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dimanche 21 janvier 2024

Melancholie der Engel de Marian Dora (2009) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Difficile d'aborder Melancholie der Engel de Marian Dora sans évoquer le fait que l’œuvre est d'abord et avant tout le produit d'une folle ambition combattant à armes égales avec l'évident amateurisme de l'auteur et de son groupe d'interprètes. Avec ses cent-cinquante huit minutes, ce projet très étrange risque d'en faire défaillir certains avant son terme. Qui de sommeil ou qui de dégoût. Mais dans un cas comme dans l'autre, nul autre que celui qui aura vécu l'expérience jusqu'au bout pourra donner un avis éclairé sur ce véritable objet filmique (presque) non identifié. Au crédit de Marian Dora, une accumulation de plans qui démontre le gargantuesque travail d'archivage d'un réalisateur qui filme à peu près tout ce qui passe devant l'objectif-Oeil de sa caméra en mode voyeurisme. Deux-heures et trente-huit minutes au départ desquelles et surtout, au delà de l'inconséquence de la plupart des actions perpétrées par les protagonistes, Marian Dora nous présente cinq personnages. D'un côté, deux hommes et une femme. De l'autre, deux adolescentes jouant au Ball-trap dans une fête foraine. Le premier des deux hommes est un entreprenant individu tandis que le second, lui, est tout le contraire. Distant, méfiant, mais sans cesse décrit comme fasciné par celle qui les accompagne. Quant aux deux jeunes femmes qu'ils viennent d'aborder, elles ne se doutent pas de ce que les deux hommes leur réservent pour la soirée et les jours à venir. Avec sa profusion d'images à connotation morbide (gros plans sur des carcasses surmontées de têtes de poupées grouillants de vers lors du générique ou mannequins de foires inquiétant lors de la toute première partie du long-métrage), Marian Dora instaure d'emblée une ambiance lourde, chargée, malsaine et ambiguë. Une épaisse chape de plomb renforcée par un grain plus poisseux encore que le 16mm. Une musique naïve jouée au piano tente bien de forcer l'attention sur le côté poétique que le réalisateur essaie d'instaurer mais la réputation de Melancholie der Engel précédant sa projection, le spectateur est déjà prévenu que l'expérience risque d'être très inconfortable.


À commencer par la vermine du générique, justement, dont on sentirait presque l'odeur du cadavre en décomposition dont elle se repaît. Vient ensuite cette séquence inattendue lorsque l'étrange femme en noir accompagnant les deux hommes urine debout sans que la caméra ne voile le moindre détail de cette scène qui prêterait presque à sourire. Plus tard, celui que l'on croyait tour à tour timide et réservé puis totalement sous l'emprise de cette curieuse ''femme-maîtresse'' ira se branler au bord d'un lac tandis qu'elle fera du cheval, nue comme un ver. C'est ainsi que se présente la poésie chez Marian Dora. Quelques notes de piano ''Claydermaniennes'', un rayon de soleil éblouissant le champ de vision de la caméra, puis des actes qui mettraient le rouges aux joues des non-initiés. Bref, pour l'instant, rien que de très timide en matière de subversion... Nous aurait-on menti sur la sulfureuse réputation du long-métrage ? Réponse : non ! Car effectivement, celle-ci est tout à fait justifiée, surtout dans sa seconde moitié, laquelle fait l'étalage d'actes réunis en un catalogue d'atrocités que même les plus endurcis auront peut-être parfois du mal à soutenir du regard. Maintenant, tout est question de point de vue. Deux catégories s'opposent très nettement : fascination et révulsion. Et chacune d'entre elles pourra accueillir en son sein diverses tendances. Concernant la première, celle-ci pourra aussi bien retenir l'attention de ceux qui recherchent avant tout une certaine applique visuelle esthétique. Et dans le cas de Melancholie der Engel, le contrat est parfaitement rempli même s'il ne sera pas du goût de tout le monde. Ensuite, tous les dépravés de la planète risquent de trouver à leur goût les exactions auxquelles s'adonneront les protagonistes et ainsi donc leurs interprètes respectifs puisque tout n'y est pas scrupuleusement contrefait. Il se trouve ça et là et en très grand nombre des séquences lors desquelles les actrices et acteurs donnent physiquement de leur personne. Pour le néophyte, le rejet sera presque immédiat. Et si par malheur certains osent s'enfoncer un peu plus loin et même jusqu'à la fin du récit, c'est bien l'horreur et le dégoût qui se lira sur leur visage. Pour les autres, même constat, bien que diminué du fait de leur expérience dans le domaine. Mais toujours est-il que Melancholie der Engel demeure l'une des expériences les plus éprouvantes et les plus dingues qui aient été créée jusqu'à ce jour.


Un salmigondis de séquences lors desquelles se mêlent la sexualité la plus bestiale, la plus brutale, avec la religion ainsi que la Mort, thématique apparemment chère au cœur du cinéaste qui s'éternise longuement et à de très nombreuses reprises sur le sujet. Maintenant, pour bien comprendre l'état de sidération dans lequel nous plonge le long-métrage de Marian Dora, évoquons pour démarrer les personnages masculins et notamment Brauth et Katze qu'incarnent respectivement Zenza Raggi et Carsten Frank. Si vous vous demandiez ce qu'est devenu le chanteur GG Allin depuis sa mort par overdose le 28 juin 1993, il semblerait qu'il se soit réincarné dans la peau de Katze. Même propension à se foutre à poil et à se branler devant la caméra ou à déféquer où bon lui semble. Quant à Brauth, il arrive sans mal à faire de l'ombre au gourou Charles Manson dont il semble être un suppôt ayant trèèèèèèèèèèèès largement dépassé les compétences de son maître ! Tortures, viols et autres sévices surgissent subitement de la part de celui qui jusque là apparaissait comme le plus sain d'esprit. Tu parles ! Arrive ensuite en troisième position, l'actrice Patrizia Johann qui dans le rôle d'Anja S. semble prête à tous les excès pour satisfaire la passion nécrophilique de Katze. Car oui, j'oubliais de préciser qu'ici, l'amour est bien différent de celui que pratiquent la plupart d'entre nous. C'est bien simple, en dehors de la zoophilie, Marian Dora ne nous épargne absolument rien. Question rejet, le film ne se pose pas d'emblée à travers ces points de vue crapoteux mais au sujet de l’Église que le réalisateur et ses interprètes s'amusent à blasphémer. Autre raison de se sentir choqué sauf pour ceux que le sujet de la religion laisse totalement indifférents. Troisième raison de tourner de l’œil ou les talons devant les horreurs perpétrées face caméra : le traitement accordé aux animaux. Melancholie der Engel rappelle en effet l'un des aspects les plus sombres et inacceptables du cinéma bis transalpin des années quatre-vingt lors desquels étaient sacrifiés ''pour le bien'' du récit dans certains ''fameux'' longs-métrages à commencer par le plus célèbre d'entre eux : Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato. Cela commence par une grenouille mais c'est ensuite un cochon qui est égorgé et pire, un chat. Tout ceci justifiant apparemment le récit ! Mouais, ça reste tout de même très limite, voire inconcevable ! Au final, que retenir de Melancholie der Engel ? Sans doute qu'il s'agit de l'une des expériences cinématographiques parmi les plus extrêmes qui soient. La manière avec laquelle le réalisateur insiste sur la fascination pour la mort donne la nausée sur le long terme. Après, et malgré les très nombreuses atrocités visibles à l'image, il est évidemment que Marian Dora a une vraie vision du cinéma. Personnelle, trash, subversive et choquante. Mais aussi, esthétique, visuelle, sensorielle et parfois auteurisante. Bref, on ne sort pas de l'expérience tout à fait serein. Après ça, rien de mieux qu'une comédie légère, genre La tour Montparnasse infernale pour se nettoyer l'esprit de toutes les horreurs auxquelles l'on vient d'assister...

 

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