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lundi 22 juin 2026

La prison du viol (Jackson County Jail) de Michael Miller (1976) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Avec son titre français fort racoleur, La prison du viol (traduction réductrice et quelque peu déformée de Jackson County Jail) pourrait passer pour un énième film d'exploitation de type W.I.P et pourtant, ce long-métrage signé de Michael Miller dont le plus ''célèbre'' fait d'arme reste l'étonnant Silent Rage (Horreur dans la ville) avec Chuck Norris et qu'il réalisa en 1982 mérite toute l'attention du cinéphage et même parfois du cinéphile qui sommeille, je l'espère, en chacun de nous... D'abord parce qu'il nous présente un duo de personnages principaux relativement intéressant. D'un côté, Dinah Hunter, cadre publicitaire originaire de Los Angeles qui après avoir essuyé un refus de diffusion de sa dernière création et des propos excessivement misogynes de la part d'un de ses clients venu assister à la projection de sa nouvelle publicité va connaître les vingt-quatre heures les plus intenses de son existence. De l'autre, Coley Blake. Un voleur vivant en marge de la société et dont les activités criminelles semblent être une véritable profession de foi ! Si la rencontre entre cette séduisante citadine et ce charismatique individu originaire d'un monde déjà nettement plus rural paraît improbable, celle-ci va pourtant sceller cette ''union'' certes de courte durée mais d'une intensité réelle. Au terme d'un récit qui ne perd pas de temps en palabres inutiles ni en considérations théoriques produisant un clash entre civilisation et existence arriérée, on se demande qui de l'actrice Yvette Mimieux ou de son personnage de Dinah Hunter le réalisateur déteste le plus... Car comment expliquer cet acharnement avec lequel Michael Miller multiplie les malheurs de son héroïne. Autant en 1984, Brian De Palma jouera de cette même persécution avec le personnage de Jake Scully dans le chef-d’œuvre Body Double en licenciant le protagoniste de son emploi de comédien avant que celui-ci ne découvre que sa petite amie le trompe avec un autre pour au final le faire tomber dans un piège, autant toucher à un personnage féminin, et en l'occurrence la sublime Yvette Mimieux, est déjà beaucoup plus dérangeant. Car en l'espace de quelques heures, Dinah va démissionner de son emploi, découvrir que l'homme avec lequel elle vit depuis deux ans invite chez eux de très jeunes femmes, se faire voler sa voiture par un jeune couple qu'elle avait pourtant eu la gentillesse de prendre à son bord (dont un Robert Carradine jeune et donc fort méconnaissable), se faire agresser par un barman auquel elle demandait de l'aide et enfin se retrouver en prison pour l'agression mensongère du dit propriétaire du bar...


Et comme si cela ne suffisait pas, Dinah sera violée par l'un des adjoints du shérif avant qu'elle ne se défende et ne le tue à l'aide d'un tabouret... Lorsque l'on remonte rétrospectivement le fil des événements, l'on pense ironiquement que la jeune femme aurait finalement mieux fait de fermer sa gueule lorsque ce gros plein de soupe critiqua son travail publicitaire quelques heures auparavant... Au-delà de cette authentique tragédie qui confinerait presque à la parodie si tout n'était pas que pur malaise, le véritable intérêt de La prison du viol reste bien évidemment la rencontre entre Dinah et Coley qui de son côté est interprété par l'excellent Tommy Lee Jones. Et putain ce qu'il pouvait être beau lorsqu'il avait trente ans, son âge lors du tournage du film ! Un rebelle bien charpenté, barbe de trois jours, cheveux mi-longs, caractère trempé du mâle que l'on supposerait un brin macho mais qui derrière ses manières un peu rustres cache peut-être en réalité, un héros incompris. Incompris, oui, de la société mais aussi des autorités policières qui aimeraient l'ajouter à leur tableau de chasse. Et c'est bien cette relation entre deux êtres que tout différencie qui rend le film parfois si touchant. Et ce, derrière un script d'une noirceur parfois stupéfiante. D'un pessimisme outré jusque dans son dernier plan, La prison du viol n'est pas juste un road-movie criminel, une cavale infernale ou une hypothétique histoire d'amour tuée dans l’œuf ! Car outre la description d'une ruralité qui aligne consciencieusement les portraits de culs-terreux, le long-métrage de Michael Miller sert de base à une relation courte et intense entre deux individus de milieux différents qui par la force des choses sont poussés par un même ''désir'' d'évasion. On ne saura jamais en conclusion quel sort attendra Dinah et c'est sans doute mieux ainsi. À ranger aux côtés de Bonnie et Clyde d'Arthur Penn, de La Balade sauvage de Terrence Malick ou de Thelma et Louise de Ridley Scott...


dimanche 2 novembre 2025

Une pointe d'amour de Maël Piriou (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Pour son premier long-métrage Une pointe d'amour, le réalisateur Maël Piriou adapte pour la seconde fois le script de Philippe De Clercq, Asta Philpot et Mariano Vanhoof après que Geoffrey Enthoven l'ait mis en image en 2011 avec Hasta la Vista. Si les deux films entretiennent effectivement une relation, entre les deux versions, certains personnages et certaines situations ont depuis été modifiés. Désormais, il ne s'agit plus de mettre en scène trois handicapés, mais deux. Et si l'un des trois protagonistes a disparu, il est maintenant remplacé par un ''individu'' dont l'unique ''handicap'' est d'avoir passé ces deux dernières années derrière les barreaux. Pour le reste, Une pointe d'amour demeure relativement fidèle même si certains personnages qui jusqu'à maintenant prenaient une place plus importante dans le film de Geoffrey Enthoven sont devenus des personnages beaucoup plus secondaires (les parents de Benjamin). Concernant le récit, Maël Piriou, Pierre De Clercq et Mariano Vanhoof évacuent les personnages de l'aveugle et du protagoniste atteint d'une tumeur cérébrale en phase terminale tandis que Philip (alors incarné par l'acteur belge Robrecht Vanden Thoren) est désormais remplacé par Benjamin (Quentin Dolmaire, que l'on a pu notamment découvrir dans l'excellente série OVNI(s)), lequel est atteint du même mal. Rejoint à l'image par l'avocate Mélanie (Julia Piaton), celle-ci est non seulement chargée du dossier de Lucas (Grégory Gadebois), un être passablement bougon et dépressif, mais se trouve elle-même dans un fauteuil roulant et est atteinte d'une maladie du cœur dégénérative. Pour le reste, le projet des deux handicapés du récit reste le même : se rendre en Espagne, dans un bordel, afin de permettre à Mélanie et Benjamin de faire l'amour pour la première fois de leur existence... A la lecture d'un tel résumé, il est facile de supposer que l'on est là, face à un drame de pure souche et non pas devant une comédie dramatique mâtinée de Road Trip. Et pourtant, c'est bien ce qu'est Une pointe d'amour...


Un film charmant, drôle et émouvant porté par un trio d'interprètes qui plus que de se moquer des personnages qu'ils incarnent pour en faire les produits d'une comédie française balourde et irrévérencieuse parviennent à rendre touchant chacun d'entre eux. Trimballés à l'arrière d'un van conduit par Lucas, malgré la proposition de Mélanie de traiter de son dossier de justice, Maël Piriou préfère se concentrer autour de cette nouvelle relation qui nouera nos trois héros le temps de ce voyage en Espagne. Jamais racoleur et donc jamais voyeuriste, Une pointe d'amour survole certaines contraintes liées au handicap dont est notamment atteint Benjamin. Jamais démonstratif en la matière, le film l'est en revanche lorsqu'il s'agit d'évoquer les sentiments des uns et des autres. N'étant pas censé heurter la sensibilité des personnes atteintes de handicaps ni même ceux qui craignent un jour qu'on leur annonce que leurs jours sont comptés (Les problèmes de cœur de Mélanie semblent devoir la condamner à une mort certaine à court ou moyen terme), Une pointe d'amour est un jeu de séduction permanent qui fait la part belle entre ce que ressentent les uns et les autres. Et même, lorsque la présence de Séverin (Louis Meignan) témoigne d'une incapacité à se mettre dans la peau de ceux dont il se gausse lourdement, celle de son amie Juliette (Aude Léger) désamorce le malaise qui semblait pourtant devoir s'installer ! Bien que le sujet du handicap ne soit peut-être pas à la portée de tout le monde (qu'il s'agisse d'une partie du public qui pourrait mal appréhender le sujet ou de celui-là même qui entreprend de les mettre en scène), l'écriture, la mise en scène et l'interprétation sont d'une telle finesse que le film ne peut que toucher toutes celles et ceux qui auront la chance de le découvrir. Entre un Grégory Gadebois tout d'abord grincheux, transformé en chauffeur et en infirmier de fortune, un Quentin Dolmaire en amoureux timide et tétraplégique et une Julia Piaton toujours aussi charmante et séduisante malgré son handicap, Une pointe d'amour est une petite merveille de bonheur, de légèreté et d'humanité...

 

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