Billins, l'un de ces
trous perdus des États-Unis qu'il vaut mieux approcher pour de
bonnes raisons. Surtout lorsque comme son héroïne, on y choisi de
déterrer une vieille affaire dont tout les habitants aimeraient
pouvoir tirer un trait définitif. Hannah semble convaincue que son
fils dont le corps n'a jamais été retrouvé est toujours bien
vivant. Pourtant, il semblerait qu'il ait été la cinquième victime
d'un tueur en série qui depuis que son identité a été révélée,
s'est pendu. Mais un malheur n'arrivant jamais seul, quelques temps
après, un bus transportant des enfants dévia de sa route pour
s'enfoncer dans les eaux d'un lac sans qu'aucun d'entre eux ne
survive. Une mort à laquelle seul le chauffeur survécu. C'est dans
ce contexte particulièrement trouble qu'Hannah revient à Billins
dans l'intention d'enquêter sur la disparition de son fils alors que
la police a de son côté, classé l'affaire. Après une introduction
sans intérêt, le réalisateur Justin McMillan dont Sweet
River
est le premier vrai long-métrage après quelques incartades
télévisuelles dans l'univers des surfers signe une œuvre
relativement déstabilisante et dont le climat oppressant n'arrange
pas nos affaires. Thriller, épouvante, drame et fantastique se
mélangent pour un résultat (d)étonnant !
Le
genre d'approche qui donne forcément envie d'en savoir davantage sur
cette mère aussi touchante que déchirée par l'absence de son fils,
alcoolique et droguée, parfaitement interprétée par l'actrice
britannique Lisa Kay. Sweet River lorgne
donc du côté du thriller, les investigation de l'héroïne
l'amenant à côtoyer des habitants pas toujours prêts à lui tendre
la main. Cauchemars ou réalité, omniscience, sans doute un peu
également. C'est sur ce plan que le fantastique s'introduit avec ces
''ombres'' qu'elle croise au détour d'un champ de canne à sucre.
Sweet River,
c'est aussi l'occasion d'une belle galerie de personnages secondaires
personnifiés à titre d'exemples par l'imposant John Drake (l'acteur
Martin Sacs), son épouse Eleanor (Geneviève Citron), une poignée
de rednecks bien sentis et par un shérif assez peu encourageant.
Tout comme son héroïne Hannah, au fil du récit l'ambiance se veut
de plus en plus délétère tandis que la mère de famille se
décompose à vue d’œil à force de s'abandonner à ses mauvais
démons. Justin McMillan parvient pourtant difficilement à trouver
le juste équilibre entre les différents genres abordés. On se
souviendra surtout de Sweet River
pour son aptitude à faire de ses êtres écorchés, l'essence même
du malaise presque permanent qui appesanti le récit plus que cette
évidente volonté qu'a le réalisateur d'y adjoindre une forte dose
d épouvante personnifiée par l'obscurité, la bande-son de
Piers Burbrook de Vere ou ces inquiétants revenants...
C'est
sans doute malheureusement au moment même où ceux-ci apparaissent
pour la seconde ou troisième fois que le film montre ses limites.
Comme une boucle dont son héroïne ne semble plus pouvoir se
dépêtrer, emportant ainsi les spectateurs avec elle dans cette
péripétie qui ne cesse de vouloir la plonger dans des limbes sans
fond. Il y a un peu de Lucio Fulci dans Sweety
River qui
avec le suicide par pendaison d'un prêtre (Frayeurs)
avait ouvert à son époque les portes de l'Enfer. Un Enfer qui une
fois encore s'invite dans le monde réel, celui de Billins, de ses
gueules abîmées par le temps, de ses non-dits, de ses secrets
inavouables. Au final, l’œuvre de Justin McMillan ne convainc
qu'à moitié. Qu'au tiers peut-être même plus encore. Un
long-métrage qui aurait pu s'avérer passionnant mais qui se
disperse trop et manque donc de cohésion. En multipliant les
sous-intrigues, le réalisateur étire le récit superficiellement et
noie finalement le sujet central dans un salmigondis d'idées qui
auraient gagnées à être traitées individuellement...
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