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samedi 11 avril 2026

Near Death Experience de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2014) - ★★★★★★★★☆☆



Victime d'un burn-out, Paul, marié et père de deux enfants décide de partir. De quitter son boulot, sa famille et même ce monde qui lui impose trop de contraintes. Un vendredi 13, il enfourche son vélo, prend la route et roule jusqu'au pied de la montagne Sainte-Victoire. Là, il y abandonne son engin, mais pas l'idée qui s'est immiscée dans son esprit de se suicider. Arrivée au sommet d'un point de vue sur la vallée, il passe une jambe au dessus de la rambarde de sécurité, puis le second. Mais un randonneur le dérange dans sa tentative et Paul s'éloigne. Plus, loin, tout en haut du Barrage de Bimont, il s'apprête à faire une seconde tentative. Mais là encore, il est dérangé par une famille à bicyclette...

Near Death Experience est l'avant-dernier long-métrage de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Peut-être pas le meilleur, mais du moins le plus émouvant. Le plus sensible également. Un voyage intérieur mené par un personnage interprété par l'écrivain, réalisateur et acteur Michel Houellebecq. Un choix qui aurait été étonnant si le film n'était pas signé de deux des auteurs de l'émission Groland. Un interprète atypique pour une œuvre qui l'est tout autant. Si Near Death Experience est beaucoup moins barré que les deux premiers longs-métrages en noir et blanc du duo, il faut reconnaître qu'il demeure tout de même aride en terme d'action. Une certaine suspension y règne. Gustave Kervern et Benoît Delépine ne signent non pas une comédie noire, mais un drame où la pensée morbide se mêle à une réflexion clairvoyante sur l'état de notre société.

Écrit par les deux cinéastes eux-mêmes, le scénario dresse le portrait dur et réaliste du quotidien d'un homme au bout du rouleau et incapable de se fondre dans le moule qu'imposent les règles établies par la société. Fuyant les responsabilités et les contraintes de sa profession, et de sa vie personnelle. L’œuvre toute entière tourne autour du personnage interprété par l'écrivain qui en dehors du vagabond (Marius Bertram) est le seul à être filmé de la tête au pieds (habitude chère à Gustave Kervern et Benoît Delépine). Dès les premiers instants situés dans un bar, on comprend le choix des deux auteurs dans celui de faire interpréter Paul par Michel Houellebecq.

Paul, justement. Alcoolique dépressif, cycliste amateur et suicidaire. C'est presque dur à dire mais l'écrivain, auteur l'année passée du controversé Soumission, a la gueule de l'emploi. Silhouette de coureur, lèvre inférieure adaptée à l'absorption de boissons alcoolisées et voix traînante (certains monologues demeurant parfois malheureusement difficiles à cerner). Impossible d'imaginer le pourtant excellent Benoît Poelvoorde (Le Vélo de Ghislain Lambert) à sa place. Bien qu'à un certain moment l'inquiétude gagne, Michel Houellebecq nous rassure assez vite sur sa capacité à endosser le rôle de Paul. Pour reprendre une expression à la mode, disons que l'écrivain est JUSTE extraordinaire.
Quant à Gustave Kervern et Benoît Delépine, dieu sait qu'ils en ont fait du chemin depuis leurs débuts de cinéastes en matière de mise en scène. Le film gagne de plus en force émotionnelle supplémentaire grâce au choix judicieux de la bande originale. La Jeune Fille et la Mort de Schubert plane à plusieurs reprises sur le film et y imprime un réelle émotion. Quand au Black Sabbath sur lequel gesticule Houellebecq, il marque la fin de la résignation du personnage de Paul. Le film n'aurait-il d'ailleurs pas mérité de se clore ainsi ?

Pour terminer, sachez que le sens du titre donné au film, Near Death Experience, n'est en réalité pas si éloigné des NDE, en français Expérience de Mort Imminente (visions ou sensations découlant d'un état comateux ou d'une mort clinique), puisque si le personnage de Paul est bien vivant (bien qu'à un moment donné il affirme être mort), on le voit remonter le temps de sa propre existence, comme une vision complète remontant de sa prime jeunesse (le monologue durant lequel seule la silhouette de l'acteur est sublime) jusqu'à ses cinquante-six ans. A bien y réfléchir d'ailleurs, on peut se demander dans quelle mesure Gustave Kervern et Benoît Delépine n'auraient pas en réalité pensé l'intégralité du film (s'entend par là, l'histoire telle qu'on la perçoit), comme cet enchaînement de visions (représentées ici de manière exclusivement verbale par le personnage de Paul) qui découle d'une NDE telle que l'on peut se la représenter. Paul ne serait-il en fin de compte pas déjà mort ? En tout cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que bien après l'avoir vu, le film continue à poser des questions. Une merveilleuse découverte...

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