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mardi 15 octobre 2024

To Catch a Killer de Damián Szifrón (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Œuvre à l'esthétique léchée, To Catch a Killer du réalisateur argentin Damián Szifrón nous rappelle au bon souvenir de ces longs-métrages qui immergent les spectateurs au cœur d'une action palpitante tout en dénigrant toute volonté de mettre en scène des personnages aux pouvoirs super-héroïques. À l'origine intitulé Misanthrope, titre qui sera repris chez nous en forme de déclaration s'agissant de l'esprit tourmenté de son assassin, le film ne renouvelle sans doute pas le thriller en ce sens où la traque de l'assassin se montre parfois relativement conventionnelle. Damián Szifrón exploite avant tout la personnalité de ses principaux protagonistes. Mettant ainsi en scène l'acteur australien Ben Mendelsohn dans le rôle de l'agent spécial du FBI Geoffrey Lammark ainsi que l'américaine Shailene Woodley dans celui de la policière Eleanor Falco. To Catch a Killer débute par une scène qui certes n'a pas la puissance de la séquence d'ouverture d'Une journée en enfer de John McTiernan mais se positionne malgré tout comme une entrée en matière assez saisissante. Moyen pour le réalisateur de nous présenter son héroïne sous l'angle de la fragilité. Celle qui justement va la poursuivre de bout en bout, avec ce très lourd passif que l'on devine et qui en contrepartie va semble-t-il lui servir d'atout lors de la traque d'un tueur insaisissable et aux méthodes peu conventionnelles. Bien que To Catch a Killer soit ponctué de quelques séquences dramatiques jamais outrancières (le réalisateur ne s'appesantit jamais sur les massacres de masse dont se rend responsable son assassin), le scénario de Damián Szifrón et Jonathan Wakeham s'intéresse d'abord et avant tout à ce curieux duo, jamais véritablement contraint de travailler main dans la main mais certaines attitudes ou remarques semblent incompatibles avec la responsabilité d'une telle mission. Livrant la raison pour laquelle l'agent du FBI va engager une petite policière sans diplômes et vu l'ampleur des responsabilités qui sont les siennes, on pourra toujours arguer sur le fait qu'un tel choix peut s'avérer invraisemblable.


Par nécessité d'unir deux représentants de l'autorité dont l'un fit une remarquable carrière au FBI mais paraît désormais se trouver assis sur un siège éjectable, Damián Szifrón forme autour de ses deux principaux interprètes un drôle du duo. Où l'expérience et l'instinct vont réunir leurs talents jusqu'à découvrir derrière quel visage se cache le tueur... Situant son action à Baltimore et non plus à Los Angeles ou New York comme cela est trop souvent le cas, To Catch a Killer bénéficie de la direction artistique de David Pelletier et du talent du directeur de la photographie argentin Javier Juliá. Excroissances alliant la froideur nocturne à des teintes beaucoup plus discrètes lorsqu'il s'agit de filmer les protagonistes de jour. Ces dernières séquences devenant ainsi rassurantes lorsqu'elles précèdent une nuit que l'on soupçonne ainsi vectrice des exactions de l'assassin. Un tueur non seulement insaisissable, donc, mais aux méthodes sinon innovantes, du moins très éloignées de celles du tueur en série généralement exhibé dans ce genre de long-métrage : le meurtre de masse ! Le principal intérêt de To Catch a Killer provient sans doute de la mise en scène du réalisateur argentin quand de l'autre côté du prisme l'enquête se montre finalement très classique et finalement assez peu documentée. Entre les errances des personnages (dont certains manquent cruellement de caractérisation ou de présence à l'image comme l'agent fédéral Jack McKenzie qu'incarne l'acteur britannique Jovan Adepo, lequel survole malheureusement de manière quasi inconsistante le récit) ou des assassinats qui paraissent parfois avoir été partiellement coupés au montage (le centre commercial), il me semble que l'enquête elle-même manque un peu de substance et n'arrive pas à faire oublier quelques grands mythes du thriller américain tels Seven de David Fincher ou Le silence des agneaux de Jonathan Demme, pour faire court... Reste que le duo Shailene Woodley/Ben Mendelsohn fonctionne parfaitement. Au final, To Catch a Killer est un thriller policier plutôt convenable mais qui ne devrait malheureusement pourtant pas demeurer dans les annales du genre...

 

vendredi 5 octobre 2018

Relatos Salvajes de Damián Szifrón (2014) - ★★★★★★★☆☆☆



Jouissif ! Relatos Salvajes, l'est. Divertissant, drôle, cynique, parfois trash, ce long-métrage argentino-espagnol réalisé par Damián Szifrón et sorti en France le 14 janvier 2015 (après avoir été présenté au festival de Cannes l'année précédente) est une perle. Traduit sous le titre Les Nouveaux Sauvages, il nous présente une galerie de personnages qui ont tous de manière différente été bafoués. Tous ont donc une furieuse envie de prendre leur revanche. Une vengeance qui va prendre diverses détours sous la forme d'une succession de sketches très homogènes mais dont certains souffriront malheureusement de petits défauts quelque peu rédhibitoires. En apéritif, le très court Pasternak, du nom d'un personnage que tout le monde, à bord d'un avion de ligne, semble avoir croisé et même connu à un moment de sa vie. En hors-d’œuvre, Las Ratas, un sketch prenant pour cadre un petit restaurant dans lequel débarque un promoteur immobilier que la serveuse Cuenca reconnaît pour avoir été la fille d'un homme qui s'est suicidé suite à un scandale dont fut responsable l'entrepreneur en question. Puis arrivent les plats de résistance : D'abord, El Más Fuerte, puis vient ensuite, Bombita. Le premier oppose deux conducteurs de voitures sur une route déserte, et le second un expert en explosif dont la voiture a la fâcheuse habitude de se retrouver à la fourrière. Puis arrive le dessert, La Propuesta, dans lequel un père de famille tente de venir en aide à son fils qui a renversé et tué deux personnes en voiture, et pour finir, le délirant digestif Hasta que la Muerte nos Separe dans lequel une salle des fêtes sert de cadre à un mariage qui va se terminer de manière incongrue.

Relatos Salvajes montre dans quelles mesures l'Homme (et sa conjointe féminine) est capable de résister au stress, et dans quelles conditions, il perd le contrôle de lui-même et se révèle capable d'une grande violence. Tous les héros du long-métrage de Damián Szifrón atteignent cette limite et l'on assiste alors à des débordements menant parfois jusqu'à la mort de certains protagonistes. La vengeance étant au coeur des différentes intrigues dont la plus courte ne dure pas plus de neuf minutes et la plus longue dépasse tout juste la demi-heure, Pasternak décrit notamment la vengeance d'un individu qui a souffert toute sa vie des relations intimes, amicales ou professionnelles qu'il a vécu avec les autres. Las Ratas part d'un postulat identique mais se révèle sans doute au final, le sketche le plus faible. El Más Fuerte se pose en huis-clos désertique assez violent, comme une réponse au Duel de Steven Spielberg. Bombita est un court assez féroce s'attaquant aux injustices quotidiennes et à l’hermétisme dont fait preuve l'administration. Intéressant dans le fond, la forme de La Propuesta est par contre légèrement décevante, surtout que le sktech à la fâcheuse manie de se terminer en queue de poisson. Quand au dernier acte, il est simplement réjouissant. Ou comment un mariage si frais que la pièce montée n'a pas encore été entamée, part en vrille. Ici encore, il s'agit de vengeance, mais cette fois-ci, mâtinée d'adultère.

Relatos Salvajes remplit parfaitement son contrat de divertissement. Difficile de s'ennuyer puisque déjà, le principe du film à sketch permet de trouver ça et (ou) là, de quoi contenter n'importe quel public. Le casting est impeccable (au hasard, Darío Grandinetti, Julieta Zylberberg, Leonardo Sbaraglia, Ricardo Darín, Oscar Martínez, ou encore Erica Rivas et Diego Gentile) et les différents scénarii presque exempts de défauts si ce n'est, comme je l'évoquais plus haut, ces quelques malheureux raccourcis qui mettent parfois un terme trop brutal au récit. A part cela, je le répète, Relatos Salvajes est jouissif !!!
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