Après avoir vanté les
qualités de réalisateur du cinéaste japonais Kōji Shiraishi à
travers deux de ses longs-métrages intitulés Noroi
et Okaturo,
il est regrettable de constater que ses prédispositions à mettre en
scène des personnages dans divers Found Footage ne se maintient pas
systématiquement. Pour preuve, Shirome
qu'il réalise en 2010. Un long-métrage qui perpétue cette longue
tradition qui chez Kōji Shiraishi consiste à filmer des individus
caméra à l'épaule et un interagissant avec eux comme s'il était
en train de mettre en scène un documentaire. Comme pour les exemples
précédents, Shirome
s'intéresse à un cas très spécifique de phénomène surnaturel
puisque l'action va en partie se dérouler dans une ancienne école
désaffectée où eurent lieux de tragiques événements. C'est en
effet dans une classe du deuxième étage que furent retrouvés les
corps suspendus à des cordes de deux élèves supposées s'être
suicidées. Mais pour certains, la mort des deux jeunes filles fut
probablement liée à une légende selon laquelle lorsque l'on fait
un vœu auprès du Kami (entité vénérée dans le shintoïsme)
Shirome sans être totalement convaincu de son existence, celui-ci
peut pousser ceux qui font appel à lui au suicide ou à la folie...
Tout comme dans Okaturo,
Kōji Shiraishi interprète son propre rôle et propose à un groupe
de six jeunes chanteuses qui ont la particularité d'exister
réellement d'interpréter ceux des héroïnes féminines. En effet,
tandis que de nos jours Kanako Momota, Shiori Tamai, Ayaka Sasaki et
Reni Takagi ne sont plus que quatre, elles formèrent au départ aux
côtés d'Akari Hayami et Momoka Ariyasu le groupe Momoiro
Kurōbā Zetto.
Très populaires au Japon, les jeunes femmes se retrouvent donc au
centre de ce récit qui mêle donc Found Footage, légendes urbaines
et fantastique... Il est fort probable qu'en mettant en scène les
six jeunes chanteuses, Kōji Shiraishi ait pris le parti à l'époque
de faire la promotion de leur groupe car alors comment justifier la
présence d'interprètes qui à défaut d'être de véritables
artistes de la chanson n'ont aucun talent pour l'interprétation ?
Pourtant, ici, le cinéaste japonais ne demande rien d'autre à ses
interprètes que de demeurer elles-mêmes et de pousser régulièrement
des cris lorsque le script le demande. En dehors de l'intérêt de
présenter un groupe d'adolescentes typiques du Pays du Soleil
Levant, avec leurs codes vestimentaires et celui de mettre en avant
un groupe musical offrant des shows paraît-il très ''revigorants'',
Shirome
manque probablement d'être l'un des plus mauvais films du genre
Found Footage alors même que son auteur peut s'enorgueillir d'avoir
réalisé avant cela les meilleurs d'entre eux. Ici, le concept est
simple...
Réunir
les jeunes filles dans cette fameuse classe et les pousser à faire
un vœu auprès de Shirome
afin qu'elles puissent accéder à une populaire émission de
télévision japonaise. Le film se divise ainsi en deux parties. La
première présentant évidemment les membres du groupe, de frêles
de jeune femmes qui ne cessent de hurler pour un oui et pour un non.
D'ailleurs, si certaines précautions doivent être entreprises
devant des longs-métrages diffusant des images graphiquement fortes,
ici, l'on conseillera aux spectateurs de se munir de paracétamol
tant Kanako Momota, Shiori Tamai et leurs copines ont tendance à
produire des cris stridents qui rapidement donnent des maux de tête.
Ici et comme cela est récurrent chez Kōji Shiraishi, l'on ne
s'étonnera pas d'apercevoir des phénomènes d'ordre surnaturel très
habituels chez le cinéaste japonais. Des orbes, qui en passant au
dessus des têtes ont des conséquences directes sur l'action des
personnages. Tandis que la première partie, relativement longue,
pesante et s'intéressant principalement à nos jeunes héroïnes,
situe son action dans la moyenne basse des attentes des spectateurs,
la seconde ne se révèle malheureusement pas tellement plus
fascinante. Peu inspiré, Kōji Shiraishi manque de jouer avec
certains repères qui voudraient que le récit repose (ou non) sur
une certaine forme de manipulation physique et mentale. On ne sait
jamais vraiment quel est le but réel du cinéaste s'agissant du
projet d'emmener les jeunes filles là où le double suicide se
déroula. Les emmène-t-il vraiment pour qu'elles accèdent à la
populaire émission de télévision ou agit-il uniquement dans un but
personnel opportuniste ? Toujours est-il qu'en matière
d'effroi, Shirome
s'avère
relativement maigre. Voire même inexistant. Quelques bribes d'images
sont appréciables, comme lorsque l'une des jeunes filles est
réveillée par une orbe alors qu'elle dort aux côtés de ses amies
dans un dortoir ou lorsque un ''historiens'' des événements
tragiques survenus dans le passé est pris d'une crise d'hystérie
juste avant que le groupe ne pénètre entre les murs de l'école.
Mais à part ces quelques fragiles envolées, le film n'a absolument
aucun intérêt... L'on poussera alors les spectateurs à se
rediriger vers Noroi
et Okaturo
plutôt
que du côté de ce petit long-métrage dénué de tout impact
émotionnel et physique...
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