sœur à filé en abandonnant Alba. Maintenant seule avec sa nièce, notre héroïne va désormais devoir affronter des forces qui dépassent l'entendement ainsi que les hommes de son boss venus jusqu'ici afin de récupérer la drogue et d'en découdre avec la voleuse... Si l'idée de mêler horreur, fantastique et thriller n'est en soit pas une mauvaises idée, il faut pourtant voir ce qu'en a fait Jaume Balagueró. Loin d'être aussi dispensable que le piètre Influencers de Kurtis David Harder découvert juste avant et que je risque avoir beaucoup de mal à critiquer sans m'énerver, Venus n'en est pas moins un long-métrage qui interroge sur les véritables intentions du cinéaste espagnol...


Car si en terme de frissons, le public risque d'être surtout impacté par le froid qu'il fait en ce moment que par les quelques rares saillies horrifiques qui surgissent ça et là lors du récit, le film est ponctué de tant de séquences invraisemblables qu'elles finissent par nourrir le sentiment que le film se parodie lui-même. Invraisemblances, disais-je ? Imaginez qu'à la manière d'un célèbre ''Jack'' de la fin du dix-neuvième siècle massacrant une poignée de prostituées dans le sinistre quartier de Whitechapel à Londres, notre héroïne se retrouve éventrée du nombril jusqu'au sternum mais que celle-ci ait la chance de survivre à ses blessures au point de pouvoir reprendre des forces après avoir seulement refermé sa très large plaie à l'aide d'une agrafeuse et l'avoir pansée à l'aide d'un rouleau d'adhésif ! N'ayant visiblement pas conscience du nombre de litres de sang que renferme un corps humain, Jaume Balagueró laisse son héroïne se vider de son sang. De sa première blessure à la jambe qui semble avoir touché l'artère fémorale comme en témoigne la giclée de sang qui s'en dégage jusqu'à cette séquence lors de laquelle une sorcière lui plante donc un couteau dans le bide pour remonter jusqu'au sternum, Lucia aurait dû mourir ''mille fois'' ! Mais non, toujours en mesure de se relever, la protagoniste va se lancer dans une vengeance qui ne prendra pas plus de... dix secondes. Le temps de faire exploser une bonbonne de gaz! Passons sur cette autre extravagance qui montre sa sœur, égorgée, capable malgré tout de parler ou du complice qui après s'être donné autant de mal pour organiser le vol de la drogue choisit finalement de faire machine arrière et ainsi trahir Lucia. Venus fait partie d'un projet initié en 2020 par le génial Álex de la Iglesia et notamment produit par Carolina Bang, Amazon Prime Video et Sony Pictures Espagne. Constituée ''pour l'instant'' de quelques longs-métrages, The Fear Collection fut complétée la même année avec La Abuela de Paco Plaza, Veneciafrenia d'Àlex de la Iglesia et deux ans plus tard avec Anatema de Jimina Sabadú. Question frissons promis par l'intitulé, ça n'est généralement pas le cas. Et surtout pas s'agissant de Venus qui prête surtout à involontairement sourire. Un film mineur dans la carrière de Jaume Balagueró qui depuis n'a pas fait grand chose puisque la même année, il réalisa l'épisode El Televisor pour la série Historias para no dormir à laquelle participèrent notamment Paco Plaza, Nacho Vigalondo ou encore Rodrigo Sorogoyen. Depuis, plus rien...

 

jeudi 1 août 2024

Cuando Los Ángeles Duermen de Gonzalo Bendala (2018) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Il y a des jours, et même des nuits, où rien ne se passe comme on le voudrait. Une journée de travail classique qui se poursuit avec un accrochage en voiture. Le responsable ne se donne même pas la peine de s'arrêter pour faire un constat. Cette curieuse attitude aurait sans doute dû alerter Germán (l'acteur Julián Villagrán), personnage central du dernier long-métrage du réalisateur espagnol Gonzalo Bendala, Cuando Los Ángeles Duermen, quant à la tournure que prendrait ce jour particulier où il aurait dû pouvoir rentrer plus tôt chez lui afin de fêter l'anniversaire de sa fille Estela (Sira Alonso) en compagnie de son épouse Sandra (Marian Álvarez) et de plusieurs proches. Le scénario se penche ensuite sur le personnage de Silvia (Ester Expósito), véritable tête à claques tellement crispante que le spectateur en viendra à s'arracher les cheveux devant l'attitude absolument détestable de cette adolescente âgée de dix-sept ans. Après avoir envoyé paître sa mère et son beau-père, la jeune femme part rejoindre sa meilleure amie ainsi que deux individus de sexe masculin, le tarin ''encocaïné''. La soirée se déroule mal et les deux amies décident de se séparer de leur compagnons de soirée. Marchant sur une route de campagne, tandis que Silvia fait une pause pipi, Gloria (Asia Ortega) est renversée par une voiture... conduite par Germán, lequel s'est endormi au volant. Commence alors pour l'homme d'affaire et Silvia, une véritable nuit de cauchemar. Assez peu crédible mais s'employant à reprendre certains codes comme ceux du survival, Cuando Los Ángeles Duermen a le défaut de s’appesantir sur la durée alors qu'il aurait mérité un montage beaucoup plus serré qui lui aurait permis d'être nettement plus nerveux et d'éviter ainsi toute redondance. Car le problème provient effectivement de cette répétitivité qui saute aux yeux et qui marque une certaine carence en matière d'écriture. Car dès lors que les enjeux sont mis en place, le récit ne tournera plus quasiment qu'autour des deux principaux interprètes, l'un pourchassant l'autre.


Le premier tentant de convaincre la seconde de sa bonne foi. Germán passant aux yeux de Silvia pour un assassin alors même qu'il n'est coupable ''que'' d'homicide involontaire (Gloria étant depuis passée de vie à trépas). .Le film se déroule donc en majorité de nuit et afin d'étoffer le récit pour ne pas strictement se concentrer sur nos deux héros en les enfermant dans une boucle sans fin (chose qui s''avérera pourtant être le cas durant une très grande partie du long-métrage), Gonzalo Bendala fait réapparaître un duo de flics qui plus tôt étaient déjà apparus lors d'un contrôle routier dont la cible était Germán. Quant aux deux garçons qui accompagnaient en début de soirée Slivia et Gloria, eux aussi réapparaîtront à plusieurs occasions, finissant même par être finalement poursuivis par les agents de police en question. Tout ce petit monde se croise sans vraiment trop se concentrer sur ce qui se déroule autour de lui. Comme condamnés à repasser dans la même zone géographique, Cuando Los Ángeles Duermen n'a malgré tout rien à voir avec l'excellent Identity de James Mangold. Ici, la probabilité que les deux policiers, Germán et Silvia ainsi que les deux jeunes garçons puissent se croiser à autant de reprises est du domaine de l'impossible. Une improbabilité qui confine à l'humour involontaire face à de telles invraisemblances. La particularité de Cuando Los Ángeles Duermen est cette manière si particulière d'aborder le genre Survival alors même que le poursuivant ne cherche absolument pas à faire disparaître de la surface de la terre la jeune Silvia mais à la convaincre de sa bonne foi. Là où le long-métrage de Gonzalo Bendala peut être intéressant est également dans cette longue progression qui poussera Germán à changer d'attitude vis à vis d'une Silvia totalement hermétique au discours du père de famille. Peu crédible mais généreux en terme de sensations, Cuando Los Ángeles Duermen est loin d'être un film qualitativement exceptionnel. Une œuvre qui se regarde plus qu'elle ne se déguste comme un met d'exception. Sympa, sans plus...

 

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