dimanche 25 février 2018

Daisy Diamond de Simon Staho (2007) - ★★★★★★★★★☆



Plus on remonte dans la carrière de l'actrice suédoise, et plus l'on se rend compte de l'immense talent de Noomi Rapace. Ridley Scott lui confiera le rôle de Elizabeth Shaw dans Prometheus en 2012. Plus loin dans le passé, on l'aura découverte dans l'excellent et fantomatique Babycall du norvégien Pål Sletaune. Et même quelques années auparavant dans l'impressionnante trilogie danoise Millenium. Mais s'il demeure une interprétation plus remarquable encore que les autres, c'est le rôle qu'elle a tenu en 2007 dans l'effroyable Daisy Diamond. Une œuvre extrême réalisée par le cinéaste danois Simon Staho pour le compte duquel l'actrice s'est entièrement mise à nu. Au propre comme au figuré. Une expérience de cinéma totale. Sublime autant qu'abjecte. Une descente aux enfers sans fil d'ariane pour se raccrocher à un quelconque espoir.
Le cinéaste choisi de tourner un film aussi cru que la vie elle-même. Noomi Rapace y explose littéralement dans le rôle d'une mère de famille sans conjoint, livrée à elle seule et s'occupant d'une petite Daisy qui ne cesse de pleurer. La jeune femme tente de décrocher un rôle au cinéma mais sans jamais y parvenir. Devant les pleurs incessants de son bébé de quatre mois seulement, la jeune femme pète les plombs et se résout à une alternative qui va la mener droit en Enfer. Un cauchemar qui n'épargnera ni son personnage, ni son interprète, ni les spectateurs.

Alors que certains spectateurs calfeutreront probablement leur peur du spectacle devant un jugement hâtif dénigrant la grande cruauté dont fait preuve le cinéaste envers ses personnages, les autres y verront matière à s'extasier devant une mise en scène aussi sobre dans son approche que sont difficilement soutenables certains passages. Noomi Rapace, à poil ! Dénudée, écartelée entre l'amour que porte son personnage à son enfant et la succession de déconvenues professionnelles, le chemin est long et douloureux entre ses aspirations et la fin que lui offre l'implacable script écrit à quatre mains par le cinéaste lui-même en compagnie de Peter Asmussen. Une douloureuse expérience cinématographique qui laisse entrevoir la fin tragique de son héroïne.

Entre fiction et réalité, les scènes se succèdent, se confondent, laissent entrevoir la part de vérité qui se détache des perspectives offertes par les différents casting auxquels assiste l'héroïne. Qui mieux qu'Anna, le personnage incarné par Noomi Rapace pourrait interpréter ces rôles que l'on confiera pourtant à d'autres ? La première scène ouvrant le bal des horreurs est significative et renvoie déjà, au terme du récit. Un couple. Anna et son amant. Un fix d'héroïne, un quasi-viol, et les pleurs d'un enfant. On croit à une ellipse mais le changement de cadre déclare son amour du cinéma brut. Ouf ! On respire. Tout n'était qu'un jeu. Celui de deux interprètes s'offrant à deux directeurs de casting. Mais on ne le sait pas encore, cette première scène déjà jusqu’au-boutiste est une mise en bouche du calvaire que va vivre dès lors le personnage d'Anna.

Noomi Rapace... qui se rase le crâne, les aisselles, le pubis, qui hurle et pleure devant la caméra. La morve au nez, elle s'endort. Libérée... ? Les casting s'enchaînent sans qu'Anna n'obtienne aucun rôle. Et lorsqu'enfin le miracle arrive, son personnage est supprimé du script. Et toujours, Daisy qui pleure. Noomi sans maquillage. Le visage gras, boutonneux, les pores dilatés. Simon Staho n'a clairement pas l'intention de filmer l'actrice sous son meilleur jour. Du cinéma-vérité. Rapace exécute ce que peu d'actrices auraient accepté de tourner.
Daisy Diamond est glaçant, aussi douloureux qu'un uppercut, jamais emprunt de sensualité, violent dans ses propos et dans son visuel. Noomi Rapace y est tour à tour agressive, douce, maternelle, infanticide. Si son personnage stagne au premier niveau d'une carrière qui ne décollera jamais dans le circuit classique, l'actrice, en revanche, y éclate littéralement. L’œuvre de Simon Staho est certes noire et désespérée, mais à la fois belle et essentielle. Elle permet surtout de découvrir une facette de l'univers cinématographique peu courante. Déjà un classique...

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