Partant de
l'indécrottable principe qu'il ne fallait surtout pas visionner la
moindre bobine de cet illustre cinéaste qu'est Ingmar Bergman à
cause de sa subjective réputation de cinéaste amorphe, il aura
fallut plus de trente ans pour qu'échouent (enfin) trois de ses
œuvres dans ce salon. Peut-être pas les plus connues (pas de
Septième Sceau donc, ni de Fraises Sauvages et encore
moins de Fanny Et Alexandre),
mais certainement parmi les plus marquantes. Du moins, celles qui
donnent envie de se pencher sur ce réalisateur suédois mort en 2007
à l'âge de 89 ans.

Alma
raconte qu'elle est tombée enceinte et qu'avec l'aide de son
compagnon, elle a avorté. Plus Alma se confie, et plus le silence
dans lequel s'est enfermé Elisabeth devient pesant. L'infirmière
s'enfonce peu à peu dans un état proche de la dépression. Et ce ne
sont pas ses suppliques qui parviendront à sortir Elisabeth de son
mutisme...
Persona est
une œuvre forte, alambiquée et cauchemardesque. Interprétée
essentiellement par deux actrices de talent, elle confronte deux
esprits radicalement différents. D'un côté une actrice célèbre
qui ne supporte plus l'image qu'elle renvoie, la seule que
connaissent d'elle ses admirateurs : les personnages qu'elle
interprète au cinéma et au théâtre. On découvrira plus tard
qu'un événement beaucoup plus anodin aura eut des répercussions
sur son état mental. Entre le désir d'être mère, celui d'aimer
l'enfant auquel elle a donné naissance et le dégoût que ce dernier
lui inspire, Elisabeth finit par sortir de son rôle d'actrice mais
n'arrive pas à assumer celui de mère.
D'où
ce silence duquel émerge cet étrange personnage représenté par
Alma mais qui, au contact de Elisabeth va se révéler un maillon
important de l'évolution mentale de l'actrice. L’île sur
laquelle se déroule l'intrigue révèle des limites propres aux
rêves dont les contours sont rarement clairement définit. Quelques
ingénieux plans et jeux de lumière révèlent la vérité sur la
dualité entre les deux jeunes femmes. On comprendra les excès de
l'une et le mutisme de la seconde. Deux états ne révélant qu'une
seule et même enveloppe. Persona
s'exprime sur des sujets aussi divers que l'amour, la mort, l'amitié
ou bien encore la trahison.
La
folie elle-même semble être au centre de ce tableau même si la
justesse de l'interprétation la fait mettre au second plan pour
mettre en avant la relation forte entre l'actrice et son personnage.
Mais de folie, il est bien question ici. Elle est sous-jacente mais
transpire en réalité à chaque plan, l'une des dernières scènes
nous la renvoyant en pleine face de manière saisissante. On
appréciera surtout la façon dont Bergman filme ses actrices.
Hors-champ ou bien en gros plans, c'est bien grâce à cette prouesse
qu'au fil de l'intrigue on distingue la vérité du mensonge et que
se dénoue cette histoire de prime abord alambiquée. Persona
est un film absolument fantastique. A tous points de vue.
C'est
donc ainsi que s'ouvre une passion pour ce cinéaste, et que l'envie
de se plonger dans son œuvre se fait plus pressente...
Un vrai chef-d'oeuvre du 7e Art qui vient de paraître en blu-ray ^^
RépondreSupprimerDans le genre, je te conseille A travers le miroir {film hermétique mais magistral}.