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mardi 1 mars 2016

Jodorowsky's Dune de Frank Pavich (2013)



Avant de devenir un projet cinématographique pharaonique orchestré par le cinéaste, acteur, mime, poète et scénariste chilien Alejandro Jodorowsky et de tomber entre les mains du réalisateur américain david Lynch, Dune est avant tout une œuvre littéraire considérée par beaucoup comme l'une des plus importantes dans le domaine de la science-fiction. C'est le producteur Michel Seydoux, alors très impressionné par les travaux de Jodo qui propose de produire sa dernière œuvre à venir. Voulant créer un film en envisageant qu'elle pourrait occasionner des effets similaires à ceux du LSD, Jodorowsky veut modifier la perception des gens, et notamment ceux des jeunes du monde entier. Un prophète. Un dieu artistique. Une divinité cinématographique. Le chilien veut ouvrir les esprits, son propre intellect... et pour cela, il va devoir se battre. Créer une armée de guerriers rompus à l'exercice du story board, de la production, du métier d'acteur, de designer, et de compositeur.

Beaucoup plus tard, Nicolas Winding Refn avoue avoir été dîner un soir avec sa femme chez Jodorowsky. Le cinéaste lui propose de voir Dune. En fait, un story-board extrêmement détaillé, constitué d'environ trois milles dessins que son ami Moebius a dessiné pour lui. Jodo raconte page après page l'histoire de ce projet, et celle de sa vision du roman signé Frank Herbert. Refn en ressort incroyablement marqué par ce qu'il envisage alors comme le plus grand film jamais créé, se considérant lui-même comme le seul à avoir pu voir Dune.

Jodorowsky commence par faire du théâtre, puis produit Fando Y Lis, son premier long-métrage, lequel, dit-il, a rendu fous ceux qui ont pu le découvrir au cinéma. Il réalise ensuite El Topo, premier, et peut-être unique, western ésotérique de l'histoire du cinéma. Une œuvre, dense, touffue, complexe, hallucinogène, et définitivement culte. Puis vient La Montagne Sacrée, autre œuvre majeure et culte elle aussi. Le cinéaste et scénariste Dan O'Bannon rencontrera plus tard le chilien avec lequel il consommera de l'herbe avant d'être l'un de ces fameux guerriers aux côtés de Moebius (lui-même à la conception du story-board), Jodo lui confiant les effets-spéciaux. O'Bannon vent tout ce qu'il possède, poussé par un Jodo très persuasif.
Ce dernier doit désormais constituer l'équipe qui formera les interprètes de son incroyable projet. Il pense d'abord à l'acteur David Carradine après l'avoir vu dans la célèbre série télévisée Kung-Fu. Entre temps, il rencontre les membres du groupe de rock psychédélique Pink Floyd qui accepte de composer une partie de la bande originale. Ensuite, Jodorowsky pense à son fils pour interpréter le rôle de Paul, fils du Duc Leto et de Dame Jessica, qui aux côtés des Fremen dont il deviendra le chef et le messie, mènera ces derniers à la victoire face aux troupes des Sardaukars de l'Empereur Shaddam IV.

Pour la conception des vaisseaux, Jodorowsky pense à l'illustrateur britannique Chris Foss dont le travail sur les couvertures d’œuvres de science-fiction convainquent qu'il est l'homme qu'il lui faut pour créer ceux-ci. Jodorowsky part ensuite chercher le plasticien, graphiste, illustrateur, sculpteur et designer suisse Hans Ruedi Giger. Le cinéaste en est convaincu : le travail de Giger est à l'image de ce à quoi devra ressembler la planète Arrakis et ceux qui l'occupent : la famille Harkonnen. Jodo pense à Dali, à Mick Jagger, pour l'interprétation. Pense aussi au groupe français psychédélique Magma créé par le compositeur, chanteur et batteur Christian Vander pour la création d'une partie de la bande musicale. Jodorowsky's Dune décortique petit à petit le travail effectué sur l'un des projets les plus ambitieux de l'histoire du cinéma...

Le récit de cette aventure extraordinaire qui a mené le cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky à présenter aux plus grand studios américains son projet avant de connaître la déception en étant refoulé par ces derniers en raison de sa trop forte et originale personnalité montre à quel point Dune aurait été une grande œuvre, loin de la pathétique adaptation du pourtant immense David Lynch. Jodorowsky dans un premier temps refusera d'ailleurs d'aller le voir au cinéma de peur que la version de l'américain soit meilleure que la sienne. En découvrant cette œuvre inachevée dont pas même le moindre bout de pellicule n'existe, on entre dans l'esprit de Jodorowsky. On découvre les mécaniques d'un cinéaste qui n'a pas peur de prendre des risques, allant jusqu'au bout de ses rêves. Jodorowsky's Dune est un document rare et précieux. Le cheminement d'une pensée. La création d'une armée d'artistes en tous genres. L'évolution d'un projet de sa forme initiale jusqu'à la chute vertigineuse face à des studios de cinéma trop frileux qui mettent en évidence l'un des propos du cinéaste chilien lui-même : « Pour moi, le cinéma est un art, plus qu'une industrie. C'est la recherche de l'âme humaine... »


1 commentaire:

  1. Excellent article !
    Une œuvre de cette ampleur inachevée reste quelque chose de troublant... Réunir les meilleurs et les plus fous dans chaque domaine fait rêver... mais faire travailler ensemble et cordonner ces êtres fantasques et indépendants, souvent à l'égo démesuré aurait été autre chose...

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