mercredi 28 février 2018

Manon des Sources de Claude Berri (1986) - ★★★★★★★☆☆☆



Le cinéaste Claude Berri n'aura pas attendu le nombre des années pour que de la charmante petite Ernestine Mazurowna éclose une belle jeune femme mais a choisi de tourner dans la foulée de Jean de Florette, une suite se situant bien des années après le drame qui a touché la petite famille du bossu, Jean Cadoret. Après avoir disparu du casting, la jeune actrice s'est donc vue remplacée par Emmanuelle Béart, fille de l'auteur-compositeur et interprète de la chanson française Guy Béart. C'est la seconde fois que la jeune femme tournait auprès de son compagnon à la ville, Daniel Auteuil. Un rôle qui se révélera difficile pour l'actrice qui éprouvera quelques difficultés à tourner des scènes durant lesquelles elle devra faire preuve d'une certaine violence verbale envers l'homme qu'elle aime hors plateaux. Comme Jean de Florette avait révélé un Daniel Auteuil s'écartant très nettement des personnages qui lui avaient été confié jusqu'à maintenant, Manon des Sources offre à Emmanuelle Béart l'un de ses rôles les plus touchants. Une histoire d'amour impossible entre une belle sauvageonne le cœur toujours empli d'amertume envers celui qui provoqua la mort de son père et un paysan un peu sot fou d'amour pour la belle jeune femme qu'est devenue la gamine d'antan...

Si dans les grandes lignes, l’œuvre de Claude Berri se rapproche sensiblement de la version offerte en 1952 par Marcel Pagnol, les deux Manon des Sources cinématographiques conservent en revanche de grosses différences au niveau du déroulement du récit. Claude Berri s'inspire avant tout du roman paru en 1963, seconde partie d'un diptyque réunissant deux ouvrages sous le titre L'Eau des Collines. La disparition de Jean Cadoret, et par conséquent, celle de Gérard Depardieu, aurait pu peser sur cette suite qui conserve encore fort heureusement deux de ses plus charismatiques personnages. Daniel Auteuil et Yves Montand sont donc encore là, bien présents, dans leur rôle respectif d'Ugolin et de César. Plusieurs années ont passé depuis la mort de Jean mais le temps n'a pas eu d'effet sur ces deux personnages, dont un César qu'un détail minime tente de vieillir : en effet, désormais le plus vieux représentant des Soubeyran ne peut plus se passer de sa canne. Vieillissant, et donc plus proche de la mort que jamais, il compte sur Ugolin pour perpétrer le nom de la famille. Et justement, voilà que ce dernier vient de croiser la route de Manon, désormais une jeune et remarquablement belle adolescente. Partie s'installer chez Baptistine, la sorcière italienne du premier épisode qui vivait en compagnie de son mari dans une grotte, sur la propriété des Cadoret, la jeune femme n'a pas oublié tout le mal que lui ont fait Ugolin et son oncle. On pourrait même dire le village tout entier puisque chacun connaissait l'existence d'une source sur le terrain de la ferme des romarins mais jamais personne n'en a parlé à Jean et les siens. Un sujet fort délicat que certains préfèrent éviter. Un détail qui aura son importance et qui générera un certain malaise qui se ressentira même au delà de l'objectif puisque le spectateur lui-même pour se trouve gêné devant les propos et les regards accusateurs visant Ugolin et sa miraculeuse réussite.

Car son projet, celui qui le poussa des années en arrière à manigancer contre celui qui fatalement, allait devenir son ami à son contact, est désormais des plus concret. Ce qui demeure également palpable, c'est l'esprit de vengeance de Manon. Qui d'une part va se venger des habitants de la région en bouchant une source, tarissant ainsi la fontaine du village et tous les points de ralliement en eau, et d'Ugolin en lui refusant son amour. Un rejet qui aura, comme on le découvrira très vite, des répercutions graves. Là où le génie de Marcel Pagnol, et par conséquent celui de Claude Berri, explose, se situe dans l'impacable destin offert à ses protagonistes. Car si l'on remonte en arrière, du temps du récit tournant autour du personnage de Jean Cadoret et que l'on suit les péripéties de ce second volet jusqu'à la révélation finale, le spectateur se rend compte que tout est inexorablement lié.

Cette suite a été tournée à Mirabeau, petite commune française du Vaucluse de la région PACA. Si une partie du casting, notamment certains villageois, est identique à celle du premier volet, Claude Berri fait appel à quelques nouvelles têtes, telles que Hippolyte Girardot, qui n'a aucun lien de parenté avec l'immense et regrettée Annie Girardot et n'avait joué jusque là que dans une toute petite dizaine de longs-métrages. Il interprète désormais le rôle de l'instituteur Bernard Olivier, passionné de géologie et problème initial d'un Ugolin qui voit bien que la jeune et belle Manon n'a d'yeux que pour le nouvel arrivant. On reconnaîtra également la trogne si particulière de l'acteur, chanteur et musicien Ticky Holgado qui, ici, incarne le personnage du génie rural venu secourir des villageois impatients de résoudre le problème de l'eau. La boucle étant désormais bouclée, ne reste plus au spectateur qu'à assister au désenchantement d'une famille loin d'imaginer les tenants et les aboutissants d'une telle aventure. Yves Montand demeure toujours aussi remarquable, et Daniel Auteuil, comme ce fut le cas pour Jean de Florette, obtiendra une fois encore le César du meilleur acteur. Quant à celui de la meilleure actrice dans un second rôle, il reviendra à Emmanuelle Béart. Une récompense qui prouvera combien la jeune femme aura eu raison de passer outre certaines réticences, et d'avoir eu confiance en Claude Berri. De manière tout à fait subjective, et en tenant malgré tout compte de l'interprétation, de la mise en scène ou de la superbe partition musicale de Jean-Claude Petit, Manon des Sources demeure peut-être très légèrement en deçà du premier volet. Quoique...

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