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mardi 24 avril 2018

Delta de Kornél Mundruczó (2008) - ★★★★★★★★☆☆



Lorsque l'on remonte, à l'envers, la filmographie du cinéaste hongrois Kornél Mundruczó, il est étonnant de tomber sur Delta, son quatrième long-métrage. On n'y perçoit pas encore toute l'urgence des personnages que les spectateurs accompagneront six ans plus tard à travers White God, et trois années supplémentaires avec La Lune de Jupiter. Pas encore ancré dans un milieu urbain, le cinéaste installe le récit de son film dans un coin du Delta du Danube, en Roumanie. C'est là que réapparaît après de nombreuses années Mihail, à la recherche de sa mère. Il y trouvera sa jeune sœur, qu'il ne connaît pas. Fauna, vit donc avec leur mère, et leur beau-père. Un individu aussi peu affable qu'aimable étouffant une belle-fille qui n'attendait qu'une occasion comme l'arrivée de son frère pour fuir la vieille demeure familiale. Entre Mihail et Fauna s'installe une étrange relation, mélange d'amour fraternel et d'attirance sexuelle. Une vue de l'esprit et du corps que malheureusement pour le frère et la sœur, les proches ainsi que les villageois ne sont pas prêts d'accepter...
Mihail, c'est l'acteur et accessoirement joueur de violon et de cithare, Félix Lajkó. Compositeur d'une partie de la bande musicale de Delta, son personnage débarque sur les terres de son enfance comme l'un de ces êtres étranges parcourant l’œuvre hypnotique du cinéaste allemand Werner Herzog, Herz aus Glas. Comme sous l'effet de psychotropes, son personnage réserve presque exclusivement son temps de parole à sa sœur, interprétée par la belle et frêle Orsolya Tóth. Le rapport entre le film de Kornél Mundruczó et l'univers de Werner Herzog ne s'arrêtant pas là, on retrouve tout ce qui fait le charme d'un cinéma qui se veut au plus proche de la réalité, quitte à faire fuir une partie du public peu habitué à subir un tempo aussi lent. Mais mon dieu, lorsqu'on adhère à ce type d'approche, que la surprise est belle.

Contemplatif, Delta l'est assurément. Comme une carte postale qui a force d'être admirée pendant de longues heures prendrait vie et happerait celui qui rêverait de s'y plonger. Les silences sont ici, religieux. Presque obséquieux. C'est à travers les regards plus qu'à travers les paroles que le cinéaste intéresse le public à ces personnages que l'on devinerait presque provenir d'un lointain passé s'il n'avait pas fait l'impasse en omettant de dater les événements. Kornél Mundruczó décrit ses deux principaux personnages comme des êtres d'une pureté et d'une innocence rares. A tel point que cet amour contre-nature qui les lie désormais ne peut plus être conçu comme une simple déviance mais comme un amour vrai, sincère, et pur. Un frère, une sœur, qui n'ont d'autre projet que de construire une maison à eux. Une bâtisse faite de bois, construite sur le Danube. Une représentation simple de ce que ces deux être perçoivent alors comme l'accomplissement de leur union, mais que d'autres s'acharneront à remettre en question. Tout ceci ne pourra évidemment rendre que plus dur le destin tragique qu'offrira le cinéaste hongrois à Mihail et Fauna. Déjà l'on sent percer ce désir profond d'égratigner ses semblables. Kornél Mundruczó n'y va pas avec des pincettes et c'est avec froideur et sans jamais le sacrifier aux artifices qu'il condamne le frère et la sœur. À une mort certaine. La barbarie au quotidien ne s'arrêtant pas aux frontières séparant la ville de la campagne, le spectateur assiste alors impuissant à l'inimaginable...

Côté musique, outre les compositions de Félix Lajkó, on a droit au titre On the Way que le groupe de rock alternatif allemand Popol Vuh composa pour la bande originale du film Nosferatu, Phantom der Nacht du réalisateur... Werner Herzog. Oui, une fois encore, l'ombre du cinéaste allemand plane sur l’œuvre du hongrois lors d'une scène assez stupéfiante se déroulant sur le Delta du Danube lors des obsèques d'un patriarche. On peut entendre également en forme de testament, le sublime Quatuor à cordes en ré mineur D. 810 La Jeune Fille et la Mort écrit par Franz Schubert en 1824. Au final, l’œuvre de Kornél Mundruczó est un formidable message d'amour en parallèle duquel, le cinéaste confronte la bêtise sous sa forme la plus inhumaine. Un joyau...

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