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mardi 17 juin 2025

The Shrouds de David Cronenberg (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Si certains fans de David Cronenberg n'ont sans doute jamais cessé d'estimer que la totalité de son œuvre est demeurée dans la droite lignée de ses premiers travaux portant sur le Body Horror et donc la modification des organismes sous toutes leurs formes, la vérité est que parmi ses dernières œuvres, certaines explorèrent des terres étrangères au mythe qui le forgea. Alors que son fils Brandon a repris la relève sur grand écran avec Antiviral dès 2012 pour ensuite poursuivre les travaux de son père avec Possessor en 2019 et Infinity Pool en 2003, un déclic semble avoir poussé Papa Cronenberg à revenir à ses premières amours. Tout d'abord en 2022 avec l'homonyme de son propre second long-métrage Crimes of the Future sorti en 1970. Une déception, immense. Un résultat très en dessous de ce que l'on pouvait attendre de l'auteur de Videodrome, La mouche, Faux-semblants, Crash ou le méconnu mais néanmoins bouleversant Spider. Trop complexe, trop froid, sans âme, Crimes of the Future version vingt et unième siècle désole par sa sécheresse et cette absence d'empathie vis à vis de spectateurs qui pour beaucoup n'y comprirent pas grand chose. C'est donc avec une certaine inquiétude malgré tout mêlée de curiosité que l'on pouvait découvrir fin avril dernier, son ultime (?) opus, The Shrouds sorti sur notre territoire sous le titre Les linceuls. Sans être d'un agnosticisme résolu, David Cronenberg y met malgré tout quelques points d'honneur à illustrer son athéisme. Ici, le linceul en question ne se réfère effectivement pas à celui conservé dans la cathédrale de Turin en Italie et pour lequel est entretenue la légende selon laquelle il s'agirait d'une pièce de tissu ayant enveloppé le corps du Christ après sa crucifixion. Des analyses au radiocarbone ayant certifié dans le courant de l'année 1988 qu'elle remonterait en réalité à beaucoup plus tard. David Cronenberg enfonce d'ailleurs le clou à travers ce curieux sacrilège dont le héros du récit incarné par Vincent Cassel est l'initiateur. Empêchant ainsi véritablement aux morts leur droit au repos éternel... La question religieuse étant ainsi assumée par le réalisateur, il nous livre avec The Shrouds, une œuvre terrible. Parce qu'elle est le fruit du deuil que le canadien dû vivre à la suite du décès de son épouse Carolyn en juin 2017 alors qu'elle n'était âgée que de soixante-six ans. Le long-métrage est donc tout d'abord inspiré du drame que vécu David Cronenberg.


Mais connaissant l'artiste, il était forcément inenvisageable que The Shrouds prenne la forme d'un drame classique. Lui, préfère utiliser les outils dont il est devenu le père-fondateur et l'un des plus grands représentants. Il semblera cependant que le film est beaucoup moins généreux que ses ancêtres lorsqu'il s'agit de farfouiller dans les chairs de ses victimes. Outre la présence de Becca, épouse de Karsh (interprété donc par Vincent Cassel) et première des trois personnalités féminines à être incarnées à l'écran par Diane Kruger et à apparaître victime d'un cancer et de monstrueuses cicatrices, c'est bien le corps allongé de l'épouse du héros enfermée dans un linceul six pieds sous terre qui dérange. Sans avoir malgré tout osé exposer un corps luisant de putréfaction, c'est bien la simple évocation des corps livrés à la vue de leurs proches dans un cimetière d'un nouveau genre qui se trouve alors projeté au cœur de la polémique. À cela, et donc aux technologies directement liées au concept, David Cronenberg ajoute un gloubiboulga d'idées contemporaines et parfois fumeuses dont les centres d'activité sont l'ingérence de certains pays, les nouvelles technologies, tout ceci manié de façon à créer un climat de paranoïa qui malheureusement a beaucoup de mal à convaincre (voir Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman qui en 1978 et dans un autre ordre d'idées était beaucoup plus significatif en la matière). En employant Vincent Cassel dans le rôle principal, David Cronenberg ne semble pas cacher sa volonté de se projeter lui-même à l'image. La ressemblance entre les deux hommes étant parfois relativement étourdissante. D'une complexité qui en refroidira sans doute plus d'un, The Shrouds n'est cependant pas un cas unique dans la carrière de son auteur. Avant lui, David Cronenberg avait déjà notamment osé l'impensable : adapter à l'écran l'inadaptable Naked Lunch de l'écrivain américain William S. Burroughs. Comme souvent chez des auteurs tels que David Cronenberg ou David Lynch, c'est au spectateur de se faire sa propre analyse du sujet, quitte à passer à côté de l'expérience visée au profit d'une autre, beaucoup plus personnelle. Notons la présence au générique du fidèle compositeur et chef-d'orchestre canadien Howard Shore qui signe ici une partition musicale absolument remarquable en ce sens où elle prend immédiatement aux tripes et au cerveau. Des nappes synthétiques véritablement envoûtantes, glaçantes mais dont la qualité ne parvient malheureusement pas à faire du dernier effort du cinéaste l'un de ses meilleurs films...

 

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