Lorsque trois écoterroristes s'introduisent dans des locaux
scientifiques de l'Organisation Mondiale de la Santé à Genève,
l'un d'eux est abattu par des agents de la sécurité, le second est
blessé puis emmené à l’hôpital tandis que le dernier parvient à
prendre la fuite. Malheureusement, pour lui et pour son complice, les
deux hommes sont entrés en contact avec une souche de la peste
pulmonaire. Si le premier meurt rapidement de la maladie, le second
est parvenu à s'échapper pour ensuite monter clandestinement à
bord d'un train reliant la gare de Genève à celle de Stockholm.
L'armée américaine envoie à Genève le colonel du renseignement
militaire Stephen Mackenzie (Burt Lancaster), lequel est chargé de
mener les opérations tandis que le docteur Elena
Stradner (Ingrid Thulin) est tenue d'étudier le cas du suspect
transporté à l’hôpital afin de trouver une solution pour éviter
le pire : En effet, maintenant que l'officier de l'armée
américaine et la spécialiste en microbiologie et en santé publique
connaissent l'origine de la maladie et savent que dans un train
transportant plus de mille passagers se trouve un clandestin atteint
de la peste pulmonaire, tous deux vont mener un combat pour éviter
que l'affection dont est atteint l'écoterroriste ne s'étende en
dehors du train... En pleine période de l'âge d'or du film
catastrophe, Le pont de Cassandra
(The Cassandra Crossing)
de George P. Cosmatos relève de plusieurs courants
cinématographiques puisqu'il empiète également sur les domaines du
thriller et de la stratégie géo-politico-militaire. Ici, plus que
la maladie, laquelle sert de lien entre les personnages et le
caractère pernicieux de l'intervention de l'armée américaine,
c'est bien d'un message anti-militariste qu'il s'agit puisque les
valeurs humanistes sans cesse actionnées à travers le discours et
l'attitude de la plupart des protagonistes enfermés dans un train
lancé à vive allure entrent en résonance avec la logique militaire
qui veut que le principal objectif soit de minimiser les conséquences
d'une épidémie. Comme très souvent dans ce genre de production qui
cette fois-ci prend place dans un train et non plus à bord d'un
avion ou d'un paquebot, les rôles principaux sont tenus par de
grandes vedettes du cinéma américain. L'on retrouve ainsi Burt
Lancaster qui au tout début de la décennie avait déjà incarné le
rôle du directeur général de l'aéroport international de Lincoln,
Mel Bakersfeld dans
Airport
de George Seaton. Et il ne sera pas le seul à revenir au thème du
film catastrophe puisque à ses côtés, l'on retrouve Ava Gardner
dans le rôle de Nicole Dressler, deux ans après qu'elle ait joué
celui de Remy Graff dans l'excellent Tremblement
de terre de
Mark Robson, Richard Harris dans celui du docteur Jonathan
Chamberlain deux ans après avoir incarné le rôle du démineur et
Lieutenant Commandeur Anthony Fallon dans le tout aussi réussi
Terreur sur le Britannic de
Richard Lester, ainsi que l'ancien joueur professionnel
de football américain O.
J. Simpson qui deux ans avant d'incarner le faux prêtre mais vrai
flic Haley dans le film de George P. Cosmato avait interprété le
rôle du chef de la sécurité Harry Jernigan dans le génial La
tour infernale
de John Guillermin...
D'autres
grandes stars participent également au projet. Comme la superbe
actrice italienne naturalisée française Sophia Loren qui interprète
ici Jennifer Rispoli, l'ex épouse du docteur Chamberlain. Martin
Sheen, célèbre comédien, père d'une flopée d'acteurs parmi
lesquels Charlie Sheen et Emilio Estevez et qui joue ici le rôle de
Robby Navarro, un jeune gigolo héroïnomane vivant aux crochets de
Nicole Dressler. Plus anecdotiques sont les présences de Lionel
Stander qui endosse l'uniforme du contrôleur du train Max (un prénom
qu'il retrouvera lors de sa participation à la mythique série
télévisée Pour
l'amour du risque
entre 1979 et 1984), d'Ann Turkel qui interprète le rôle de la
hippie Susan ou encore celle de la toute jeune Fausta Avelli qui joue
ici le rôle de Caterina et qui durant sa courte carrière côtoiera
notamment Lucio Fulci (La
longue nuit de l'exorcisme et
L'emmurée vivante)
ou bien Dario Argento (Phenomena).
Une grande partie des scènes se situent donc dans un train menacé
de devenir le terreau d'une épidémie foudroyante. Mais si le mot
Peste effraie, bizarrement, la guérison s'avère relativement aisée
grâce à l'apport d'une forte dose d'oxygène ! L'implication
de l'armée vise ici à transformer le train en zone de quarantaine,
des soldats en combinaison et armés jusqu'aux dents instaurant ainsi
la loi martiale. Les voyageurs n'étant plus traités comme hommes
ou des femmes mais comme de multiples foyers d'infection. Aucun droit
à la parole et donc non décisionnaires de ce qui adviendra d'eux,
l'on comprend alors peu à peu le projet mis en place par le colonel
Stephen Mackenzie et ses supérieurs. Le message ici est très clair
et s'inscrit finalement dans une certaine logique sécuritaire :
la vie d'un millier d'hommes et de femmes vaut moins que la survie
d'une ville ou d'une nation toute entière. De cette critique en
ressort une œuvre qui ne ménage ni ses effets, ni les passagers du
train puisque entre le ''jeu de massacre'' qui va opposer nos héros
aux soldats en combinaison et une fin authentiquement tragique, le
nombre de morts ne se comptera plus sur les doigts d'une ou deux
mains mais sur des dizaines...
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