lundi 9 avril 2018

Entre ses Mains de Anne Fontaine (2005)



Doit-on rire à l'idée d'imaginer un jour Jamel Debouzze au panthéon des plus grands acteurs comiques ou figé dans la cire aux cotés d' n Louis de Funès, roi de la gaudriole quand certains le "rêvent" déjà comme le digne successeur de ce dernier?
Rire oui ! Mais jaune alors puisque rien chez ce jeune homme ne vient corroborer un quelconque talent qui ne transparaît ni dans la tragédie, ni dans le comique, du moins, jamais au niveau de l'excellence personnifiée par de Funès lui-même. 
 
Rares sont ceux, sans doute à mériter d'être comparés au "gendarme de Saint-Tropez" et parmi ceux-ci, il en est un originaire d'un pays que les français aiment croquer à travers de nombreuses plaisanteries pas toujours très drôles, la bien nommée Belgique, puisque il s'agit de Benoît Poelvoorde.

Interprète d'une petite cinquantaine de longs-métrages dont le premier et cultissime
C'est arrivé près de chez vous, il a su cultiver une identité propre, sorte de charlot et de clown triste qui dans un registre peut-être moins exubérant que De funès, lui ressemble pourtant. Le vélo de Ghislain Lambert, Jean-philippe ou récemment Le Tout Nouveau Testament sont autant d’œuvres humoristiques d'une grande qualité, aux scénarios brillants et à l'interprétation impeccable d'un homme qui aujourd'hui fait partie intégrante du cinéma français. Très vite, et ce malgré les quelques maladresses de son premier film, on comprends le potentiel du personnage qui s'adapte avec aisance aux différents rôles qui lui sont confiés.

Sa carrière commencée en 1992, Benoît Poelvoorde était un excellent "comique" avant que l'année 2005 ne pointe le bout de son nez et fasse de cet homme attachant, un acteur, un vrai, de ceux qui peuvent encaisser sans sourciller des rôles difficiles tels que celui qu' il a dû interpréter dans Entre ses mains. Poelvoorde démontre alors dans ce petit bijou de noirceur l'étendue de son talent. Et il en a à revendre le bonhomme puisque loin des rôles de sympathique mais un brin ringard personnages que certains cinéastes lui ont confié, il adopte pour l'occasion le comportement ambigu d'un homme qui après avoir été victime d'un dégât des eaux rencontre celle qui est en charge de son dossier d'assurance et qu'il tente à plusieurs reprises de séduire jusqu'à ce que naisse entre eux une troublante relation, Claire étant mariée et mère d'une petite fille, alors qu'à Lille, un serial killer rôde, traquant uniquement les femmes isolées qu'il tue en leur tranchant la gorge. Très vite , elle remarque chez Laurent son comportement étrange. Éternel pessimiste, il ne semble par croire au bonheur et change souvent d'état d'esprit, passant de la bonne humeur à la tristesse, notamment lorsqu'il apprends que Claire doit partir pour un séjour de trois jours durant lequel il n'aura pas l'occasion de la voir. Dans un premier temps, elle semble s'inquiéter du comportement de ce dernier d'autant plus que certains indices la poussent à croire qu'il est le tueur qui sème la panique dans la région. Durant un temps elle lui "échappe" jusqu' au jour où l'appelant à son travail il lui propose de la retrouver, un soir. Avec le temps elle finit par être inexorablement attirée par cet homme au physique peu avenant et au comportement particulièrement ambigu, bravant sa méfiance et retrouvant même jusqu' à leurs rapports des débuts de leur rencontre...

Inutile bien évidemment de préciser combien le rôle de Laurent semble avoir été écrit pour Benoît Poelvoorde tant l'acteur trouve ses marques dans ce personnage attachant bien que semblant cacher un lourd secret derrière un masque qui ne reflète que très rarement la moindre émotion. Difficile de voir ce qui se cache chez ce vétérinaire qui de par sa profession nous donne à penser qu' il ne peut être qu'un homme au cœur généreux mais qui derrière un comportement complexe à analyser le rend soupçonnable des méfaits perpétrés par le tueur en série qui sévit dans la région.
Quand à Isabelle Carré, même s'il on parle ici essentiellement de la performance de Benoît Poelvoorde, il faut reconnaître que le film ne serait rien sans sa présence et qu'elle reste telle qu'on la connaît et il serait réducteur de ne voir en elle qu'une très jolie plante puisque avec justesse, elle interprète son rôle tout en finesse sans jamais que l'ennui ne s'installe malgré l'évidente lenteur liée à l'histoire elle-même.

La mise en scène confine à la sobriété et révèle en la personne d'Anne Fontaine une cinéaste à suivre. Quelques plans magiques élèvent le film au delà de ce à quoi le cinéma français nous avait habitué notamment à la fin, lorsque Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde se retrouvent dans une étreinte au charme trouble et envoûtant.
Entre ses mains est une très belle réussite et l'occasion pour ses deux principaux interprètes de se croiser sur un plateau de tournage pour la première fois...

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