Tiraillé entre ma
fascination quasi maladive pour tout ce qui touche au survival
(-horror, je préfère le préciser) et ce désintérêt qui
m'étreint lorsque l'on évoque en ma présence toute aventure
impliquant le concept de survie en milieu naturel se contentant de
mettre en scène un homme et son animal de compagnie, c'est un pas en
avant et deux en arrière que j'ai pourtant passé la porte de la
salle obscure de mon cinoche préféré pour découvrir le dernier
long-métrage du réalisateur David Ayer et de l'acteur Brad Pitt.
Non pas que le premier fasse partie de mes cinéastes préférés ni
que le second me fasse le même effet qu'aux jeunes filles en fleurs
qui dans les années quatre-vingt dix mouillaient leur culotte à la
seule évocation de son nom mais bon, sans raison quelconque ou
peut-être parce que le nouveau et tant attendu film de Nicolas
Winding Refn n'y était pas projeté, j'ai donc opté pour Heart
of the Beast.
Ayant tout d'abord préféré échapper à l'avant-première qui eut
lieu mardi dernier à 20h20 au CGR de Narbonne afin d'éviter de me
frotter à un public dense et agité, c'est donc patiemment que j'ai
attendu que les choses se tassent et que les salles se vident... Brad
Pitt incarne l'ancien membre des forces spéciales à la retraite,
James Belmont. Ayant choisi de s'éloigner de toute civilisation, il
part à l'aventure en Alaska avec son chien Odin (Uber), un
magnifique berger allemand, chien de combat qui lors d'un conflit à
l'étranger fut gravement blessé à l'une des pattes et à la mâchoire. Après avoir fait la rencontre d'un vieil homme lors de
leur périple en hydravion (J. K. Simmons dans le rôle de Watkins),
ils remontent à bord de leur engin qui s'écrase au beau milieu de
la forêt après que James ait eu une attaque. À son réveil, sous
les eaux d'un lac, l'homme a perdu la trace de son chien. Une fois
celui-ci retrouvé, James prends la route afin de rejoindre un site
indiqué sur une carte..... Un homme, un chien et la nature comme
élément de danger. Une nature hostile qui prend bien évidemment
diverses apparences. Faune et flore semblent en effet s'est liguées
afin de transformer l'aventure de James et d'Odin en véritable
périple peuplé de dangers. Des loups, un ours, le froid ou encore
une rivière en crue, causant tous ou presque des blessures chez l'un
et l'autre de nos deux héros. Le concept étant évidemment
minimaliste, David Ayer ne peut compter que sur l'interprétation de
Brad Pitt mais aussi celle de Uber, lequel obéit au doigt et à
l'oeil. Sans compter la nature elle-même, aussi belle que
dangereuse...
Ici,
la symbiose entre l'homme et l'animal est repoussée dans ses
derniers retranchements puisque l'un sans l'autre, aucune survie ne
semble possible. Une histoire d'amitié, d'amour même entre James et
Odin, magnifiée par la caméra, filmant l'acteur et le chien dans
une cohésion quasi totale qui touche forcément le cœur de celles
et ceux qui savent ce que c'est que de vivre en compagnie d'un tel
animal. Le premier dépendant du second et vice-versa,
Heart of the Beast
offre aux spectateurs leur comptant de séquences de bravoure. Des
moments forts qui visent non seulement à activer certaines émotions
comme l'empathie pour le personnage à quatre pattes mais aussi pour
son maître, près à mettre sa propre existence en danger pour que
survive à ses côtés son compagnon. L'aventure est en outre pour
nos deux héros l'occasion d'oublier un tant soit peu les
traumatismes de la guerre qu'ils ont ensemble partagés. Le peu de
dialogues est ici contrecarré par une mise en scène de l'homme et
de l'animal assez subtile exprimée à travers le regard de l'un et
de l'autre. On en oublierait presque le statut de chien d'Odin/Uber
tant l'humanité transparait ici à travers son regard. Élément
essentiel du récit, le décor Néo-zélandais censé représenter
l'Alaska est magnifié par la photographie de Mauro Fiore. Un
environnement de toute beauté mais dégageant une certaine dureté
qu'exploite très bien la mise en scène de David Ayer. La structure
du récit a beau être on ne peut plus rudimentaire, Heart
of the Beast
n'en est pas moins doté de quelques fulgurances qui marquent instantanément les esprits. Comme lorsque James traverse une
rivière en crue en marchant sur un tronc renversé avant de tomber
dans les eaux et d'être sauvé in-extremis par son fidèle Odin. Au
final, il n'est pas certain que l'on veuille se replonger une seconde
fois dans cette aventure maintes fois vue sur grand écran mais au
temps présent, l'expérience vaut à elle seule le coup d'œil. Ne
serait-ce que pour échapper durant un peu plus d'une heure-trente
aux tracas du quotidien. Un hymne à la nature, à l'homme et aux
compagnons sur pattes qui gravitent autour de nous...
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