dimanche 22 avril 2018

White God de Kornél Mundruczó (2014) - ★★★★★★★★☆☆



Lorsque l'on a découvert l'univers du cinéaste hongrois Kornél Mundruczó à travers son dernier long-métrage, La Lune de Jupiter, l'envie irrépressible de découvrir ses œuvres passées se fait très vite ressentir. White God est le sixième long-métrage du hongrois. Loin des plans-séquences de son dernier né qui éblouirent une partie du public, Kornél Mundruczó imagine un récit tournant majoritairement autour d'une gamine et de son chien. Sauf que de présenter ses personnages sous des aspects où la quiétude prédomine, le cinéaste préfère asséner au spectateur un uppercut qui, contrairement à l'idée qui pourrait émerger que le film foule les territoires empruntés par les productions Walt Disney et consorts (La Belle et le Clochard), préfère évoquer la monstruosité de l'homme à travers l'allégorie. La métaphore est évidente et expose nos semblables aux rapports qu'ils entretiennent avec les défavorisés qui pullulent dans nos rues et dont on refuse même parfois dans certains pays de dormir sur un banc ou d'exploiter le contenu des poubelles. Ici, Kornél Mundruczó durcit le propos en imaginant un état (ici, la Hongrie) dans lequel les propriétaires de chiens bâtards sont contraints de payer une taxe.
Récupérée pour trois mois par son père divorcé de sa mère, la jeune Lili est la maîtresse de Hagen, l'un de ces chiens de race impure dont la simple évocation rappelle le traitement infligé aux juifs durant la Shoah. Rejeté par son père, le chien est abandonné dans la rue. Tandis qu'il trouve une aide inespérée auprès d'un petit roquet, Lili part régulièrement à sa recherche afin de le retrouver. Mais pour Hagen, les dangers sont multiples. Tandis que Lili parcourt les rues en placardant des affiches à l'effigie de son chien, celui-ci va être confronté à l'homme et à son ignominie. Poursuivi par des agents de la fourrière parquant les chiens errants qui, dans le meilleur des cas trouveront un nouveau maître et dans le pire, seront euthanasiés, Hagen va être enlevé, puis revendu à un homme qui le dressera au combat.

White God est, pour les amoureux des chiens et des animaux en général, aussi jubilatoire qu'inconfortable. C'est après avoir été confronté au traitement infligé à un chien enfermé dans une cage que l'idée de tourner un film tournant autour du sujet des minorités vient à l'esprit de Kornél Mundruczó. C'est ainsi qu'il y mêle l'effroyable conception de l'homme dans son exploitation de la misère. Bien qu'étant parfois totalement surréaliste dans son approche du sujet, le cinéaste fait preuve d'une maîtrise incroyable lorsqu'il s'agit de mettre en scène sa meute de chiens partis se venger des hommes. Certaines séquences sont visuellement époustouflantes (la fuite des chiens de la fourrière). Certains aspects demeurent cependant fort déroutant. Le cinéaste abandonne son héroïne incarnée par l'actrice Zsófia Psotta errer dans des soirées un peu glauques parmi une faune bien plus âgée qu'elle. Une descente aux enfers prenant une forme brouillonne et laissée en plan. Au final, des scènes qui demeurent d'une effarante inutilité et gâchent quelque peu le portrait construit autour de l'animal interprété par Luke et Body, deux chiens grâce auxquels, Luke et Body Kornél Mundruczó remportera la 'Palme Dog', un prix récompensant le chien pour son interprétation dans un long-métrage. Une récompense qui se veut parodique et qui pourtant, ici, treize ans après sa création, laisse un goût amer. Car devant la caméra, les deux chiens incarnent cette métaphore évoquée plus haut avec une force extraordinaire. Lâché en pleine rue, le cinéaste filme Hagen en travelling sur un pont, désemparé, effrayé par les bruits de la ville, et le spectateur y croit. Kornél Mundruczó filme ses bêtes avec un sens aiguisé du comportement animal. C'est beau, mais aussi parfois, très cruel. On n'est pas prêt d'oublier les scènes durant lesquelles son nouveau 'maître' lui inflige coups et injections de stéroïdes afin de le préparer au combat.

Le jubilatoire, le spectateur épris de grosses bêtes poilues pourra en bénéficier lors d'un final parfois ahurissant de surréalisme et finalement très proche de la nouvelle trilogie de La Planète des Singes. L'homme face à l'animal. Une confrontation inévitable qui laissera le spectateur pencher du côté de la bête plutôt que de son congénère. White God est une pépite, réalisée par un cinéaste qui décidément à de grandes histoires à nous raconter. A voir absolument...

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