samedi 2 juin 2018

Dagon de Stuart Gordon (1991) - ★★★★★★★☆☆☆



Découvert hier soir, j'avoue que je ne sais pas quoi penser de Dagon. Est-ce dû au respect immodéré que j'éprouve pour celui qui signa au beau milieu des années quatre-vingt l'un des plus grands films gore de l'histoire du cinéma (Re-Animator) ? Pas sûr. D'autant plus que la suite de sa filmographie n'allait pas autant m'inspirer. De son histoire de poupées possédées (jamais été fan de ces jouets, ni d'ailleurs des soldats de plomb), en passant par un From Beyond qui ne réussissait jamais vraiment l'exploit de son premier long-métrage, et jusqu'à Fortress, ce bon vieux gros nanar datant de 1993 et notamment interprété par Christophe Lambert.
Devant l'engouement de certains, je m'suis dit : « allez ! Offrons lui une dernière chance » ! et cette chance, c'est Dagon, justement. Inspiré de trois choses. D'abord des nouvelles Dagon et Le Cauchemar d'Innsmouth, de l'écrivain américain H.P. Lovecraft, puis de Dagon lui-même, dieu des population sémitiques du Nord-Ouest, représenté sous la forme d'un poisson.

Pour commencer, il faut reconnaître au sujet adapté par Dennis Paoli, une certaine originalité. Pourtant, au vu des premières images, il y a de quoi s'inquiéter. L'esthétique générale (et qui perdurera malheureusement jusqu'à la fin du film) donne à l'ensemble les allures d'un téléfilm. Pas de quoi véritablement se plonger corps et âme dans le récit. A tel point qu'on se verrait presque engueuler l'équipe technique en invoquant ces filtres qui auraient permis d'apporter un cachet nettement plus 'sain' aux amateurs de pellicules filmées au format 16mm. Mais bon, passons. Le tout numérique l'emportant de plus en plus sur le reste, voyons voir ce qu'a Dagon à nous offrir de bon. Pas de sushis, ni de caviar (de toute manière, je déteste ces petites chiures noires), mais des hommes et des femmes vouant un culte au Dagon du titre, tous sous l'emprise d'Uxia Cambarro, la grande prêtresse, et du plus proche membre de la secte, Ezequiel. Uxia, c'est l'actrice espagnole Macarena Gómez, vue ces dernières années dans les très réussis Las brujas de Zugarramurdi d'Álex de la Iglesia et Musarañas de Juanfer Andrés et Esteban Roel. Ezequiel, quant à lui, est interprété par l'acteur lui aussi d'origine espagnole, Francisco Gomez. Tiens, un américain dirigeant des espagnols ? Ben oui. Car Dagon n'est ni plus, ni moins qu'une production ibérique tournée à Pontevedra dans le nord-ouest de l'Espagne.

En vedette, c'est l'acteur Ezra Godden qui incarne le personnage de Paul Marsh qui en compagnie de sa petite amie Barbara fêtent la réussite de leur entreprise On-Line à bord d'un petit yacht. Accompagné de leurs amis Howard et Vicki, ils rencontrent très vite des problèmes lorsque le bâteau s'échoue sur un récif. Alors que Howard et sa compagne demeurent à bord, Paul et Barbara décident d'aller chercher des secours à bord d'un canot de sauvetage. Arrivés aux abords de Imboca, un village de pêcheurs, le couple va être confronté à des faits étranges. En fait, surtout Paul car Barbara disparaît assez rapidement de l'image. Bien que l'histoire n'ait rien de commun avec Evil Dead de Sam Raimi, Dagon dégage parfois la même énergie, Ezra Godden pouvant alors être comparé, toutes proportions gardées, à Bruce Campbell qui incarnait le rôle de Ash dans le classique datant de 1981. Si seulement l'aspect trop lisse et lumineux de l'image ne l'emportait pas quasiment sur tout le reste, le film de Stuart Gordon aurait sans doute gagné ses galons de film culte. L'univers dépeint se révèle parfois impressionnant. Le village perpétuellement sous la pluie possède en effet un charme tout particulier. Pas le genre où on aimerait emmener sa petite femme en vacances. Ses habitants ressemblent à des goules croisées avec des poissons. Le caractère mystique, même s'il n'égale sans doute pas celui de Silent Hill, est parfois délirant. Quant à elle, Uxia ne se révèle pas aussi marquante qu'Alice Krige dans le rôle de Christabella. Chercher à ignorer les défauts de Dagon, c'est espérer passer un agréable moment dans l'univers de H.P. Lovecraft. Cela fonctionne parfois, et à d'autres moments un peu moins. On appréciera tout de même les quelques effets gore dont le dépeçage facial dont est victime l'un des personnages, un moment fort peu ragoutant mais plutôt convaincant. Les principaux interprètes apparaissent relativement impliqués et le rythme plutôt soutenu. Le film, s'il n'est pas une totale réussite, saura contenter les amateurs de films d'horreur pas trop regardant sur l'esthétique générale...

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