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vendredi 27 décembre 2013

Tyrannosaur de Paddy Considine (2011)



Joseph vit seul dans un quartier de Glasgow, au milieu d'une faune déshéritée où violence rime avec alcool. Ici, il n'y rien d'autre que la télévision, les bars et les copains pour maintenir un semblant de contact avec le monde. Depuis que s femme est morte Joseph va mal. Il traîne ses pompes en ville et passe son temps dans un bar où il retrouve son ami et bookmaker Tommy. Joseph n'a que peu d'amis : L'un est en train de mourir d'un cancer et l'autre, le jeune Samuel, est un gamin qui doit supporter la violence de son crétin de beau-père Bod !

Un soir, énervé, Joseph pète un plomb est tue involontairement son chien en le frappant au ventre. Désespéré l'homme enterre la bête dans son jardin avant de remettre en question son comportement. Le lendemain, alors qu'il se brouille avec son banquier qui lui refuse le droit de remettre les pieds dans son établissement et qu'une rixe l'oppose à trois jeune garçons, Joseph se réfugie dans une boutique de vêtements tenue par Hannah. Très croyante, la jeune femme approche Joseph et lui propose de prier pour lui. Mais Joseph a perdu la foi. Tenant de durs propos, il finit par quitter la boutique mais revient dès le lendemain.

Naît alors une relation d'amitié entre Hannah et Joseph. Hannah est une femme remarquable qui apporte soutien et réconfort à un Joseph en détresse. Elle paraît suffisamment stable pour pouvoir assumer cette nouvelle relation, pourtant, elle-même connaît une existence difficile au bras de James, son mari, un homme infecte qui affirme être fou amoureux de son épouse, mais visiblement pas assez pour accepter de lui donner un enfant. Celui qui apparaît comme un homme pieu n'est en réalité obsédé que par le sexe. Celui justement d'Hannah, et que cette dernière lui refuse désormais.

Les événements s’enchaînent le jour où James rend visite à Hannah au magasin. Il la surprend en train de mettre une cravate autour du cou de Joseph venu acheter un costume pour l'enterrement de son meilleur ami. James est alors persuadé qu'Hannah le trompe...

Réalisé en 2011, Tyrannosaur est la suite du cours métrage Dog Altogether datant de 2007 et dans lequel on retrouvait déjà les personnages de Joseph et Hannah (déjà interprétés par Peter Mullan et Olivia Colman). Tyrannosaur est un drame social comme savent en tourner certains cinéastes britanniques tels que le plus célèbre d'entre eux, Ken Loach. C'est ainsi que Paddy Considine réalise ce film poignant situé dans un quartier populaire de Glasgow dans lequel, sans que cela soit véritablement proféré, on devine lombre du chômage. Ce même chômage qui gangrène des rues entières, alcoolise ceux qui en sont victimes au point d'en faire des individus décharnés. Peter Mullan, qui campe le rôle de Joseph, met au service de cette poignante histoire d'amitié tout son talent d'acteur, parvenant à rendre émouvants les premières minutes de l’œuvre (ce qui paraît assez rare pour être souligné). Tout le talent de Considine est cette faculté qu'il a de jeter un regard sur une société et des individus en perdition. D'un infime détail, il bouleverse le spectateur qui ne peut alors que se laisser bercer par cette critique émouvante, parfois sordide, mais toujours incroyablement juste d'une amitié qui naît entre un homme et une femme (interprétée par l'excellente Olivia Colman), elle-même porteuse d'un vécu dramatique et qui, pourtant, va tenter d'oublier sa misérable existence pour se consacrer à son nouvel ami.

Le film apparaît tout d'abord si désespéré qu'il nous donne des nausées. Il paraît même se complaire dans cette description d'une Angleterre malade et victime de maux terribles. Mais cette vision pessimiste permet en fit de dégager ce qu'il y a de véritablement beau chez les deux principaux protagonistes. Au milieu de toute cette crasse où violence, alcool et solitude baignent nos héros, surnage cette histoire d'amitié fragile, leur rendant un peu de cet espoir qu'il ont perdu.

Il arrive à Tyrannosaur d'être parfois très violent. On y constate ce que nous rabâchent journaux télévisés et presse écrite à longueur de temps. Le film n'a pas l'apparence des ces bandes pour jeunes adolescents boutonneux et pourtant, ceux-ci devraient jeter un œil à ce type d’œuvres qui ouvrent véritablement le regard sur la société et ses dérives. Bardé de prix en 2011, 2012 et 2013, Tyrannosaur est donc une œuvre forte, intelligente, parfois choquante, toujours émouvante et surtout, admirablement mise en scène et interprétée par des acteurs à l'incomparable talent.


samedi 2 novembre 2013

Session 9 de Brad Anderson (2001)



Bill Griggs confie à cinq hommes la rénovation d'un ancien asile d'aliénés désaffecté. Il leur assure que s'ils parviennent à terminer les travaux en l'espace d'une semaine ils toucheront chacun une prime s'élevant à 10 000 dollars. La bâtisse est immense et les travaux semblent insurmontables. Phil, Mike, Hank, Gordon ainsi que son neveu Jeff vont donc tout mettre en œuvre pour que les travaux soient finis avant la fin de la semaine. Chacun va pourtant mettre son grain de sel pour ralentir la rénovation, et cela, de manière fort inconsciente. Il y a d'abord Hank qui malgré son age se comporte encore comme un adolescent. Joueur invétéré il n'aspire qu'à gagner. Il sort avec l'ex-femme de Phil qu'il avoue ne fréquenter que pour le sexe. Phil vit assez mal cette situation et le duel permanent que se livrent les deux hommes ralentit l'avancée des travaux. Mike quand à lui aurait pu être un excellent avocat mais a abandonné ses études beaucoup trop rapidement. Alors qu'il descend dans les sous-sols de l'établissement afin de résoudre un problème de fusibles, il découvre dans une remise les pièces à convictions d'une vieille affaire qui toucha l'établissement et qui provoqua sa fermeture définitive. Gordon est le plus âgé des cinq hommes. Il a eu beaucoup plus de mal au départ à imposer la présence de Hank auprès de Phil que celle de son neveu pourtant atteint de nyctophobie.  


Les travaux commencent et permettent à chacun de se familiariser avec les environs. Chambres d'isolement, sous-sols insalubres et mal éclairés, ancienne salle de réception inondée dont le sol est tapi d'amiante. Mike passe un temps fou a passer les vieilles bandes magnétiques trouvées dans la salle des archive située dans l'un des nombreux couloirs du sous-sol. Des pièces à conviction qui relatent les témoignages d'une jeune femme enfermée il y a longtemps dans cet hôpital et atteinte de troubles psychiatriques sévères. Hank quand à lui, alors qu'il asperge d'un produit tags et graffitis laissés par d'anciens squatters dans les niveaux les plus bas de l'asile, trouve une pièce d'argent remontant à l'année 1888. Puis une seconde datant elle de 1983, quelques mètres plus loin. Avant de se retrouver devant un mur troué duquel tombent d'autres pièces, bijoux, billets et divers trésors qu'il s'empresse d'amasser. Gordon lui, entend des voix. Une seule en fait. Celle d'un homme. A vrai dire, l'oncle de Jeff semble surmené. Il vit habituellement avec sa femme, leur enfant et leur chien mais depuis qu'il a frappé celle qui partage sa vie il dort dans un motel... 


Brad Anderson (" The Machinist ") sort " Session 9 " la même année que son " Happy Accidents". Même si les deux films abordent des sujets radicalement différents on retrouve la patte du cinéaste. Alors que l'un conte une histoire d'Amour originale et inédite, le second n'est pas le simple film de fantômes qu'il semble être au premier abord. Beaucoup plus profond que la majorité des films sur le sujet, il permet surtout d'accentuer l'aspect humain des protagonistes. Entre l'homme dont le conflit intérieur rend fou et celui dont les événements étranges qui se produisent alentours permettent d'exécuter un plan sordide, le cheminement qui mène vers la porte de sortie est moins évident qu'il n'y parait. D'ailleurs, Anderson s'amuse à brouiller les pistes à mesure que l'intrigue avance. A l'image de " The Machinist ", il construit une histoire constellée de faux-semblants qui brouillent les pistes. Quel rapport entre le drame silencieux que vit Gordon et la voix qui le hante? Et ces images qui le traquent jusque dans ses rêves? La disparition de Hank semble arranger Phil, oui, mais jusqu'à quel point. A qui appartient cette silhouette rencontrée dans les sous-sols par Hank et qui semble responsable de sa disparition? Qui sont véritablement ces deux hommes que Gordon a vu au travers d'une fenêtre parler avec son ami Phil?
 
Brad Anderson joue avec nos peurs primaires. Celle de l'inconnu, de l'obscurité et de la solitude. Au départ, chacun peut s'identifier au personnage de son choix avant de l'identifier lui-même comme un ennemi potentiel. Les décors eux-mêmes participent à l'angoisse qui sourde et qui se fait de plus en plus présente et pesante. L'angoisse culmine lorsque Hank se sent poursuivit dans les coursives du sous-sol ou bien lorsque Jeff est acculé lui-même dans l'un de ces longs couloirs alors que les ampoules s'éteignent les unes après les autres. Claustrophobie et Nyctophobie latentes sont au rendez-vous. Les acteurs assurent leur part de marché ( David Caruso et Peter Mullan en tête de cortège ), la partition musicale plante le décor et l'environnement dans lequel se déroule l'action est le lieu idéal pour que nos peurs se développent de manière idéale. 
 
Un bon petit film de fantômes qui sort des sentiers battus...
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