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jeudi 23 juin 2022

Nekromantik 2 de Jörg Buttgereit (1991) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Après avoir tourné toute une série de courts-métrages entre 1980 et 1987, le réalisateur allemand Jörg Buttgereit passa au long format avec Nekromantik. Une étrange et très morbide histoire d'amour entre un nettoyeur de scène de crimes prénommé Robert (l'acteur Bernd Daktari Lorenz) et un cadavre récupéré sur les lieux d'un accident. Quitté par sa petite amie Betty (Beatrice Manowski), Robert mettra fin à ses jours, le récit prenant fin avec son enterrement. Après un film consacré au suicide réalisé deux ans plus tard ( Der Todesking), le réalisateur allemand reprend le concept de son premier long-métrage et lui donne une suite sobrement intitulée Nekromantik 2. Désormais décédé, Robert est cette fois-ci remplacé par une certaine Monika (Monika M.) qui va se rendre au cimetière et déterrer le corps du jeune homme et le ramener chez elle. On notera que d'emblée, le film comporte quelques incohérences comme le fait que le corps soit déjà dans un état de décomposition avancé tandis que le sang qui recouvre sa chemise semble frais. On observera d'ailleurs également que Robert a semble-t-il été enterré à la vas vite vu qu'il porte les mêmes vêtements que lors de son suicide ! Passés ces désagréments qui se révèlent somme toute assez minimes au vu de ceux que s'apprêtent à vivre les spectateurs, on remarquera que de nets progrès ont été mis en œuvre afin de faire paraître cette séquelle moins bancale et amatrice que l'original de 1987. La caméra s'avère nettement plus stable et la réalisation beaucoup plus soignée. Ce qui n'extraie malheureusement pas le film du carcan de série Z dans lequel son prédécesseur était lui-même engoncé. Composée par Hermann Kopp, Monika M. et John Boy Walton, la bande musicale est aussi désespérément morne et sans facture professionnelle que pour Nekromantik premier du nom. Si l'on quitte les violons synthétiques de très mauvaise qualité, les quelques notes de piano jouées apparemment à l'aide d'un seul doigt et se répétant jusqu'à la nausée finissent par achever le mélomane qui se cache en chacun d'entre nous...


Si visuellement Nekromantik 2 n'arbore plus l'esthétique typiquement ''amateur '' reflétant son micro-budget, il en va de mal en pis concernant d'autres domaines tels que le montage ou le scénario. Ici, n'espérez aucun miracle puisque le but ultime de Jörg Buttgereit semble être celui de mettre en scène les amours interdites d'une jolie jeune femme nécrophile et d'un cadavre en très mauvais état. Le corps, noirci par la décomposition, suinte de tous ses pores, les yeux vitreux injectés de sang. L'effet-spécial est pour l'époque, plutôt réussi et ne nous épargne rien de son anatomie. Le contraste est d'ailleurs saisissant entre l'état dans lequel le récupère la jeune femme et la beauté toute germanique de celle-ci. Mais le problème (ou plutôt LES problèmes) provient de la structure même du récit. C'est à se demander si Jörg Buttgereit a fait appel à un monteur vu que certaines séquences s'étirent jusqu'au point de rupture. On pouvait formuler toutes les critiques à l'encontre de Nekromantik mais le premier volet avait l'avantage de ne pas dépasser les soixante et onze minutes alors que celui-ci va au delà des quatre-vingt dix ! Et pourquoi ? Pour nous asséner des séquences qui pour la plupart n'ont absolument aucun intérêt. C'est ainsi que l'on assistera péniblement au doublage d'un authentique film pornographique, permettant ainsi de faire entrer en jeu l'acteur Mark Reeder dans le rôle de Mark. Lequel va se retrouver à attendre une copine qui ne viendra finalement que beaucoup trop tard devant l'entrée d'un cinéma. L'occasion pour lui d'offrir à Monika (qui passait par là), la place qu'il avait prévu pour la copine en question. C'est là qu'intervient l'une des séquences les plus pesante du long-métrage en ce sens où son intérêt demeurera plus que relatif pour les spectateurs avides d'hémoglobine tandis qu'elle semble être pour le réalisateur allemand, un moyen de rendre hommage à la Nouvelle Vague française ou comme certains l'évoquaient à la sortie du film chez Haxan, de témoigner pour Jörg Buttgereit de son admiration pour le réalisateur suédois Ingmar Bergman. Soit, une séquence tournée en noir et blanc et intitulée ''Mon déjeuner avec Véra''. Dix minutes ou presque de blabla sans intérêt entre un homme et une femme lors d'un petit déjeuner tournant autour du thème de l’œuf situé sur le toit d'une maison !


Autant dire qu'avec cette séquence et d'autres davantage dans le thème du récit qui nous préoccupe ici, Jörg Buttgereit va pouvoir remplir l'objectif qu'il s'est sans doute fixé : tourner un film dépassant allégrement la durée du premier opus. Monika déterre un cadavre. Monika l'emporte chez elle et le déshabille. Monika le nettoie. Monika lui fait l'amour. Monika rencontre Mark au cinéma. Monika et lui vont à la fête foraine, puis au zoo. Rien que de très commun si n'entrait pas justement en jeu le cadavre de Robert qui bientôt va se retrouver particulièrement envahissant. Saisis par la curiosité de voir ce que la jeune femme réservera au corps une fois l'odeur dépassant la résistance olfactive de l'héroïne, l'allemand nous assène un grand coup derrière la tête avec l'une de ces séquences malheureusement trop rares mais qui effaceraient presque l'indigence de tout ce qui a précédé. Écho à nombre de faits divers lors desquels des meurtriers furent contraints de découper le corps de leur victime dans une baignoire, l'on assiste au démembrement méticuleux de Robert par une Monika armée d'une scie. La séquence dure un peu plus de six minutes. Gore, morbide, dérangeante, elle est l'un des rares points culminants d'une œuvre qui sous des atours un peu plus respectueux que par le passé n'en est pas moins d'une lourdeur abyssale. Lui succèdent des séquences elles aussi lourdes et inutiles tentant d'apporter une réelle profondeur à l'intrigue (on s'en tape mec, ce qu'on veut nous, c'est du sexe et de l'horreur bien craspec) jusqu'à ce que déboule en toute fin de métrage une scène d'amour étonnamment sobre entre les deux amants Monika et Mark. Pour clore ce diptyque auquel le réalisateur s'était pourtant promis un jour de donner un troisième volet, Jörg Buttgereit aurait-il décidé de se montrer un peu moins scabreux ? Tu parles, mon pote. La dernière séquence nous montre que rien n'est établi à l'avance et que les apparences sont parfois trompeuses. Chassez le naturel et... vous connaissez la suite...

 

Nekromantik de Jörg Buttgereit (1987) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Si le concept Internet remonte au milieu des années soixante, il aura fallut attendre plus d'une trentaine d'années avant que l'outil ne soit réellement mis à la disposition du grand public. Autant dire qu'à l'époque en France, pas mal de longs-métrages qui n'avaient pas encore les honneurs d'une distribution hexagonale nous passaient sous le nez. Le seul moyen d'en entendre parler était à l'époque l'usage intensif des lectures parfois gratinées que nous offraient les mensuels Mad Movies, L'écran fantastique, Toxic et autre Vendredi 13... Un autre moyen permettait de découvrir des œuvres que beaucoup d'éditeurs n'auraient sans doute jamais osé publier au tout début des années quatre-vingt dix. Si l'horreur et le gore ont toujours fait partie intégrante des plannings de diffusion des éditeurs de vidéos au format VHS (il faudra attendre le milieu de la décennie pour voir débarquer les premiers films en DVD), certains d'entre eux se sont lancés comme objectif de proposer des œuvres inédites à fort potentiel choquant ! Et parmi eux, le plus ''célèbre'' et le plus culte d'entre tous demeure sans doute l'éditeur français Haxan Films qui en une poignée d'année allait réjouir les amateurs de bandes magnétiques extrêmes. Alors que dans les derniers temps l'éditeur laissa complaisamment son style si particulier bifurquer vers l'érotisme (la trilogie Exorsister ou les deux premiers volets de la franchise Playgirls), Haxan Films nous offrit de monumentales pépites allant des cultissimes Combat Shock de Buddy Giovinazzo, Santa Sangre d'Alejandro Jodorowsky ou Bloodsucking Freaks de Joel M. Reed, en passant par quelques compilations de courts-métrages underground (le diptyque Hardcore de Richard Kern, Génération Z de Nick Zedd).


Et jusqu'à nous offrir quelques spectacles aussi stupéfiants que répugnants (l'immonde Camp 731 de Tun Fei Mou ou le documentaire très trash de Todd Philips, Rock N' Roll Overdose). Parmi la cinquantaine d'éditions qui virent le jour, certaines mirent à l'honneur le réalisateur allemand Jörg Buttgereit. Der Todesking et son propos plus que licencieux puisqu'il abordait sous forme de courts-métrages différentes manières de se suicider. Mais aussi et surtout les deux volets de Nekromantik. Mot-valise indiquant sans ambages le contenu de l'un et de l'autre et que l'on pourrait décortiquer ainsi : Nécrophilie Romantique ! Autant dire que le programme est à l'époque, particulièrement osé. Des encarts publicitaires intégrés dans le magazine Mad Movies permettaient fort heureusement en 1993 et 1994 (années de sortie des deux longs-métrages en France) de se procurer chaque sortie de Haxan Films. Vue la gueule de mes vieux chaque fois que des années en arrière je rapportais de mauvaises notes à l'époque tout en enrichissant ma collection de Gore des éditions Fleuve Noir, mon intégration dans l'armée pour les deux années à venir (entre 1993 et 1995) allait faciliter l'achat et la réception des éditions Haxan que j'allais alors partager avec mes camarades de l'unité médicale que j'allais rejoindre après une difficile et très intense période de classes...


Nekromantik premier du nom est arrivé sur notre territoire en 1993. Et pourtant, le film date de six ans en arrière. Vu le contexte, on peut comprendre qu'il ait connu d'importants problèmes de censure en Allemagne et dans divers autres pays comme le Royaume-Unis. Et pourtant, à bien y regarder aujourd'hui, les amateurs de cinéma d'horreur trouveront sans doute l'objet bien inoffensif en raison de problèmes liés à un budget relativement restreint. Ce que dénote par exemple l'emploi de la part de l'équipe de nettoyeurs de scènes de crimes et d'accident du récit, de sacs-poubelle plutôt que sacs mortuaires. Le jeu plus qu'approximatif des seconds rôles participant de l'indigence qui ici contamine tous les aspects du film. De la mise en scène (le réalisateur allemand abusant des zooms) au scénario jusqu'à cette absence de rythme causée par des séquences qui s'étirent au-delà du raisonnable. Et pourtant, il faut comprendre qu'il y a trente ans, personne n'avait préparé les éventuels spectateurs à un tel spectacle. Peter Jackson et son gore rigolo (Bad Taste, Braindead) ou Jim Muro et ses effusions multicolores (Street Trash) nous avaient habitués à un autre type de divertissement. Tourné en 16mm et au format 4/3 Nekromantik possède malgré tout un charme qui lui est propre. Car si le film s'avère particulièrement avare en matière de dialogues et si Jörg Buttgereit y intègre des séquences pas forcément justifiées lui permettant ainsi de rallonger un film qui au total ne dépassera pas la soixante-dizaine de minutes, Nekromantik est ponctué de passages vraiment crades qui n'entrent pas dans le même registre que ceux cités ci-dessus...


La viande chez l'allemand est avariée, suintante de décomposition, à en faire vomir les estomac les plus sensibles. Avec un minimum d'imagination, on pourrait supposer être en mesure de sentir les effluves des cadavres ou des morceaux de corps que conservent chez eux Robert (Daktari Lorenz) et Betty (Beatrice Manowski). Mais l'acte nécrophile ne s'arrête pas ici aux portes de la contemplation puisque Jörg Buttgereit multiplie les séquences d'actes sexuels entre Betty, Robert et le cadavre que ce dernier a ramené chez eux. Renvoyé de son boulot, quitté par sa copine, le jeune homme va brûler la photo de Betty et s'offrir un chat avant de l'enfermer dans un sac-poubelle et de l'exploser contre un mur. Des actes totalement gratuits, comme cette séquence, elle bien réelle, nous infligeant la préparation d'un lapin de son abattage jusqu'à son éviscération. Diminué par une partition musicale composée par l'acteur principal ainsi que par Hermann Koppe et John Boy Walton, laquelle sonne parfois comme la bande-son d'un épisode oublié de La légende de Zelda, Nekromantik repose donc moins sur son scénario et sa mise en scène que sur le sujet de la nécrophilie que le réalisateur ose parfois poétiser. Moins choquant qu'ennuyeux, le film bénéficie cependant de la totale implication de la part de Daktari Lorenz, lequel n'hésite pas à se mettre littéralement à nu pour parfaire l'image de nécrophile que revêt son personnage. Des séquences gore dont la majorité se montrent maladives, une semi-décapitation qui rappellera aux amateurs les grandes heures de Bad Taste et un final en apothéose lors duquel [ATTENTION SPOIL] Robert se suicidera de désespoir en se plantant un couteau dans le ventre, la queue en érection, éjaculant sperme et sang...

 

mardi 7 juin 2016

Schramm de Jörg Buttgereit (1993)




Lothar Schramm est chauffeur de taxi et habite un appartement qui jouxte celui de sa seule véritable connaissance (amie?), sa voisine, une jeune prostituée. Lothar est un ancien marathonien qui a cessé toute activité sportive depuis qu'il a été blessé à la jambe. Depuis, il porte une attelle, ce qui ne facilite pas ses relations avec les femmes. Il vit d'ailleurs tout seul dans un très quelconque appartement. Il a pour unique compagnie une poupée gonflable avec laquelle il s'adonne aux seuls jeux érotiques auxquels il a droit. Entendre sa voisine gémir sous les coups de boutoir de ses clients l'excite. Il aimerait pouvoir lui faire l'amour lui aussi mais il est timide.

Serviable et sympathique, Lothar est cependant victime de graves troubles psychiatriques. Il fait en effet de très nombreux cauchemars dans lesquels il se met en scène dans des situations plus horribles les unes que les autres.

Un jour, il reçoit la visite de deux témoins de Jéhovah. Il les invite à entrer boire un verre puis les tue à coups de couteaux. Il les déshabille, leur fait prendre des poses subjectives et les prend en photo. Il les enveloppe ensuite d'une bâche en plastique transparente et conserve les cadavres dans son appartement. Afin de faire disparaître les traces de sang, il s'emploie à les faire disparaître en les recouvrant d'une épaisse couche de peinture. Mais alors qu'il est debout sur un escabeau, c'est la chute...

La mort solitaire du tueur au rouge à lèvres...

Schramm est l'avant dernier long-métrage de Jörg Buttgereit et le dernier de la série d’œuvres consacrée à la mort. Son dernier film est une parodie encore inédite dans notre pays : Captain Berlin Versus Hitler ! Principalement interprété par Florian Koerner Von Gutorf et Monica M (héroïne du très sulfureux Nekromantik II), Schramm dresse le portrait quotidien d'un tueur en série. Mais contrairement à des œuvres aussi emblématiques que Maniac de William Lustig ou Henry, Portrait Of A Serial Killer de John McNaughton, le film de Jörg Buttgereit ne montre aucun meurtre (en dehors du double homicide dont le victimes sont deux témoins de Jéhovah). Tout juste suppose-t-on que Lothar Schramm est celui que la presse nomme le Tueur au rouge à lèvres. De cette œuvre particulièrement nauséeuse, on retiendra les visions cauchemardesques du héros.

On ne sait jamais vraiment s'il s'agit de souvenirs ou de simples fantasmes jusqu'à ce que nous soit révélée l'obsession de Lotham pour la course à pied et cette curieuse manie qu'il a de mettre autour de sa jambe droite une atèle alors qu'il ne semble souffrir d'aucun handicap. D'autres éléments témoignent en revanche de visions surréalistes abominables comme ce vagin denté qu'il trouve un matin sous ses draps et plus tard rangé dans un tiroir rempli de tubes de rouges à lèvres. Ou bien cette terrible scène durant laquelle il se plante des clous dans le prépuce. La tache de sang qui orne ensuite le slip de Lothar semble témoigner de la réalité de cet acte masochiste sans concession.

Malgré toute l'horreur des faits qui sont ici étalés sans précaution, Schramm dégage parfois de la poésie, morbide certes, mais présente tout de même. Si Jörg Buttgereit s'était évertué à ne faire de son héros qu'un tueur implacable et sans émotion, le film n'abandonnerait sans doute pas le spectateur avec cette drôle d'impression. Monstre finalement terriblement humain, Lotham passe également dans les toutes dernières secondes comme le seul à pouvoir préserver Marianne, sa voisine, tombée dans un piège que l'on peut supposer fatal et que la mort du tueur ne peut plus empêcher...

Dommage que Schramm ait un tel aspect amateur car il s'agit là peut-être du meilleur film de Jörg Buttgereit. Troublant, parfois écœurant, et dans le fond, très intéressant. Un film à ranger, donc, aux côtés de ceux cités plus haut...

vendredi 27 mai 2016

Der Todesking de Jörg Buttgereit (1990)



Un film sur le suicide, ça vous tente ? Pour son troisième volet de la tétralogie de la Mort (après les deux premiers Nekromantik et juste avant Schramm), Jörg Buttgereit s’attelle donc à nous faire vivre les derniers instants de quelques individus pris au hasard. Enfin, lorsque l'on parle de hasard, un doute subsiste puisque dans l'un des sketchs on apprend qu'une curieuse société propose aux gens de se suicider. Le cinéaste s'emploie donc à nous narrer à sa façon, le cheminement qui pousse ces êtres communs à en finir avec leur existence, il est vrai, plutôt sinistre.

Lundi.
A commencer par cet homme célibataire qui, semble-t-il, est amoureux des poissons. Il en possède un dans un bocal, l'un des murs de sa chambre arbore fièrement un tableau recensant un certain nombre de spécimens, et l'homme va même jusqu'à en manger (ici des sardines en boit). Maniaque de la propreté, il semble avoir envie de quitter notre monde en laissant derrière lui un appartement nickel. Comment un homme peut-il en arriver à ce point d'envie de mourir et penser en même temps à passer l'aspirateur dans son salon, laver la vaisselle et faire propre l'évier ? Une mort clean, c'est ce qu'il a choisi. Il se rase, se lave les dents et fait couler un bain. Il se déshabille, enfonce ses chaussettes roulées en boule à l'intérieur de ses chaussures puis ôte son tee-shirt, son pantalon et son slip qu'il pose soigneusement sur une chaise. Puis il s'allonge doucement au fond de l'eau et avale tout une série de pilule préalablement posées sur le bord de la baignoire. Fin.

Mardi.
Un homme ouvre sa boite aux lettres, file droit jusqu'au vidéoclub de son quartier (tenu par Jörg Buttgereit lui-même) et hésite entre plusieurs cassettes vidéos avant de jeter son dévolu sur Vera-L'ange Fatal De La Gestapo. Une fois à la maison, il glisse la cassette dans le magnétophone et visionne le contenu du film. Des scènes de torture sur fond d'Allemagne nazie. De quoi faire perdre la tête au type qui bute sa femme illico-presto avant de se pendre. Fin.

Mercredi.
Une jeune femme marche sous la pluie et vient s'asseoir sur un banc. A ses côtés, un inconnu se met alors à lui expliquer que sa femme perdait du sang durant leurs rapports. Des propos incohérents qui viennent justifier la manière dont il a donné un terme à leur mariage. La jeune femme assie à ses côtés se saisit du revolver qu'elle cache dans son sac à main. Mais lorsqu'elle tire, le coup de part pas. L'homme en profite pour se saisir de l'arme et se placer le canon de l'arme dans la bouche après l'avoir armée. Le coup part. Fin.

Jeudi.
Des ponts. Que des ponts. Rien que des ponts. Que viennent légender des noms d'hommes et de femmes. Leur profession aussi. Des inconnus que l'on comprend être des personnes qui se sont suicidées en se jetant de ces édifices. Fin.

Vendredi.
Une femme d'un certain âge aperçoit en regardant par la fenêtre un jeune couple qui s'embrasse un peu plus bas dans l'immeuble. Elle tente par tous les moyens d'entrer en contact avec eux (en descendant frapper à leur porte et en leur téléphonant) mais ils ont disparu. La femme se remémore son enfance lorsqu'elle surprit ses parents faisant l'amour. C'est alors que l'on découvre les corps des deux jeunes adultes qui s'embrassaient tout à l'heure, gisant dans leur lit et couverts de sang. Fin.

Samedi.
Une jeune femme s'affuble d'une caméra et part assassiner des gens au hasard des rencontres. Fin.

Dimanche.
Un jeune homme semble en proie à des démons. Agité, nu et allongé dans son lit, il se tient la tête avant de chuter au sol. Ni pouvant plus, il se traîne jusqu'au mur où là, il se cogne le front plusieurs fois jusqu'à ce qu'il trouve la mort. Fin.

Si l'idée de réaliser une œuvre sur un sujet aussi sensible que le suicide pouvait sembler bonne, l'amateurisme cher à Jörg Buttgereit donne à l'ensemble de ce Der Todesking un arrière goût d'inachevé. Et c'est peu de le dire puisque l'interprétation et ce rythme toujours amorphe qu'insuffle le cinéaste gâche les possibilités infinies qu'offre un tel sujet. Pas de gore (ou si peu), des situations pas toujours crédibles (la lettre envoyée à ces individus et qui les pousse au suicide), se mêlent à quelques idées très intéressantes. Comme de faire parler le béton de ces immenses structures que sont les ponts sans nous montrer la moindre image choc et juste en énumérant le noms de victimes. Ou bien encore cette bobine qui s'affole durant le discours perturbé de l'homme assis sur la banc. Cette dernière scène est sans doute d'ailleurs la plus saisissante du film. Chaque acte est lié au suivant par la vision d'un cadavre qui se décompose à vitesse accélérée.

Der Todesking n'est pas un mauvais film mais n'est pas non plus indispensable. Beaucoup moins lent que son précédent Nekromantik 2, il demeure cependant encore beaucoup trop mou pour être divertissant. Dans la courte filmographie du cinéaste, il y a comme une évolution certaine dont l'aboutissement sera son excellent Schramm...

dimanche 15 mai 2016

Cinéma perverso - Le merveilleux monde perdu des cinémas de gare de Oliver Schwehm (2015)



Arte, à travers le documentaire Cinema Perverso, laisse la parole a des personnes ayant connu un phénomène très particulier qui vit le jour en Allemagne après la seconde guerre mondiale et qui connut un important succès dans les années 1970, le cinéma de gare. Alors qu'à l'origine, les gares étaient pourvues de salles dans lesquelles étaient initialement et exclusivement diffusées les actualités du moment, le cinéma envahit peu à peu les lieux et fit le bonheur de voyageurs auxquels on permettait de patienter à l'arrivée de leur train en regardant des films. N'y étaient pourtant projetés que des séries Z d'assez mauvaise facture. Avec l'arrivée de la VHS qui permettait au commun des mortels de s'offrir le cinéma au domicile, l'engouement du public pour les projections de films dans les gares s'est peu à peu éteint, ce qui sonna le glas du « Non-Stop-Kino »...


Les cinéastes Uwe Boll (Rampage), Jörg Buttgereit (Nekromantic), l'archiviste Franck Becker, l'actrice Mechthild Grobmann, ou encore le musicien Wolfgang Niedecken reviennent sur le phénomène à travers leurs témoignages personnels. Bon nombre de longs-métrages furent diffusés dans ces salles : Des films d'aventure, de cape et d'épée, de science-fiction, des westerns également, des comédies, de l'action, des péplums et même des mondo dont certains montraient déjà l'époque des scènes parfois extrêmement choquantes. Le sexe fut évidemment représenté. De l'érotisme venant de Suède et de Finlande, la législation allemande de l'époque interdisant de tourner directement ce genre de production.

Des centaines de films aux titres aussi évocateurs et explicites que Hercule and the Black Pirates, The Iron Man (rien à voir avec la série de films initiée par le cinéaste Jon Favreau et inspirés du comics éponyme édité par Marvel), Empire of the Ants, Days of Violence, La Planète des Vampires, Shamango, Das Ungerheuer von Loch Ness, Frankenstein's Kampf Gegen die Teufelsmonster, Der Satan mit den 1000 Masken, etc, etc... Des titres absurdes et sensationnels comme Night of the Rolling Heads (La Nuit des Têtes qui Roulent), The Ghost Ship of the Floating Dead (Le Vaisseau fantôme du Mort Flottant), ou Night of the Riding Dead (que l'on peut traduire par La Nuit des Motards Morts-Vivants).

Oberhausen Main Station, Bali Non Stop Cinéma, Bali Kino Kassel Main Station, autant d'endroits où l'on pouvait admirer des dizaines de photos de films à l'affiche au même moment. De quoi mettre l'eau à la bouche des futurs spectateurs qui pouvaient alors se délecter des scènes les plus croustillantes.

Certaines œuvres américaines, trop courtes, et n'ayant donc pas la durée suffisante pour ce genre de projections, sont à l'époque pourvues de rajouts directement tournés à Bielefeld (ville-arrondissement industrielle d'Allemagne) par une équipe de cameramen locaux sans qu'aucune demande d'accord ne soit effectuée auprès des producteurs de l’œuvre originale, ceux-ci demeurant alors totalement ignorants de ce genre de pratiques. Ces films ainsi remontés ne suivaient pas la voie classique de diffusion qui permettent aujourd'hui de les distribuer ensuite en vidéo et de les diffuser à la télévision. La seule possibilité de les voir étant à l'époque de se diriger vers l'une des stations de gares qui les diffusait.

Cinema Perverso est un excellent documentaire que tout fan de cinéma en général et de films d'exploitation se doit de découvrir. L'émission fut diffusée sur Arte le samedi 31 octobre 2015 à 22h35 et dure 59 minutes. Espérons qu'elle sera bientôt rediffusée et permettra à ceux qui l'on manquée de pouvoir enfin la découvrir à leur tour...


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