Il est toujours délicat
de s'attaquer à un genre dont les codes ont mis tant de temps à
être plus ou moins établis. Si par essence l'infecté
''cinématographique'' est le descendant direct du zombie, ses
véritables origines remontent sans doute aux années soixante-dix.
Une décennie foisonnante qui ne fut pas le terrain exclusif des
vampires, loups-garous, tueurs en série et autre créatures du
bestiaire fantastique et qui vit donc entre autres monstruosités
filmées sur support argentique, l'arrivée d'un nouveau type de
menace. Deux films donnèrent sans doute sans le savoir, naissance à
un nouveau sous-genre : le film d'infectés. En 1973, George
Romero signait entre deux films de zombies, The Crazies
dans lequel ses créatures étaient donc plus proches d'hommes et de
femmes bien vivants mais atteints d'une maladie les poussant à des
actes d'une extrême violence. Quatre ans plus tard, David Cronenberg
allait concrétiser avec Rabid
ce qu'il avait déjà entreprit en 1975 avec Shivers.
Donnant une origine à deux types de maladies fort similaires puisque
sexuellement transmissibles. La grande marche vers le pouvoir d'un
sous-genre qui allait faire de nombreux petits des décennies plus
tard était donc lancée. Tant d'ersatz et tant de déceptions à
quelques exceptions près. En 2021 sort l'énième engeance du genre.
L'énième rejeton des Romero et Cronenberg intitulé Antlers
(Bois) et traduit chez nous sous le titre de Affamés.
On sort cependant cette fois-ci du contexte ultra classique et
remâché de la pandémie mondiale et de ses créatures aussi voraces
que véloces (et même parfois ridicules dans la propension qu'à le
virus à se transmettre en une poignée de secondes seulement).
L'intrigue ne se déroule non plus à l'échelle de notre planète ni
dans une grande ville américaine cernée d'immenses buildings mais
au cœur d'une petite ville minière aussi ''joyeuse'' que celle de
Centralia en Pennsylvanie, une authentique bourgade dont les accès
sont désormais condamnés et qui servit de référence au ténébreux
Silent Hill
de Christopher Gans en 2006...
Mais
évoquer et donc résumer Antlers au
seul film d'infectés qu'il semble être tout d'abord serait fort
réducteur puisque l'intrigue s'intéresse également au mythe du
wendigo. Cette créature fantastique anthropophage assez peu
représentée sur le plan cinématographique aurait-elle donc enfin
retrouvé en la personne du réalisateur américain Scott Cooper tous
les honneurs qu'elle mérite ? Car comment expliquer qu'un
monstre aussi effrayant et d'une telle férocité ai dû attendre si
longtemps pour avoir la possibilité de s'exprimer à l'écran avec
autant de vigueur ? Là encore, il serait vain de vouloir
réduire Antlers
à la seule présence de cette créature puisque ce qui marquera sans
doute durablement les spectateurs n'est ni plus ni moins que ce jeune
garçon, maigre et au teint cireux et détenant le genre de secret
que personne n'oserait sciemment confier à un gamin de son âge.
Quelques séquences gore ne faisant pas l'essentiel du récit, le
scénario du réalisateur et des scénaristes Henry Chaisson et de
Nick Antosca nous plonge dans un univers d'une sinistre noirceur.
Pessimiste jusqu'au dernier degré. Humide, sale, obscure et
désespéré. De ces petites villes qui cachent de sombres secrets
touchant même l'autorité quand bien même celle-ci repose comme le
seul espoir d'une fin heureuse. Scott Cooper s'amuse à parasiter
l'existence de ses héros. Et pas seulement celle du jeune Lucas
Weaver (excellent Jeremy T. Thomas), mais aussi celle du shérif Paul
Meadows et de sa sœur Julia (respectivement interprétés par Jesse
Plemons et Keri Russell )sur lesquels va reposer une lourde
responsabilité. Antler,
c'est aussi et surtout une certaine idée de l'abandon. Tout d'abord
symbolisé par cette petite ville elle-même qui en dehors de
quelques rares exemples (la classe et ses élèves) laissent le
sentiment d'avoir été isolée du reste du pays, abandonnée à son
triste sort et par l'état, et par une partie de ses habitants. Puis
vient appuyer ce propos l'attitude du shérif sur lequel notre jeune
héros ne semble pas pouvoir vraiment compter. Un gamin dont la mère
est morte et qui ne peut même plus espérer de l'aide de la part de
la seule autorité familiale qui lui reste et qui en théorie devrait
être là pour le protéger. Il se dégage donc du long-métrage un
sentiment de malaise continu accentué par l'austère photographie de
Florian Hoffmeister. Une excellente surprise, entre horreur,
épouvante, fantastique, drame et thriller psychologique...
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