Mon dieu... Après avoir
découvert Le Postier de
l'écrivain américain Charles Bukowski dans les années 80 et
Promotion canapé
du réalisateur et scénariste français Didier Kaminka la décennie
suivante, j'aurais pu très facilement rejeter l'idée de me plonger
dans l'univers de ces femmes et de ces hommes ''de lettre'' qui
chaque jours entreprennent tout pour qu'arrive dans nos boites aux
lettres, factures, publicités, colis et autres plis personnels.
Promotion canapé,
justement... Cette caricature (presque) éhontée de cette véritable
institution française qu'est La
Poste dont
on remplace maladroitement l'intitulé par Les
Postes...
Comme un aveu à peine simulé de la part du réalisateur et de
Claude Zidi (ici, à l'origine de l'idée du récit), bourré de
clichés et qui trente-cinq ans plus tard apparaît comme une vision
faisandée du principal opérateur de services postaux hexagonal qui
en près de cinq-cent cinquante ans d'existence en a sans doute vu
des vertes et des pas mûres avant de devenir en 1991, soit un an
après la sortie de Promotion canapé,
une entreprise autonome. Fondée par Louis XI en 1477, c'est moins
son histoire qui intéresse ici le réalisateur et son scénariste
que l'image qu'elle pouvait renvoyer il y a des décennies et qui
persistent de manière cependant moins outrancière de nos jours.
Pour l'avoir vécu de loin et avoir même été tenté par une
supérieur de m'y laisser tenter, cette expression ô combien
familière signifiant l'obtention de privilèges professionnels
contre des relations sexuelles existe bel et bien. Auteur d'une
poignée de longs-métrages dont aucun n'est véritablement devenu un
classique de la comédie française, Didier Kaminka plonge ainsi ses
protagonistes au sein d'une institution nationale qui même si elle
ne porte pas tout à fait le même nom est reconnaissable entre
toutes, à travers ses bureaux, ses guichets et ses arrière-salles
où étaient authentiquement cantonnés nos concitoyens originaires
des Dom-Tom. Le film met en scène les délicieuses Margot Abascal et
Grace de Capitani dans les rôles de Françoise et Catherine. Deux
filles de la campagne qui depuis toujours rêvent de monter sur Paris
et de devenir fonctionnaires. À leur arrivée, elles sont
accueillies par des cadres qui vont les instruire à la manière de
l'armée française. Aïe ! Ça démarre mal. Non seulement pour
nos héroïnes mais aussi pour les spectateurs qui d'emblée vont
avoir l'occasion de constater en seulement quelques minutes combien
le film a vieilli.
Car
si à l'époque, au tout début des années quatre-vingt dix,
l'aspect grinçant de cette comédie pouvait prêter à sourire, de
nos jours, la plupart des gags semblent davantage se revendiquer de
l'humour potache, franchouillard et nanadesque d'une certaine
catégorie de comédies françaises ! Si Promotion
canapé avait
vu le jour ces dernières années, il aurait probablement donné du
grain à moudre aux néo-féministes tant l'homme y est décrit comme
un gros porc patriarcal ne fonctionnant qu'avec sa queue. Affichant à
l'écran une galerie de seconds rôles parmi lesquels l'on retrouve
notamment Pierre Richard, Eddy Mitchell, Romain Bouteille, Martin
Lamotte, ou Patrice Melennec, aucun ou presque de ceux qui
interprètent des personnages plus importants ne vient sauver
l'honneur de la gente masculine. De Claude Rich en inspecteur
principal, Jean-Pierre Castaldi en employé de bureau amant de la
très jalouse Zabou, Patrick Chesnais dans le rôle d'André en
passant par Michel Sardou dans celui de Bernard, il n'y a guère que
Thierry Lhermitte pour laisser entrevoir à travers le personnage du
ministre des Postes François Loubeau d'autres prérogatives que la
simple idée de mettre une femme dans son lit. Et encore... Pour
réussir, il faut coucher. C'est ce que revendique la comédie de
Didier Kaminka. Pratique à laquelle se laisse aller l'héroïne
Françoise, transformant ainsi cette naïve ''campagnarde'' en une
jeune femme désormais libre et ambitieuse. Humour gras, sexualisé
et faisant rarement preuve de finesse sont donc au rendez-vous. C'est
lourd même si parfois il peut arriver que certaines répliques
fassent sourire. Mais après tant d'années, Promotion
canapé
apparaît comme un nanar français parfois presque aussi affligeant
que s'il avait été signé de Philippe Clair ou Max Pécas. L'infâme
bande originale pourtant signée du chanteur et compositeur Louis
Chedid confirmant cette impression. Bref, les amateurs de nanars se
réjouiront sans doute devant cette critique absurde de l'une des
plus grandes entreprises françaises, poussant ses employé(e)s au
vice, au chômage ou même à la prostitution comme le prouve Anne
Roumanoff dans le petit rôle d'une ancienne contractuelle des Postes
virée avant d'être récupérée par deux proxénètes incarnés par
Georges Beller et Xavier Gélin...
Surtout des pas mûres... et nous avec ! Entre courriers non distribués (perdus), diversification incongrue (ventes de DVD ! Bientôt un rayon "boucherie" ?) pour compenser les pertes du cœur de métier (oui, La Poste, à la base, c'est distribuer le courrier... Mais entre la concurrence des opérateurs privés et la montée en puissance des mails comme mode de communication...), mécanisation (un appareil pour affranchir, un autre pour déposer ses chèques...) et contractuels "hyper-connectés" papillonnant d'usagers (oups, pardon, de "clients"...) en usagers... Bref, l'un des symptômes de notre horrible modernité...
RépondreSupprimerPas vu le film. Je peux me laisser tenter, je ne suis pas allergique quand c'est potache et "plus c'est con, plus c'est bon".