Trois ans après la sortie de l'extraordinaire Limbo
du réalisateur hongkongais Soi Cheang, l'auteur de l'un des plus
grands thrillers de l'histoire du genre revenait en 2024 avec Jiu
Long Cheng Zhai : Wei Cheng (City
of Darkness).
En changeant presque radicalement de sujet tout en développant un
univers étonnamment similaire à son antépénultième long-métrage,
le cinéaste confie à nouveau l'écriture du script à la scénariste
hongkongaise Au
Kin-yee ainsi qu'à Tai-Lee Chan et Chun Lai. Une œuvre qui
apparaîtra là encore d'une ampleur tellement forte que l'expérience
ne peut que laisser des traces indélébiles dans l'esprit du
spectateur une fois la projection arrivée à son terme. Il faut tout
d'abord savoir que le scénario du film est basé à l'origine sur le
Manhua
(l'équivalent
chinois de la bande-dessinée japonaise connue elle sous le nom de
Manga)
éponyme d'Andy Seto dont la majorité des œuvres est emprunte d'un
goût prononcé pour les arts-martiaux. C'est d'ailleurs en partie à
travers cet aspect très spécifique du long-métrage que celui-ci se
démarque de Limbo
dont l'intérêt principal tournait notamment autour d'une enquête
policière visant la reconnaissance, la traque et l'arrestation d'un
tueur en série s'en prenant exclusivement à des femmes dont il
coupait la main gauche. Ici, rien à voir puisque si dans dans ce
dernier l'intrigue se déroulait dans un immense dépotoir auquel
l'on pourrait malgré tout comparer l'incroyable complexe immobilier
où se déroule celle de Jiu
Long Cheng Zhai : Wei Cheng,
le récit s'intéresse tout d'abord à Chan Lok-Kwun (Raymond Lam),
jeune réfugié clandestin qui pour gagner suffisamment d'argent et
ainsi s'acheter de faux papiers participe à des combats clandestins.
À la suite d'une victoire, le chef d'une triade (Sammo Hung dans le
rôle de Mr Big) lui propose de lui procurer une fausse carte
d'identité dans les deux semaines à venir. Sentant le vent de
l'arnaque souffler, Chan décide de prendre la fuite tout en dérobant
un sac de drogue appartenant à Mr Big. Poursuivi par son bras droit
King (Philip Ng) et plusieurs membres de la triade, le clandestin se
réfugie in-extremis dans la cité fortifiée de Kowloon que gère
Dik Chau (Richie Jen) et dont Cyclone (Louis Koo) est chargé de la
sécurité.
Prenant
Chan sous son aile, le jeune homme s'intègre rapidement et se fait
plusieurs amis parmi les membres de cette autre triade qu'évitent
scrupuleusement d'approcher les membres de Mr Big. Tandis que
l'objectif de Chan était jusque là de
se procurer des papiers et de quitter le pays, au contact de ses
nouveaux compagnons, celui-ci décide de demeurer sur place, avec
l'accord de Cyclone... Bon, on ne va dérouler tout le fil d'un récit
qui peut apparaître relativement commun mais qui pourtant développe
toute une série de sous-intrigues qui pourraient de prime abord
apparaître difficiles à démêler. Mais c'est bien là que la
prouesse légendaire de Soi Cheang entre une nouvelle fois en
action. Entre thriller, film de gangs, art-martiaux et vengeance, le
hongkongais parvient à déjouer, à contourner la complexité d'un
script qui s'autorise divers couloirs scénaristiques pour obtenir au
final une œuvre d'une totale cohésion. Ce qui marque en partie les
esprits, au delà des remarquables chorégraphies lors des combats
auxquelles l'on peut notamment raccorder le long-métrage à des
œuvres telles que The Raid
de
Gareth Evans (et sans doute d'autres films dont je n'ai pas
connaissance puisque je ne suis habituellement pas féru du genre) ou
des décors dantesques que l'on doit au chef décorateur Kwok-Keung
Mak, c'est bien cette histoire d'amitié et de loyauté que l'on
rencontre dans cet univers désargenté où survivre passe
essentiellement par un engagement vis à vis d'une personne ou comme
ici, un groupe d'individus que nous n'étions pourtant pas forcément
prêts au départ à découvrir sous un jour bienveillant...
L'une
des forces du long-métrage se situe effectivement autour de Chang,
de Cyclone, son protecteur, mais aussi de cette ''bande des quatre''
que le réfugié forme en compagnie d'un trio de personnages plutôt
attachants : Shin (Terrance Lau), Douzième Maître (Tony Wu)
ainsi que AV (V.H.S dans la version française) qu'incarne German
Cheung... Face aux ''gentils'' du film, le script leur oppose le
bedonnant Mr Big, pourtant capable de se battre au corps à corps
avec force, talent et détermination. Mais le véritable antagoniste
du récit reste bien son bras droit, King. Un psychopathe au rire de
sadique dont les capacités physiques dépassent de très loin ce que
l'on peut imaginer dans le monde réel mais qui dans une œuvre de
fiction en outre adaptée d'une bande-dessinée asiatique n'a
absolument rien d'étonnant. Comme l'on ne s'étonnera pas de
l'invraisemblance qui englobe la majorité des combats qui pourtant
sont un véritable régal pour les yeux. Maîtrisant le cadre et
l'espace avec tout le talent d'un ingénieur en nanotechnologies
travaillant à l'échelle des atomes, Soi Cheang a tourné son film à
Hong-Kong, dans des studios où fut reconstituée en grandes partie
et à échelle humaine la Citadelle
Fortifiée de Kowloon, authentique enclave chinoise construite au
temps de la dynastie Song (960-1279) et finalement détruite bien des
siècles plus tard, en 1993. L'intrigue se déroule d'ailleurs dans
les années 80 même si cela n'est pas forcément visible à l'image.
Un détail au regard de l'incroyable environnement, fait de
rapiéçages, de murs et de plafonds éventrés, de débris
innombrables, de canalisations reliées entre elles (on pense bien
évidemment au Brazil
de Terry Gilliam auquel ce détail semble se référer), bref, un
visuel au moins aussi saisissant que le noir et blanc de Limbo
même si le choix de la couleur et le travail pourtant remarquable du
directeur de la photographie Siu-Keung Cheng (déjà présent sur le
tournage de Limbo
de Ming'an)
est très légèrement moins ''impactant''. Au final, Jiu
Long Cheng Zhai : Wei Cheng
est bien tel qu'on l'espérait : un grand film d'action,
d'arts-martiaux, doté d'une ribambelle d'acteurs charismatiques et
de beaucoup, beaucoup, beaucoup d'autres qualités... !
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