lundi 18 juin 2018

Amadeus de Miloš Forman (1984) - ★★★★★★★★★★




C'est avec une certaine tristesse, mais également de la joie et de la surprise que j'ai découvert hier soir Amadeus du cinéaste américano-tchèque Miloš Forman. L'homme derrière lequel se cache l'immense Vol au Dessus d'un Nid de Coucou ou la comédie musicale Hair. Treize longs-métrages en cinquante-six ans de carrière. C'est peu, mais un si petit nombre de films semble être la marque de fabrique des génies du septième art. Stanley Kubrick n'a t-il pas en effet réalisé quatorze longs-métrages en quarante-cinq ans et ne sommes-nous pas en attente du onzième de David Lynch dont la carrière a débuté sur grand écran en 1977 ? Tristesse car la diffusion de Amadeus était la triste occasion de nous rappeler que son auteur est mort voilà deux mois, le 14 avril dernier. Une perte immense, et surtout, une douleur affreuse pour quiconque aime le cinéma et n'a pu à temps, lui exprimer sa passion pour son œuvre de son vivant. Un grand Monsieur nous a donc quitté, laissant derrière lui comme d'autres par le passé, un héritage flamboyant. Amadeus fait partie de ces chefs-d’œuvre qui demeureront à tout jamais intemporels. Wolfgang Amadeus Mozart, tout le monde connaît. Si bien peut-être (ses créations sont reprises à la télévision, dans les pubs, et au cinéma), qu'un certain dédain pour cet artiste auteur de 626 œuvres peut naître tandis qu'une certaine fascination demeure pour d'autres beaucoup moins exposés.
C'est sans doute là la raison pour laquelle il m'aura fallut attendre trente-quatre ans avant de découvrir cet hommage fait à un musicien par un cinéaste, musique et image allant de paire depuis des lustres au cinéma. Joie, car si Miloš Forman a eu l'idée géniale de poser ses caméras devant la scène et de nous faire ainsi découvrir certaines des plus grandes œuvres du compositeur autrichien, il s'est surtout intéressé au duel à sens unique entre le génie Antonio Salieri, musicien italien, dont l’œuvre, qui comme le souligne le personnage à l'écran, aura eu bien du mal à survivre au temps qui passe, et Wolfgang Amadeus Mozart. Salieri, tiens, justement. Celui qui aurait pu donner son nom au long-métrage de Miloš Forman. Un compositeur ayant consacré sa vie toute entière à Dieu, lui vouant ses compositions, et ici décrit comme ayant été trahi par celui auquel il vouait une véritable dévotion. Amadeus est le témoignage d'un rude combat mené par Salieri, contre Mozart, lequel l'a humilié, lui a fait de l'ombre. Sa carrière étant mise en péril par le jeune prodige, Salieri décide de tout mettre en œuvre pour écarter son principal rival tout en conservant une admiration devant les travaux du jeune compositeur autrichien.

Le récit nous est conté à travers le témoignage même d'un Antonio Salieri vieillissant, admirablement interprété par l'extraordinaire acteur américain Murray Abraham-Stello. Il emporte à lui seul ce long-métrage passionnant, mis en musique par le violoniste et chef-d'orchestre britannique Neville Marriner. Les décors de la directrice artistique américaine Patrizia von Brandenstein et les costumes du tchèque Theodor Pištěk rendent hommage à ce dix-huitième siècle foisonnant. Le travail de mise en scène de Miloš Forman est remarquable, nous offrant le point de vue des divers personnages, stoppant parfois la virtuosité de sa réalisation pour nous offrir des extraits d'opéras majestueusement mis en scène et en lumière. L'un des lieux de tournage les plus impressionnants demeure le théâtre baroque Tyl de Prague, qui depuis trois siècles est demeuré en l'état et reflète donc l'esprit qui régnait à l'époque où fut justement interprété pour la première fois, le Don Giovanni de Mozart.

Surprise car, loin de l'image plutôt lisse que reflète son œuvre, le film de Miloš Forman montre à quel point la vie de Mozart fut difficile et émaillée de tragédies. Interprète d'une quinzaine de longs-métrages, l'acteur Tom Hulce est avant tout connu pour son interprétation du rôle-titre de Amadeus. Tour à tour agaçant, puis drôle, et enfin tragique, le personnage qu'il incarne à l'écran est aussi bouleversant que celui incarné par Murray Abraham-Stello. Le spectateur assiste impuissant à cette tragédie se déployant autour d'un compositeur de génie forcé à brève échéance de se tourner vers un public populaire tandis qu'il fut parfois dépossédé d'une partie de son œuvre (Les Noces de Figaro). Quant à la conclusion, d'une extrême noirceur, elle montre bien que le talent ne servait pas d'unique valeur et qu'à l'époque, on pouvait tout aussi bien tomber dans l'oubli et finir jeté dans une fosse commune. Heureusement, bien longtemps après, Wolfgang Amadeus Mozart allait devenir parmi les plus populaires compositeurs du dix-septième sècle, mais à titre posthume. Amadeus est un chef-d’œuvre. Magnifiquement interprété, d'une beauté plastique proche de certaines œuvres picturales, et admirablement mis en scène par un Miloš Forman en totale osmose avec son sujet...

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