samedi 12 mai 2018

Chair de Poule de Julien Duvivier (1963) - ★★★★★★★★☆☆



C'est la seconde fois que le cinéaste français Julien Duvivier adapte une œuvre de l'écrivain britannique James Hadley Chase après L'Homme à l'Imperméable pour lequel il offrit le rôle principal à Fernandel. Six ans après, donc, en 1963, le voilà qui revient avec son genre de prédilection : le polar. Noir, quasi désespéré. Où règne un sentiment de trahison permanent. C'est d'ailleurs ici tout l'enjeu du long-métrage Chair de Poule, adapté du roman Tirez la Chevillette par le cinéaste lui-même, mais également une fois encore, par l'écrivain René Barjavel. L’œuvre toute entière semble dictée par l'un des dix commandements gravés sur la pierre par Dieu lui-même. Après 'Tu ne commettras pas d'adultère' dans L'Homme à l'Imperméable, voici que le cinéaste s'attaque non pas à un, mais à trois commandements. 'Tu ne commettras pas de meurtre', 'Tu ne commettras pas de vol', et 'tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain' semblent en effet dicter l’œuvre dans son ensemble. Trahison, trio d'amants, duplicité et meurtres sont donc au programme d'un excellent polar porté par de talentueux interprètes.
Tout d'abord Robert Hossein, acteur, réalisateur, metteur en scène de théâtre et scénariste, qui s'apprêtait l'année suivante à tourner dans l'un de ses plus grand succès d'interprète, Angélique Marquise des Anges, et deux ans plus tard dans l'une des ses propres réalisations pour le cinéma, le troublant Vampire de Düsseldorf. A ses côtés, l'acteur Jean Sorel, que les amateurs de Gialli reconnaîtront aisément puisqu'il joua notamment pour les cinéastes italiens Sergio Corbucci (L'Uomo che Ride), Lucio Fulci ( les excellents Perversion Story et Una lucertola con la pelle di donna), ou encore Umberto Lenzi (Paranoia). Entre les deux hommes (et même les trois puisqu'il ne faut surtout pas oublier de citer le grand Georges Wilson (père de Lambert)), la superbe Catherine Rouvel dans le rôle de Maria, épouse du vieillissant garagiste Thomas avec lequel elle vit depuis trois ans déjà.

Une jeune femme séduisante qui n'en veut en réalité qu'au magot de son mari, enfermé dans un coffre bien à l'abri des convoitises. Plus tôt, à Paris, Daniel Boisset et Paul Genest cambriolent un appartement lorsqu'ils sont pris sur le vif par le propriétaire des lieux qui les prend alors en chasse dans les escaliers. Gravement blessé, Daniel est capturé par la police tandis que Paul parvient à prendre la fuite après avoir tué le propriétaire qui tentait de stopper la fuite de son ami. Condamné à vingt ans de travaux forcés, c'est par négligence de la part d'un policier que Daniel réussit à se sauver et à se rendre dans un trou perdu des Alpes-Maritimes, là où vivent justement Maria et Thomas. Et c'est dans un cadre quasiment désertique au milieu duquel est implantée une station-service que va se dérouler le plus gros de l'intrigue...
Thomas se lie d'amitié avec Daniel, lui offre le gîte, le couvert, ainsi qu'un petit boulot. Mais lorsque Maria découvre le passé du fugitif dans la presse locale, elle le menace de le dénoncer s'il refuse d'ouvrir le coffre-fort rempli de billets de banque de son époux.
Et c'est là que les emmerdes commencent véritablement et que les conséquences pour ne pas avoir respecter les trois commandements cités plus haut vont surprendre, et les personnages, et les spectateurs. La mise en scène de Julien Duvivier est au cordeau. L'écriture précise et la musique d'accompagnement du célèbre compositeur français Georges Delerue font le reste. Julien Duvivier livre une œuvre sans concession, sombre à souhait, chacun tirant la couverture sur lui pour un motif des plus crapuleux : l'argent. Même le sexe y est remisé au second plan puisque malgré les atouts évidents de la superbe Maria, ce sont les billets verts qui intéressent d'abord celui que l'on aurait pourtant soupçonné en dernier.

Après une première collaboration entre Julien Duvivier, René Barjavel et l'écrivain britannique James Hadley Chase piètrement accueillie en son temps, la formule fonctionne enfin à plein régime et Chair de Poule demeure comme l'un des meilleurs polars des années soixante, et parmi ses meilleurs films. Les retardataires se doivent de le découvrir absolument...

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