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mardi 28 avril 2026

Jiu Long Cheng Zhai : Wei Cheng (City of Darkness) de Soi Cheang (2024) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Trois ans après la sortie de l'extraordinaire Limbo du réalisateur hongkongais Soi Cheang, l'auteur de l'un des plus grands thrillers de l'histoire du genre revenait en 2024 avec Jiu Long Cheng Zhai : Wei Cheng (City of Darkness). En changeant presque radicalement de sujet tout en développant un univers étonnamment similaire à son antépénultième long-métrage, le cinéaste confie à nouveau l'écriture du script à la scénariste hongkongaise Au Kin-yee ainsi qu'à Tai-Lee Chan et Chun Lai. Une œuvre qui apparaîtra là encore d'une ampleur tellement forte que l'expérience ne peut que laisser des traces indélébiles dans l'esprit du spectateur une fois la projection arrivée à son terme. Il faut tout d'abord savoir que le scénario du film est basé à l'origine sur le Manhua (l'équivalent chinois de la bande-dessinée japonaise connue elle sous le nom de Manga) éponyme d'Andy Seto dont la majorité des œuvres est emprunte d'un goût prononcé pour les arts-martiaux. C'est d'ailleurs en partie à travers cet aspect très spécifique du long-métrage que celui-ci se démarque de Limbo dont l'intérêt principal tournait notamment autour d'une enquête policière visant la reconnaissance, la traque et l'arrestation d'un tueur en série s'en prenant exclusivement à des femmes dont il coupait la main gauche. Ici, rien à voir puisque si dans dans ce dernier l'intrigue se déroulait dans un immense dépotoir auquel l'on pourrait malgré tout comparer l'incroyable complexe immobilier où se déroule celle de Jiu Long Cheng Zhai : Wei Cheng, le récit s'intéresse tout d'abord à Chan Lok-Kwun (Raymond Lam), jeune réfugié clandestin qui pour gagner suffisamment d'argent et ainsi s'acheter de faux papiers participe à des combats clandestins. À la suite d'une victoire, le chef d'une triade (Sammo Hung dans le rôle de Mr Big) lui propose de lui procurer une fausse carte d'identité dans les deux semaines à venir. Sentant le vent de l'arnaque souffler, Chan décide de prendre la fuite tout en dérobant un sac de drogue appartenant à Mr Big. Poursuivi par son bras droit King (Philip Ng) et plusieurs membres de la triade, le clandestin se réfugie in-extremis dans la cité fortifiée de Kowloon que gère Dik Chau (Richie Jen) et dont Cyclone (Louis Koo) est chargé de la sécurité.


Prenant Chan sous son aile, le jeune homme s'intègre rapidement et se fait plusieurs amis parmi les membres de cette autre triade qu'évitent scrupuleusement d'approcher les membres de Mr Big. Tandis que l'objectif de Chan était jusque là de se procurer des papiers et de quitter le pays, au contact de ses nouveaux compagnons, celui-ci décide de demeurer sur place, avec l'accord de Cyclone... Bon, on ne va dérouler tout le fil d'un récit qui peut apparaître relativement commun mais qui pourtant développe toute une série de sous-intrigues qui pourraient de prime abord apparaître difficiles à démêler. Mais c'est bien là que la prouesse légendaire de Soi Cheang entre une nouvelle fois en action. Entre thriller, film de gangs, art-martiaux et vengeance, le hongkongais parvient à déjouer, à contourner la complexité d'un script qui s'autorise divers couloirs scénaristiques pour obtenir au final une œuvre d'une totale cohésion. Ce qui marque en partie les esprits, au delà des remarquables chorégraphies lors des combats auxquelles l'on peut notamment raccorder le long-métrage à des œuvres telles que The Raid de Gareth Evans (et sans doute d'autres films dont je n'ai pas connaissance puisque je ne suis habituellement pas féru du genre) ou des décors dantesques que l'on doit au chef décorateur Kwok-Keung Mak, c'est bien cette histoire d'amitié et de loyauté que l'on rencontre dans cet univers désargenté où survivre passe essentiellement par un engagement vis à vis d'une personne ou comme ici, un groupe d'individus que nous n'étions pourtant pas forcément prêts au départ à découvrir sous un jour bienveillant...


L'une des forces du long-métrage se situe effectivement autour de Chang, de Cyclone, son protecteur, mais aussi de cette ''bande des quatre'' que le réfugié forme en compagnie d'un trio de personnages plutôt attachants : Shin (Terrance Lau), Douzième Maître (Tony Wu) ainsi que AV (V.H.S dans la version française) qu'incarne German Cheung... Face aux ''gentils'' du film, le script leur oppose le bedonnant Mr Big, pourtant capable de se battre au corps à corps avec force, talent et détermination. Mais le véritable antagoniste du récit reste bien son bras droit, King. Un psychopathe au rire de sadique dont les capacités physiques dépassent de très loin ce que l'on peut imaginer dans le monde réel mais qui dans une œuvre de fiction en outre adaptée d'une bande-dessinée asiatique n'a absolument rien d'étonnant. Comme l'on ne s'étonnera pas de l'invraisemblance qui englobe la majorité des combats qui pourtant sont un véritable régal pour les yeux. Maîtrisant le cadre et l'espace avec tout le talent d'un ingénieur en nanotechnologies travaillant à l'échelle des atomes, Soi Cheang a tourné son film à Hong-Kong, dans des studios où fut reconstituée en grandes partie et à échelle humaine la Citadelle Fortifiée de Kowloon, authentique enclave chinoise construite au temps de la dynastie Song (960-1279) et finalement détruite bien des siècles plus tard, en 1993. L'intrigue se déroule d'ailleurs dans les années 80 même si cela n'est pas forcément visible à l'image. Un détail au regard de l'incroyable environnement, fait de rapiéçages, de murs et de plafonds éventrés, de débris innombrables, de canalisations reliées entre elles (on pense bien évidemment au Brazil de Terry Gilliam auquel ce détail semble se référer), bref, un visuel au moins aussi saisissant que le noir et blanc de Limbo même si le choix de la couleur et le travail pourtant remarquable du directeur de la photographie Siu-Keung Cheng (déjà présent sur le tournage de Limbo de Ming'an) est très légèrement moins ''impactant''. Au final, Jiu Long Cheng Zhai : Wei Cheng est bien tel qu'on l'espérait : un grand film d'action, d'arts-martiaux, doté d'une ribambelle d'acteurs charismatiques et de beaucoup, beaucoup, beaucoup d'autres qualités... !

 

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