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dimanche 11 mai 2025

Anatema de Jimina Sabadú 2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 2006, six réalisateurs espagnols se sont conjointement associés afin de produire et de mettre en scène six longs-métrages réunis sous la bannière Películas Para no Dormir. Parmi lesquels, Jaume Balagueró et Álex de la Iglesia. Depuis, ce dernier a créé une nouvelle anthologie intitulée The Fear Collection et qui dès 2020 a fait l'objet d'un long-métrage qu'il a lui-même réalisé sous le titre Veneciafrenia. L'année suivante, Jaume Balagueró a pris la relève et à signé quant à lui Venus. Il aura fallut patienter deux années supplémentaires pour voir débarquer Anatema de Jimina Sabadú. Première réalisatrice espagnole de sexe féminin à participer à ce type de projet réunissant jusque là des cinéastes masculins, la quadragénaire signe avec ce premier long-métrage, un film d'horreur qui n'a absolument pas à rougir face à la concurrence masculine. Bien au contraire. Toujours produit par Álex de la Iglesia et par Carolina Bang avec laquelle ce dernier avait déjà produit les deux précédents films de cette collection que l'on espère voir durer dans le temps, Anatema met en scène une religieuse du nom de Juana Rabadán (Leonor Watling) qui sur demande de l'archidiocèse accepte de retourner dans la ville de son enfance afin d'élucider le mystère qui entoure plusieurs morts ayant eu lieu dans une église du vieux Madrid. Après une scène d'ouverture étonnante et ne laissant planer aucun doute quant à la présence du Mal en ce lieu Saint, les différents protagonistes du récit se réunissent autour de cette affaire religieuse particulièrement angoissante qui semble-t-il, aurait débuté au moment même où une équipe d'électriciens chargés d'effectuer des réparations dans l'église aurait ouvert par mégarde une crypte jusque là condamnée. L'on retrouve donc autour de l'actrice, Pablo Derqui et Jaime Ordóñez, dans les rôles respectifs des Pères Angel et Cuiña, ainsi que Keren Hapuc dans celui de sœur Mara. Ce carré de personnages devra accepter de confronter ses propres craintes afin de pénétrer la crypte dans ses plus profondes fondations. Là où le Mal s'est tapi. Extirpant ainsi par erreur un sceau qui retenait jusque là les suppôts du démon qui désormais vont pouvoir sortir au grand jour.... Sauf que, ben en fait, non, pas du tout. D'ailleurs, ceux-ci nous ont montré dès le début qu'ils étaient en mesure de le faire malgré la présence du ''scellé'' en question. Tourné à Madrid et à Biscaye dans la province du nord de l'Espagne, certains plans de Anatema ont en outre été précisément tournés dans les Grottes de Pozalagua.


Ces scènes figurent les immenses fondations de l'église dont les diverses parties visibles de l'extérieur ne sont, comme l'indique l'un des protagonistes du récit, que la partie émergée de l'iceberg ! Le principal atout de l'intrigue, ce sont bien évidemment ses interprètes, lesquels entrent en une parfaite communion dans cette enquête religieuse parfois passionnante. Également scénariste, Jimina Sabadú insiste surtout sur le personnage de Juana Rabadán, une restauratrice de talent au fort caractère dont l'ancien époux s'est suicidé suite à son emprise par un démon pourtant chassé lors d'un exorcisme. Pour couronner le tout, le frère de la religieuse, Miguel (Mauro Brussolo) est cloué dans l'un des lits du Monastère où vit désormais sa sœur et possède le don d'être, comme les Saints, à deux endroits en même temps! La réalisatrice ne demeure pas moins consciente de l'importance des personnages qui orbitent autour de son héroïne et chacun d'entre eux est parfaitement campé. Malheureusement, le long-métrage n'est pas exempt de défauts. En effet, si toute la partie qui concerne l'enquête du quatuor est particulièrement convaincante, tout ou partie des interventions démoniaques frise le ridicule. Leurs diverses représentations apparaissent avec la hâte d'un enfant pressé de s'amuser avec ses nouveaux jouets. Quant à l'apparence de certains d'entre eux, là, rien de vraiment original puisque la Nonne Blanche incarnée par Laura Sánchez a tout de l'allure grossièrement dessinée de celle produite par l'univers Conjuring et mise en avant dans The Nun de Corin Hardy en 2018. Ajoutant à cette apparition grotesque, quelques ''gargouilles'', une version noire de la nonne à travers le Diablo Negro Rocco (interprété par Christian Pérez) et quelques joyeusetés supplémentaires comme des bandages constitués de boyaux humains prenant vie ou encore une créature au corps parcheminé de visages agonisants (une idée probablement pompée à l'un des longs-métrages de la franchise A Nightmare on Elm Street). De bonnes idées pour un combat final qui paraît extrêmement faiblard au regard des ambitions scénaristiques. Bref, Anatema vaut surtout pour l'investigation de ses quatre héros dans ce qui constitue une porte ouverte vers l'Enfer. Mais une fois arrivés à l'intérieur, c'est pour le spectateur, une véritable douche froide...

 

dimanche 4 juin 2023

Veneciafrenia d'Alex de la Iglesia (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 

 


Comment transformer une joyeuse soirée en instant de torpeur mal assumé ? En promettant à sa conjointe de découvrir la dernière comédie en date du réalisateur espagnol Alex de la Iglesia, Veneciafrenia. C'était il y a quelques jours, et j'avoue avoir été moi aussi surpris par son contenu. Car en effet, l'auteur des excellents Acción Mutante, El Día de la Bestia, La Comunidad ou Crimen Ferpecto change de ton et s'éloigne de la comédie trash à laquelle il s'est attaché depuis maintenant trente années pour explorer les sombres recoins du thriller et du slasher qui s'accouplent ici pour former un tout relativement homogène d'où l'humour parvient malgré tout à se faire une petite place. La conception du scénario n'est pas strictement due à l'imagination déliro-débordante d'Alex de la Iglesia mais à un fait-divers qui en 2019 fut à l'origine d'une vidéo virale qui survint en 2019 et dans laquelle un bateau de croisière hors de contrôle sema la panique à Venise en entrant en collision avec le port MSC Opera ainsi qu'un bateau de tourisme, causant ainsi plusieurs blessés. Un accident qui inspirera donc le réalisateur, au même titre que le phénomène d’afflux touristique qui dans cette ville voit de nombreux appartements se vider de leurs locataires au profit des vacanciers toujours plus nombreux. Un terrain fertile pour l'espagnol qui se voit donc à l'époque apparemment ''contraint'' d'adhérer à la cause vénitienne en intégrant dans son récit des touristes espagnols, héros d'un slasher certes original d'un point de vue géographique mais néanmoins très en dessous de ce qu'à pu nous proposer jusque là celui qui employait généralement son art dans le domaine de la comédie noire. Filmé en pleine pandémie du Covid-19, Veneciafrenia met donc principalement en scène trois femmes et deux garçons d'origine espagnole lors du carnaval de Venise. Une période durant laquelle les habitants de la ville portent sur le dos leurs plus beaux atours. De quoi noyer nos personnages au beau milieu d'autochtones tous plus menaçants les uns que les autres vis à vis de ces étrangers irrespectueux, bruyants, venus faire la fête au détriment de la valeur ''respect'' que l'on se doit en général de respecter. Quelques meurtres sanglants, voire même très gore, une mise en scène qui, comme à son habitude, ne fait pas l'économie d'une certaine énergie, et surtout, une Venise belle mais aussi parfois anxiogène...


Alex de la Iglesia semble prendre le parti de ces vénitiens littéralement envahis par le tourisme et parmi lesquels un groupe de certains représentants ont choisi de se révolter afin de terroriser les ''envahisseurs'' et les contraindre à l'avenir de choisir un autre lieu de destination. Le côté typiquement délirant de l’œuvre du réalisateur se ressent moins ici que dans ses longs-métrages précédentes. C'est à croire que lorsque Alex de la Iglesia ne tourne pas dans son propre pays, celui-ci semble moins à l'aise. C'est d'autant plus flagrant que son The Oxford Murders de 2008 était déjà porteur de faiblesses scénaristiques et de mise en scène malgré son sujet passionnant. Ici, le véritable héros du récit n'est certainement pas ce groupe de touristes venus faire la fête au détriment des éventuels dangers (quelle drôle d'idée que d'accepter de suivre cet inconnu affublé de l'inquiétant costume d'un docteur de la peste), ni même ce groupe de terroristes masqués beaucoup moins intéressés par les profits que pourrait générer le tourisme que par le bien-être de leurs concitoyens. Non, la véritable star de Veneciafrenia n'est rien moins que la ville de Venise elle-même. Ses ruelles, ses canaux et surtout, ce théâtre immergé, véritable fulgurance visuelle qui renvoie à certains grands noms du cinéma fantastique, et peut-être notamment au classique de Michele Soavi, Deliria (chez nous, Bloody Bird), qui sorti sur les écrans près de trente-cinq ans en arrière. Des meurtres et des courses-poursuites entraînants. Des assassinats qui réjouiront les amateurs de gore (la femme-pantin du théâtre abandonné reste anthologique), une Venise et des ''indigènes'' véritablement terrifiants, deux jumeaux frappadingues, une enquête policière bizarrement routinière, mais une fin qui déçoit. Une conclusion moins grand-guignolesque qu'elle n'y paraît. Le jusqu’au-boutiste réalisateur espagnol hésite... fait un pas en arrière... et plutôt que de réveiller les mauvais démons du terrorisme et leurs horribles exécutions mises en images préfère en ''adoucir'' le concept. Au final, on ne crachera pas sur le dernier long-métrage d'Alex de la Iglesia car même si en comparaison de la plupart de ses œuvres Veneciafrenia s'avère faiblard, il n'en demeure pas moins un sympathique divertissement...

 

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