Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


dimanche 29 octobre 2023

Hors du monde de Marc Fouchard (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Mettre en scène dans le rôle principal d'une œuvre telle que celle-ci un personnage comme Léo est en soit un acte qui peut paraître osé, voire contre nature. Et pourtant, la chose en elle-même n'est pas si rare que cela dans le septième art. Elle est même assez commune et la participation de tueurs plus ou moins atteints psychologiquement se chiffre par milliers. Ici, pas de meurtres involontaires, isolés, religieux ou de masse. Non, Léo est typiquement le genre d'individu dont les fantasmes mûrissent le jour, bourgeonnent en début de soirée et fleurissent quand vient la nuit. Un timide qui ne sait s'exprimer qu'à travers la musique, qu'il compose dans le confortable habitacle de sa voiture. Un véhicule qui lui sert aussi bien d'outil de travail que de maison. Un sociopathe, surtout, pour qui aligner trois mots est moins aisé que d'aiguiser la lame de son couteau en l'enfonçant dans les chairs de ses victimes féminines. Mais comme dans tout récit imaginaire, il y a des rencontres qui parfois tiennent du miraculeux ou de l'inattendu. Souvenez-vous de Frank Zito, amateur de scalps, fils d'une mère violente qui éteignait ses clopes sur le torse de son fils. Le bonhomme ne trouvait rien de mieux que de tuer des femmes choisies au hasard et dont il ramenait les cuirs chevelus chez lui afin de les planter sur la tête de mannequins de cire afin d'entamer à leur contact, de bien tristes monologues. N'avait-il pas fait la connaissance d'une photographe de mannequins ? N'était-il pas parvenu à entamer une relation d'amitié avec elle malgré son horrible faciès grêlé. Bon, il est vrai qu'à l'issue de leur courte fréquentation, le ''fantôme'' de sa mère retenant son attention un peu trop vigoureusement, Frank avait tenté de tuer la Belle... Selon le réalisateur Marc Fouchard, son très réservé chauffeur de taxi privé devrait pouvoir lui aussi prétendre à une relation avec le sexe faible. Surtout que contrairement à Frank, Léo a vraiment un charisme étonnant. Allez, je veux bien l'admettre, Frank lui aussi, mais d'un tout autre genre... Jusque là, le brin ténébreux, au regard souligné de sombres cernes, au menton alourdi par une épaisse barbe noire et au regard tout aussi bleu qu'impénétrable usait d'un couteau comme d'une queue. La sienne serait-elle devenue si peu performante pour que l'usage d'une arme blanche devienne indispensable ?


Parce que les meurtres, aussi sordides et violents nous paraîtront-ils, sont pour le jeune homme, un véritable exutoire. Mais lequel ? Affichant la comparaison de manière vraiment grossière, la charmante Amélie, sourde, muette, danseuse mais avant tout, cliente de Léo (c'est ainsi qu'il la découvre pour la première fois) est incarnée par la talentueuse Aurélia Poirier. Nous sommes en France. Et même si Outre-Atlantique, certains ont enfin compris qu'un peu de psychologie pouvait sublimer les thématiques de l'horreur et de l'effroi, c'est bien de par chez nous que l'épouvante s'inscrit le mieux dans un contexte dramatique proche de l'auteurisme. Mon correcteur d'orthographe aura beau me rappeler le néologisme du terme en tentant de me le faire corriger, son usage n'est pas innocent et reflète même sans doute mieux que n'importe quel autre vocabulaire ce qu'il sous-entend ici. Car plus qu'un film d'auteur, c'est bien ici d'auteurisme qu'il s'agit d'évoquer. Entre l'un et l'autre, un fossé qui se veut moins d'ordre artistique, esthétique et technique que davantage en lien avec le script. Comme le bègue dont la voix est sans heurts lorsqu'il s'isole dans sa chambre, Léo s'exprime avec une économie d'impétuosité lorsque autour de lui aucun badaud ne peut témoigner de ses facultés à user de la parole. Rares moments qui dénotent presque au sein d'une œuvre avare en dialogues. Trois quarts-d'heure et l'on attend toujours de voir et de comprendre comment va évoluer la situation. Seuls moyens jusque là de retenir l'attention du spectateur : une ambiance nocturne relativement trouble et envoûtante ainsi que deux principaux interprètes véritablement magnétiques. Kevin Mischel est clairement habité. Ensuite, je ne sais pas comment se déroule la traque et le meurtre d'une victime par un tueur en série (n'en étant pas un moi-même) mais Hors du monde apparaît sous cet angle, plutôt crédible. Les meurtres, bien que filmés hors champ, restent malgré tout assez brutaux et malaisants. La prédation elle aussi est convaincante. Surtout lors de la séquences située en sortie de boite de nuit. Et puis, demeurent quelques séquences qui en révèle davantage sur Léo, comme lors de la scène située dans le parc. L'évolution de la trame est lente et il faut s'armer de patience pour aller jusqu'au bout. Au final, quel message Marc Fouchard tente-t-il de faire passer ? Que l'espoir d'un changement ou d'une évolution heureuse ne doit pas être systématiquement permis ? Il y a des âmes comme celle de Léo, de Frank ou du tueur du traumatisant Schizophrenia qui sont perdues à jamais. Hors du monde est un pavé qui dans la grande mare du cinéma de psychokiller ne fait malheureusement que des ricochets...

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...