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samedi 11 février 2023

L'esprit de Caïn de Brian de Palma (1992) - ★★★★★★★☆☆☆


En 1973, le réalisateur américain Brian de Palma étudiait le cas de deux sœurs siamoises dans Sœurs de sang. Un thriller très hitchcockien dans lequel l'auteur d'innombrables chefs-d’œuvres du septième art abordait le thème de la double personnalité. Le Mal, le Bien, confondus en une seule personne, Danielle Breton (l'actrice Margot Kidder), apparemment saine d'esprit mais plus concrètement atteinte de schizophrénie à la suite du décès de sa sœur Dominique. Thriller alliant suspens et épouvante, le spectateur pouvait y découvrir en outre le personnage d'Emil Breton, ancien époux de Danielle et surtout, individu trouble certainement comparable au rôle que tiendra presque vingt ans plus tard l'acteur John Lithgow dans L'esprit de Caïn. Un interprète se démultipliant pour les besoins d'un récit au cœur duquel se situe un couple, l'éducation de leur enfant, un amant et une fois encore cette même schizophrénie qui transparaît à travers les échanges tendus entre le docteur Carter Nix et son frère Caïn. Si tout le génie de la mise en scène de Brian de Palma transparaît moins dans ce long-métrage que dans ses travaux passés et à venir, l'absence de plans-séquences réellement significatifs ou de modèles de split-screen dont le réalisateur est l'un des grands maîtres est rattrapée par ces petits détails qu'il installe ça et là et dont lui seul a le secret. Des objets souvent placés au cœur du récit et justifiant le ballet entre d'une part Carter et son épouse (la délicieuse Lolita Davidovich dans le rôle de Jenny) et d'autre part entre celle-ci et son amant Jack Dante (l'acteur Steven Bauer).


Enrobé d'une esthétique léchée, de décors rassurants (ici, pas de bas-fonds moites et dangereux), L'esprit de Caïn s'insinue dans l'esprit du spectateur comme un rêve éveillé où les repères sont bousculés par une mise en scène, un montage et un script qui s'écartent de toute logique. Carter étouffe Jenny à l'aide d'un oreiller ? Là voilà qui réapparaît quelques minutes plus tard, bien vivante, comme si le crime n'avait jamais eu lieu. Jouant souvent sur les apparences, il ne faut surtout pas s'en laisser compter. Lorsque l'on connaît Brian de Palma l'on sait combien l'homme est capable de manipulations. Et ça n'a jamais été aussi vrai que dans le cas de ce long-métrage dont certaines ficelles se montrent pourtant grossières. Que le réalisateur l'ait envisagé ou non de cette manière, l'apparition presque ''fantastique'' de Caïn à l'écran ne peut signifier qu'une seule chose : non pas qu'il soit passé là par hasard pour aider son frère à se sortir d'une situation périlleuse mais plus simplement qu'il n'est rien de plus rien de moins que l'une des personnalités qui alternativement apparaissent dans la tête de Carter. Brian de Palme explique ce trouble à travers les expériences que menait leur père lorsque les deux frères étaient de jeunes enfants. Mais d'ailleurs, Caïn est-il un être de chair ou de sang ou est-il lui-même l'un des doubles de Carter ? D'emblée l'on retrouve le compositeur italien Pino Donaggio, lequel est une fois de plus chargé d'accompagner l’œuvre du maître du suspens.


Une bande musicale si puissante accompagnée d'une mise en scène exprimant si bien toute les formes que peuvent prendre les émotions, Brian de Palma convainc dès le départ avec ces retrouvailles entre deux personnages dont on ne connaît pourtant encore rien mais qui nous touchent cependant instantanément. Également maître incontesté de la rupture de ton, le réalisateur piège le spectateur dans un étau où se rejoignent diverses émotions. Ici, la séduction et l'effroi à travers un flash-back qui glace littéralement les sangs. Une séquence, elle aussi, accompagnée de violons glissant peu à peu pour nous saisir à la gorge comme le font les images filmées à travers le moniteur d'une chambre d’hôpital. Brian de Palma tourne toujours autour de représentation s'affichant sous divers supports. Se reflétant sur les surfaces prévues à cet effet ou non. L'esprit de Caïn est inspiré. Un peu trop d'ailleurs si l'on compare la multitude de concepts et la courte durée du long-métrage qui empêche le réalisateur de pleinement développer chacune des idées qui émaillent le récit. Dédoublement de la personnalité, adultère, meurtres, enquête policière, séance d'hypnose.... l’œuvre est dense, riche, mais quelques idées sont malheureusement trop rapidement expédiées. Reste que Brian de Palma signe une œuvre intéressante, certes loin des cannons du genre qu'il signa avant et après (Phantom of the Paradise, Obsession, Blow Out et Body Double sont selon moi ses meilleurs films). Une œuvre ambiguë, fantasmagorique, tortueuse, inquiétante et séduisante...

 


1 commentaire:

  1. Acheté pour le voir par curiosité puis revendu dans la foulée, un De Palma mineur mais pas désagréable.

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