Le sport sur grand écran
est une pratique courante. Qu'elle relate d'ailleurs des faits
authentiques ou tout à fait imaginaires. Si le concept a vu un
regain d'intérêt ces dernières années avec la série de
longs-métrages Hunger Games
ou la série phénomène sud-coréenne Squid
Game,
l'angle pris par certains réalisateurs et scénaristes optant pour
une approche anticipative du genre a donné lieu à quelques œuvres
cultes dont les origines remontent au moins aux années soixante-dix.
C'est à cette époque qu'ont donc commencé à fleurir quelques...
fleurons du genre. Tels La Course à la mort de
l'an 2000
de Paul Bartel dans lequel la
"Transcontinental Road Race",
une course automobile, n'imposait aucune règle spécifique en dehors
de celle consistant à écraser le plus de passants possible afin
d'engranger un maximum de points. La même année verra la sortie sur
les grands écrans du classique de Norman Jewison Rollerball.
Film dans lequel des équipes à pied et à moto s'opposèrent sur
une piste circulaire dans le but de marquer des points en enfichant
une boule de métal dans un panier appelé ''En-but''.
Avec tout ce que le concept engendre de violence puisqu'en la
matière, les limites y furent réduites au delà du raisonnable. La
décennie suivante, en 1983, le réalisateur français Yves Boisset
s'essaya lui aussi à l'exercice du sport futuriste avec le brillant
Le prix du danger
dans lequel son héros incarné par Gérard Lanvin accepta d'être la
proie d'un jeu dans lequel cinq traqueurs allaient se lancer à sa
poursuite afin de le tuer. En 1987 sortait sur les écrans de cinéma
Running Man,
adaptation d'un roman écrit par Richard Bachman (pseudonyme du
romancier Stephen King) mais dont la ressemblance avec l’œuvre
d'Yves Boisset s'avèra (et s'avère toujours) relativement
troublante puisque dans le cas présent, il s'agissait pour le héros
incarné par Arnold Schwarzenegger d'échapper lui aussi lors d'un
jeu télévisé, à des hommes lancés à ses trousses. Quatre
longs-métrages pour quatre sports qui, dans certains cas, ne sont
fort heureusement pas encore d'actualité, mais qui décrivent un
futur dystopique...
Mais
revenons justement sur Rollerball.
Film qui marqua forcément et durablement l'esprit de celles et ceux
qui le découvrirent à l'époque de sa sortie en salle ou plus tard
à la télévision ou en location. Une œuvre coup de poing dont la
violence n'était alors pas si fréquente. Du moins, le public ne
s'attendait-il sans doute pas à une telle débauche d'agressivité
de la part de sportifs. Surtout que le film de Norman Jewison décrit
à l'origine un monde utopique. Où les besoins en nourriture ne se
font plus ressentir. Où chacun vit de manière convenable et où les
guerres ne font plus partie que d'un lointain passé. Les états
sont désormais réunis sous forme de multinationales qui dirigent
absolument tout. Jusqu'à même régir la vie de chacun. Mais là où
l'utopie se mue subitement en dystopie est en partie dans la
description même de ce sport permettant au fond de contrôler
l'esprit des gens en leur offrant ce dont la nature humaine ne
parviendra jamais à les libérer : cette soif de violence que
l'absence de conflits internes ou externes a éradiqué ! Culte
mais néanmoins victime de son âge, Rollerball
soutient difficilement le poids des années et plus de quarante-cinq
ans après sa création, le film de Norman Jewison a malheureusement
très mal vieilli. Concernant le rythme, il est en revanche difficile
de reprocher au réalisateur son approche apathique qui plus
découlant de choix malheureux, est une manière de définir par le
contenu, ce qu'est devenue l'existence de tout être vivant sous le
joug des multinationales. De mémoire de
quarantenaires/cinquantenaires/soixantenaires, l'on se souvient
d'ailleurs davantage des scènes situées dans l'arène et moins de
tout ce qui les enrobe...
Preuve
que d'une certaine manière, et sans doute non sans une certaine
ironie, Norman Jewison est parvenu à lobotomiser les spectateurs de
Rollerball
qui au fond, auront sans doute été surtout marqués par la grande
violence de certaines séquences sportives. Le film place le
spectateur (celui du film, donc) sur un même plan d'égalité que le
public assis dans l'arène et celui qui de chez lui assiste au
spectacle. Cette soif de violence, le spectateur du film ne la
recherche-t-il d'ailleurs pas en priorité ? Malgré sa
thématique passionnante, la présence à l'image de James Caan dans
la peau de Jonathan E., de John Houseman dans celle du président de
la corporation Énergie
Bartholomew ou encore de Norman Jewison à la réalisation, le film,
qui fut financé à hauteur de cinq ou six millions, rapporta sur le
seul territoire nord-américain la somme de six millions seulement.
En 2002, le réalisateur John McTiernan, auteur en outre des
formidables Predator
en 1987, Piège de cristal
l'année suivante ou d'Une
journée en enfer
en 1995 réalisera un piètre remake de Rollerball
pour la ''modique'' somme de soixante-dix millions de dollars. Soit
plus de dix fois le budget dont bénéficia l'original. Comme quoi,
l'argent ne fait pas tout...
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