Victime d'un burn-out, Paul, marié et père de deux enfants décide de partir. De quitter son boulot, sa famille et même ce monde qui lui impose trop de contraintes. Un vendredi 13, il enfourche son vélo, prend la route et roule jusqu'au pied de la montagne Sainte-Victoire. Là, il y abandonne son engin, mais pas l'idée qui s'est immiscée dans son esprit de se suicider. Arrivée au sommet d'un point de vue sur la vallée, il passe une jambe au dessus de la rambarde de sécurité, puis le second. Mais un randonneur le dérange dans sa tentative et Paul s'éloigne. Plus, loin, tout en haut du Barrage de Bimont, il s'apprête à faire une seconde tentative. Mais là encore, il est dérangé par une famille à bicyclette...
Near Death
Experience
est l'avant-dernier long-métrage de Gustave Kervern et Benoît
Delépine. Peut-être pas le meilleur, mais du moins le plus
émouvant. Le plus sensible également. Un voyage intérieur mené
par un personnage interprété par l'écrivain, réalisateur et
acteur Michel Houellebecq. Un choix qui aurait été étonnant si le
film n'était pas signé de deux des auteurs de l'émission Groland.
Un interprète atypique pour une œuvre qui l'est tout autant. Si
Near Death Experience
est beaucoup moins barré que les deux premiers longs-métrages en
noir et blanc du duo, il faut reconnaître qu'il demeure tout de même
aride en terme d'action. Une certaine suspension y règne. Gustave
Kervern et Benoît Delépine ne signent non pas une comédie noire,
mais un drame où la pensée morbide se mêle à une réflexion
clairvoyante sur l'état de notre société.
Écrit par les deux cinéastes eux-mêmes, le scénario dresse le
portrait dur et réaliste du quotidien d'un homme au bout du rouleau
et incapable de se fondre dans le moule qu'imposent les règles
établies par la société. Fuyant les responsabilités et les
contraintes de sa profession, et de sa vie personnelle. L’œuvre
toute entière tourne autour du personnage interprété par
l'écrivain qui en dehors du vagabond (Marius Bertram) est le seul à
être filmé de la tête au pieds (habitude chère à Gustave
Kervern et Benoît Delépine). Dès les premiers instants situés
dans un bar, on comprend le choix des deux auteurs dans celui de
faire interpréter Paul par Michel Houellebecq.
Paul,
justement. Alcoolique dépressif, cycliste amateur et suicidaire.
C'est presque dur à dire mais l'écrivain, auteur l'année passée
du controversé Soumission,
a la gueule de l'emploi. Silhouette de coureur, lèvre inférieure
adaptée à l'absorption de boissons alcoolisées et voix traînante
(certains monologues demeurant parfois malheureusement difficiles à
cerner). Impossible d'imaginer le pourtant excellent Benoît
Poelvoorde (Le Vélo de Ghislain Lambert)
à sa place. Bien qu'à un certain moment l'inquiétude gagne,
Michel Houellebecq nous rassure assez vite sur sa capacité à
endosser le rôle de Paul. Pour reprendre une expression à la mode,
disons que l'écrivain est JUSTE extraordinaire.
Quant à Gustave Kervern et Benoît Delépine, dieu sait qu'ils en
ont fait du chemin depuis leurs débuts de cinéastes en matière de
mise en scène. Le film gagne de plus en force émotionnelle
supplémentaire grâce au choix judicieux de la bande originale.
La Jeune Fille et la Mort de Schubert plane à plusieurs reprises
sur le film et y imprime un réelle émotion. Quand au Black Sabbath
sur lequel gesticule Houellebecq, il marque la fin de la résignation
du personnage de Paul. Le film n'aurait-il d'ailleurs pas mérité de
se clore ainsi ?
Pour terminer, sachez que le sens du titre donné au film, Near
Death Experience, n'est en réalité pas si éloigné des
NDE, en français Expérience de Mort Imminente (visions ou
sensations découlant d'un état comateux ou d'une mort clinique),
puisque si le personnage de Paul est bien vivant (bien qu'à un
moment donné il affirme être mort), on le voit remonter le temps de
sa propre existence, comme une vision complète remontant de sa prime
jeunesse (le monologue durant lequel seule la silhouette de l'acteur
est sublime) jusqu'à ses cinquante-six ans. A bien y réfléchir
d'ailleurs, on peut se demander dans quelle mesure Gustave Kervern et
Benoît Delépine n'auraient pas en réalité pensé l'intégralité
du film (s'entend par là, l'histoire telle qu'on la perçoit), comme
cet enchaînement de visions (représentées ici de manière
exclusivement verbale par le personnage de Paul) qui découle d'une
NDE telle que l'on peut se la représenter. Paul ne serait-il en fin
de compte pas déjà mort ? En tout cas, le moins que l'on
puisse dire, c'est que bien après l'avoir vu, le film continue à
poser des questions. Une merveilleuse découverte...




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