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vendredi 12 avril 2024

La ballade de Bruno de Werner Herzog (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Il y a parfois chez Werner Herzog, quelque chose de réellement déconcertant. Comme lorsque le réalisateur et scénariste allemand affirme par exemple qu'il n'a jamais rencontré durant toute sa carrière meilleur acteur que Bruno Schleinstein, dit Bruno S. Un personnage atypique et dont la sincérité fut certainement due à plus d'un quart de siècle passé dans des hôpitaux psychiatriques. Un homme qui au fond aurait sans doute mérité sa place au sein du casting de Herz aus Glas que réalisa en 1976 Werner Herzog mais auquel ce dernier préféra offrir le rôle principal de Jeder für sich und Gott gegen alle (L'Énigme de Kaspar Hauser chez nous) deux ans plus tôt comme si l'authentique histoire de cet individu étrange découvert par deux hommes au sortir d'une taverne le 26 mais 1828 à Nuremberg avait existé pour que près d'un siècle et demi plus tard Bruno S devienne la vedette du simili biopic que Werner Herzog allait lui consacrer. Nous sommes alors en 1974 et c'est après l'avoir découvert dans le documentaire Bruno der Schwarze, es blies ein Jäger wohl in sein Horn de Lutz Eisholz que Werner Herzog se promet de l'embaucher pour l'un de ses futurs projets. Sur un plan strictement professionnel et cinématographique, le cinéaste sera la personnalité ayant eu le plus d'importance et d'influence dans la carrière de Bruno S puisque parmi les sept seules œuvres de fiction auxquelles il aura participé durant son existence, les deux longs-métrages signés de Werner Herzog demeureront les plus importantes. Car deux ans après Jeder für sich und Gott gegen alle, le réalisateur l'engagera à nouveau dans le rôle principal de Stroszek, du nom du personnage principa qui sur le territoire français est sorti sous le titre La ballade de Bruno. Qui ne connaît pas encore Bruno Schleinstein peut s'étonner de ce petit homme au regard fuyant et au parler inhabituel. L'on observe ce qui peut s'apparenter à de la timidité... ou alors à une certaine forme de méfiance. Mais quel est donc cet étrange objet qui me fixe et m'imprime sur de la pellicule semble se demander cet acteur, au fond, si peu étonnant dans la filmographie d'un cinéaste qui accumula les performances en conviant notamment par cinq fois l'inquiétant Klaus Kinsi à participer à ses projets parmi les plus fous ? Contrastant avec la singularité de son nouveau protégé, l'histoire de La ballade de Bruno se révèle être en fait, plutôt banale.


Le récit s'articule autour de Bruno Stroszek, homme d'une quarantaine d'années qui vient de passer deux ans et demi derrière les barreaux et qui s'étonne que ses geôliers lui demandent encore, et de façon si protocolaire, son nom après tant de temps passé en leur compagnie. Lors d'un échange entre notre héros et le directeur de la prison, ce dernier fait promettre à Bruno qu'il ne boira plus jamais de bière, principal déclencheur des nombreux soucis qu'il rencontra avec la justice. Acceptant de se plier à la demande du directeur, Bruno se rendra pourtant directement dans le pub le plus proche pour s'en offrir une ! Y rencontrant par la même occasion Eva, prostituée maltraitée par deux maquereaux incarnés par Burkhard Driest et Wilhelm von Homburg. Prenant la jeune femme sous son aile et la ramenant chez lui (il faut savoir que l'appartement servant d'habitation au personnage de Bruno ainsi que tous les objets qui le constituaient étaient la propriété de Bruno Schleinstein), Bruno va lui-même s'attirer des ennuis. Sans cesse harcelés par les deux hommes qui se rendent même jusque chez cet homme afin de l'humilier et détruire une partie de ses biens, Eva et Bruno prennent la décision de quitter le pays pour se rendre en Amérique. Aidés par le vieux Scheitz, un voisin de Bruno, le couple traverse l'Atlantique en sa compagnie afin d'aller vivre près de son neveu dans le Winsconsin. Là-bas, Eva y travaillera comme serveuse et Bruno comme assistant dans le garage du neveu de Scheitz. Ce dernier est interprété par l'acteur Clemens Scheitz, un acteur dont la très courte carrière se fera essentiellement chez son compatriote Werner Herzog qui lui offrira un rôle dans chacun des films cités ci-dessus ainsi qu'en 1979 dans l'excellent remake Nosferatu - Phantom der Nacht... Quant à l'actrice allemande originaire d'Autriche Eva Mattes, on la vit régulièrement chez le compatriote de Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder, et outre son rôle dans La ballade de Bruno, les fans du cinéaste allemand purent la redécouvrir en 1979 dans Woyzeck aux côtés de Klaus Kinski. La ballade de Bruno se partage donc entre deux territoires. Entre Allemagne et États-Unis, Bruno part à l'aventure avec ses deux compagnons, lesquels vont connaître des revers de médaille. Le ton est donné pour cette œuvre dont l'approche relativement naturaliste pourra en décourager certains. L'on s'éloigne des grandes étendues verdoyantes, luxuriantes qui chez Werner Herzog nous font généralement tant rêver pour nous approcher d'un univers beaucoup plus brut et anxiogène. Pas facile d'aborder le film sans être parfois convaincu qu'il s'agit tout d'abord d'un caprice de star de la part de Werner Herzog qui pourtant n'a pas encore connu la consécration. Le film est loin d'être aussi ''excitant'' que le premier qu'il offrit à Bruno Schleinstein. La ballade de Bruno s'avère assez tristounet, peu engageant et son écriture est réduite à sa plus simple expression. Un film sympathique, porté par un trio d'interprètes et par leurs personnages mais qui reste anodin face à certaines Masterpieces que le réalisateur signera très bientôt...

 

samedi 26 avril 2014

Herz Aus Glas (Coeur de Verre) de Werner Herzog (1976) - ★★★★★★★★☆☆



Au dix-huitième siècle, dans les hauteurs d'une montagne de Bavière vivent les habitants d'un petit village en plein désarroi. En effet, depuis la disparition du maître verrier Mühlbeck dont avait prévu la mort le berger Hias, l'avenir des villageois est devenu incertain. Vivant de l'art du verrier, la bourgade risque de disparaître avec ses habitants, d'autant plus que Hias, également réputé pour être un précieux oracle, leur prédit l'apocalypse.

Le propriétaire de la verrerie et seigneur du village demande l'aide de Hias et la participation des villageois afin de trouver le secret entourant la fabrication du verre-rubis. L'homme fait retourner la maison de Mühlbeck et fait creuser le terrain l'entourant dans l'espoir que le maître verrier ait enterré son secret. Malgré les efforts de tous, les recherches ne donnent aucun résultats et le village peu à peu sombre dans le chaos...

Surtout connu pour avoir tourné cinq fois aux cotés de son alter ego Klaus Kinski (avec notamment Aguirre, La Colère De Dieu et Fitzcarraldo), Werner Herzog signe en 1976 avec ce Coeur De Verre, une œuvre énigmatique, poétique et avant tout hypnotique. Un état dans lequel, parait-il, les acteurs et actrices auraient été plongés. Ce qui explique certainement le regard perdu et le débit léthargique des interprètes, insufflant au film un rythme déconcertant.

Si le cinéaste nous habitue parfois aux grand espaces, ici tout est confiné à un village reculé de tout, enrobé d'une nappe épaisse de brume qui n'engage à rien de bon. La disparition du maître verrier transforme les villageois en pantins inertes qui veillent surtout à ne pas réveiller les mouches d'une auberge éclairée à la bougie. Une lumière qui apparaît d'ailleurs comme naturelle, sans artifices, et qui accentue l'austérité qui imprègne la pellicule.

Werner Herzog n'oublie pas la pincée d'ironie nécessaire et qui évite aux plus courageux des spectateurs de tomber dans la dépression. En effet, comment ne pas s'étonner de cette curieuse tradition qui consiste à vérifier l'état de mort ou d'inconscience d'un corps en lui appliquant la morsure d'un chien ?

A l'heure où les blockbusters bourrés d'effets-spéciaux numériques flattent l’œil des spectateurs, si Coeur De Verre devait ressortir aujourd'hui au cinéma, il serait sans doute cantonné aux salles consacrées au cinéma d'art et d'essai en raison de dialogues poétiques, soit, mais aussi à milles lieux des échanges verbaux que l'on a maintenant l'habitude d'apprendre par cœur et qui se ressemblent tous. Certains plans de Bavière rappellent indéniablement l'ouverture d'Aguirre. Werner Herzog à ce don inné de filmer des décors qui vous saisissent par leur beauté et vous étranglent par leur imposante stature.

Cœur de Verre est peut-être le plus mystérieux des films du cinéaste. En tout cas, celui qui incommode le plus de part la désagréable lenteur qu'il lui a imprimé et de part ses dialogues labyrinthiques. Quoiqu'en se donnant la peine de véritablement écouter les dialogues tout en s'empêchant de sourire devant l'incongruité de certains d'entre eux, le fil de l'histoire apparaît finalement comme logique à suivre.

Insupportable ou grandiose, il appartiendra à chacun de se faire une opinion sur cette œuvre parfois surréaliste, graphiquement belle à mourir, mais il est sûr, déconcertante...
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