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dimanche 12 avril 2026

Freeway (Le tueur de l'autoroute) de Francis Delia (1988) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Après un Poppers sans intérêt aucun perverti par un langage visuel des plus rédhibitoire, allons donc nous ressourcer du côté des ''Pycho Killer Films'' avec Freeway (Le tueur de l'autoroute) de Francis Delia. Un nom qui s'il ne signifie probablement pas grand chose pour bon nombre d'entre nous s'avère pourtant fort évocateur puisqu'il n'est rien moins que celui partagé par le compositeur attitré du réalisateur et scénariste Abel Ferrara, Joe Delia. Parmi la quantité de longs-métrages dont il a assuré la composition des bandes musicales, ce dernier a en effet notamment travaillé sur les géniaux Ms .45, The King of New York, Bad Lieutenant et The Addiction. Quittant ainsi régulièrement sa ''zone de confort'' comme à l'occasion de cette petite production horrifico-policière qui aurait tout aussi bien pu être l'adaptation cinématographique d'un authentique fait-divers bien que le script de Francis Delia et Darrel Fetty s'inspire en réalité du roman éponyme de la productrice, scénariste et romancière Deanne Barkley qui chez nous vit le jour sous le titre Libres Sévices chez Gallimard en 1979... Un type rôdant la nuit, à bord de sa voiture, soliloquant et assassinant généralement ses victimes à l'aide d'un flingue, cela aurait pu nous rappeler quelques bribes du glauquissime Maniac de William Lustig ou du tout aussi malaisant Henry, Portrait of a Serial Killer de John McNaughton, mais il n'en est rien. Loin d'être aussi dérangeant et bien que doté d'un script qui n'est pas moins linéaire que ses cultissimes concurrents, Freeway a tout de même quelques soucis à se faire s'agissant des réactions du public à son sujet car quoi que le regard de Billy Drago reconnaissable entre tous puisse bercer l'imaginaire du spectateur en invoquant de profonds troubles psychiatriques chez son personnage, le peu d'intensité de l'incarnation entre en totale contradiction avec la torpeur que nous pourrions éprouver devant ces gros plans cachant mal l'identité de l'assassin...


Si des dizaines, des centaines voire des milliers d’œuvres télévisuelles et cinématographiques comparables à ce petit long-métrage dénué d'ambitions réelles n'arrangent en rien sa situation, c'est surtout que Freeway ne nous emporte jamais au-delà de la confortable place de ''téléfilm du dimanche après-midi'' qu'il semble revendiquer. Principalement incarné par Darlanne Fluegel dans le rôle de Sarah Harper et James Russo dans celui de Frank Quinn, l'un et l'autre de ces deux personnages ont connu un drame. Ancien flic, Frank est rentré un jour chez lui pour trouver les corps de sa femme et de sa fille étendus sur le sol. Quant à l'infirmière Sarah, l'arrivée au service des urgences de la nouvelle victime du Tueur de l'autoroute lui rappelle une fois de plus que l'homme qu'elle aimait fut l'un des premiers à mourir sous les balles de cet insaisissable meurtrier... L'approche artistique post-moderne (pour l'époque) de Francis Delia épouse une forme qu'adopta (PAR LE PLUS GRAND DES HASARDS, N'EST-CE PAS?) Abel Ferrara durant une grande partie de sa carrière. Mais le frère du compositeur qui signe ici une bande musicale très classique n'étant pas le plus remarquable des artistes à mettre en scène cet état de déchéance civilisationnelle représentée par une police inactive et par la présence presque viscérale de la violence, Freeway conforte l'idée selon laquelle le mimétisme ne fonctionne ici pas du tout. Le génie en moins, la mise en scène et la direction d'acteurs s'en ressentent et le long-métrage de Francis Delia est loin d'évoquer les grandes figures de la criminalité cinématographiques imprimées à l'époque sur pellicule. C'est mou sans être totalement indigeste. Long sans être interminable. Joué sans être totalement ''incarné''. De la photographie de Frank Byers en passant par les décors d'Archie D'Amico et D.A. Metrov et jusqu'au montage de Philip Sgriccia, Freeway souffre à vrai dire d'une flemme généralisée qui ne lui permet jamais de s'extraire du carcan où d’innombrables objets filmiques du genre se sont malheureusement tous engouffrés. En résulte une œuvre insignifiante dont nous aimerions pourtant pouvoir sauver quelques artefacts. Mais en vain...

 

vendredi 11 mai 2018

The Unscarred de Buddy Giovinazzo (1999) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



J'ai personnellement beaucoup de sympathie pour le cinéaste Buddy Giovinazzo. Surtout après la découverte de son tout premier long-métrage Combat Shock il y a vingt-cinq ans tout rond. J'ai eu beau lui pardonner les nombreux défauts qui émaillent ses œuvres suivantes, de No Way Home à I Love You en passant par Life is Hot in Cracktown, mais c'est en découvrant hier soir son troisième long-métrage The Unscarred (traduit chez nous sous le titre Menteurs) qu'une goutte a fait si bien déborder le vase que j'en ai presque tâché mon pantalon de désespoir. Une œuvre tellement pitoyable qu'elle vous filerais presque la dysenterie. Ou provoquerait une énurésie nocturne définitive. Non pas que le film provoque un quelconque sentiment de peur, mais le désastre y est tel que notre cerveau accaparé par un spectacle aussi affligeant serait alors incapable d'assurer certaines de ses fonctions primaires.

The Unscarred, c'est l'histoire de quatre amis, qui après vingt ans de séparation se retrouvent à Berlin, dans l'appartement de l'un d'eux (celui de Johann, incarné par l'acteur allemand Heino Ferch). Une demeure d'architecte dissimulée dans un quartier abandonné de la ville dont certains aspects rappellent la fascination de Buddy Giovinazzo pour les décors décrépits. Vingt ans qu'il ne se sont pas vus donc, depuis l'accident qui a faillit coûter la vie à Mickey Vernon (James Russo) qui depuis vit aux États-Unis, provoqué par Travis Moore (Steven Waddington), lequel verse donc depuis toutes ces années, des dommages et intérêts se montant à dix milles dollars par an. Une belle somme qui pourtant ne suffit pas à rembourser les dettes de Mickey. Lorsque le premier soir, les trois hommes sortent en boite et rentrent accompagnés de la jolie Anke (Ulrike Haase), la soirée se termine par un accident. La jeune femme meurt des suites d'une chute alors qu'elle et Travis s’apprêtaient à faire l'amour. Le drame devient un prétexte pour Mickey de faire cracher un maximum d'argent à son ami à défaut de quoi, il le balancera à la police.

Voilà un sujet fort intéressant. Buddy Giovinazzo intègre parmi le casting, la toujours sublime actrice italienne Ornella Muti qui fait pourtant office ici de personnage secondaire puisque malheureusement peu exploitée. Bien que le scénario promette un récit à la Petits meurtres entre Amis de Danny Boyle, le film du new-yorkais fait pourtant pâle figure. Car en fait, il n'y a pratiquement rien à sauver de ce qui pourra être comparé à un véritable naufrage artistique. L'un des plus gros points noirs de The Unscarred demeure dans la direction des acteurs, quasiment inexistante. On se demande d'ailleurs comment le cinéaste a pu concevoir en regardant les rushs que son film pouvait être exploité dans les salles en l'état. Les échanges entre les différents protagonistes sont mous, presque en suspens. Il y a entre chaque phrase, comme une sorte d'inexplicable apesanteur qui alourdi le propos. On entendrait presque un type souffler les répliques à des interprètes ne connaissant par leur texte.
La caractérisation des personnages se révèle plate. Aucun d'entre eux n'attire la sympathie, et le jeu outré de James Russo atteint parfois un tel degré de ridicule et d'improbabilité qu'il désamorce à lui seul tout le peu d'intérêt qu'offre son personnage. Rick Giovinazzo, le frère du cinéaste, qui depuis à participé à la création de pas mal de bandes originales de films signe ici une épouvantable partition. La musique est aussi laide que l'esthétique du film est froide.
L'histoire quant à elle est peu crédible. Lorsque l'on découvre ce qui se trame en arrière-plan du récit principal, on se demande pourquoi tout ça pour ça ? L'intrigue se révèle alors n'être qu'un prétexte pour nous asséner une histoire qui se voulait ingénieuse mais la réalisation de Buddy Giovinazzo, sa direction d'acteurs et les trop nombreuses tares qui émaillent son œuvre finissent de la ternir. Une quasi catastrophe industrielle...

dimanche 16 avril 2017

No Way Home de Buddy Giovinazzo (1996) - ★★★★★★★☆☆☆



Le cinéaste américain indépendant Buddy Giovinazzo aura attendu dix ans tout rond avant de réaliser son second long-métrage après son traumatisant Combat Shock sorti en 1986. Dix années durant lesquelles il en aura sans doute profité pour peaufiner son métier de réalisateur puisque No Way Home n'arbore plus l'incroyable degré d'amateurisme de son premier long-métrage même si on est encore loin du format trop propre des productions hollywoodiennes. De plus, pour donner forme à ce nouveau projet, il fait appel à trois acteurs connus. Tim Roth, qui interpréta le rôle de M. Orange dans Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, l'actrice Deborah Kara Unger qui tourna pour le canadien David Cronenberg dans Crash, et enfin James Russo qui jusqu'à aujourd'hui a tourné dans plus de quatre-vingt dix films.
Pour son second long-métrage, Buddy Giovinazzo ne déroge pas à ses habitudes et propose une plongée dans le quotidien de l'ex-taulard Joey qui après avoir passé six ans en prison pour avoir couvert son frère décide de rentrer chez lui. Mais beaucoup de choses ont changées. Leur mère est morte et lorsque Joey vient frapper à la porte de la maison familiale il est reçu par Lorraine, l'épouse de son frère Tommy. Considéré par tous sauf par ce dernier comme un débile, Joey possède en réalité toute sa tête. Il est juste un peu lent comme il l'indique lui-même depuis qu'il s'est fracturé le crâne lors d'un match de volley-ball il y a de nombreuses années...

No Way Home décrit donc avec précision le retour à la vie d'un homme qui en a bavé en prison mais qui a aussi appris à se défendre contre ceux qui ont attenté à sa vie. Si sa relation avec sa belle-sœur est plutôt tendue, leurs rapports vont s'améliorer au fil du temps. Mais comme Buddy Giovinazzo n'a pas l'habitude de nous conter de belles histoires d'amour ou d'amitié, le récit de son deuxième long-métrage sera émaillé de scènes violentes, de conflits et de meurtres. Si Tim Roth et Deborah Kara Unger nous apparaissent comme deux êtres attachants dont on devine très vite qu'ils vont se rapprocher l'un de l'autre (sans pour autant aller au delà des limites du raisonnable comme cela est l'habitude dans ce genre de situations) tandis que le personnage campé par James Russo aura tendance à faire régner le désordre, le film transpire généralement un sentiment de pessimisme. Un nihilisme généralisé par les rencontres et les retrouvailles du héros interprété par Tim Roth. Qu'il s'agisse de son ancienne compagne ou justement des rapports qu'il entretient avec son frère Tommy, on imagine facilement que tout peut basculer en un simple claquement de doigts. En dix ans, Buddy Giovinazzo a eut le temps d'écrire une anthologie tournant autour du « Crack » (Life is Hot in Cracktown qu'il adaptera lui-même en 2009), de réaliser un court-métrage d'horreur (Jonathan of the Night) et de signer une ébauche de ce qu'aurait pu être la suite du cultissime Maniac de William Lustig. Autant d'années à bien choisir sa façon de tourner tout en demeurant fidèle aux décors urbains sordides qui accompagnent chacun de ses films. Un amour voué à la décrépitude d'une civilisation qui ne peut s'en remettre qu'aux armes, à la violence, à la prostitution ou à la drogue.

Tout comme dans Combat Shock et plus tard dans Life is Hot in Cracktown, le cinéaste s'attarde sur l'étude du cercle familial explosant sous la pression. Ses interprètes sont tous soit des chômeurs, soit des repris de justice, et d'une manière sont tous les victimes d'une société qui les a condamnés à la marginalisation. No Way Home n'est peut-être pas un GRAND film, mais il a le mérite d'exister et de nourrir la filmographie rachitique d'un cinéaste auquel certains ont décidé de vouer un véritable culte. J'en fais partie...
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