On l'oublie souvent mais
la carrière sur les planches de Gérard Jugnot ne débuta pas avec
la Troupe du Splendid en 1977 avec Amour, coquillages et
crustacés mais
en 1975 avec la pièce de théâtre Ma tête est
malade.
Au cinéma, c'est pareil. Pas de Bronzés
en vue lorsque lui, ses partenaires, les membres du Café
de la Gare
fondé par Romain Bouteille en 1969 et de futures stars telles que
Daniel Auteuil ou Gérard Depardieu sont réunis autour du
réalisateur Jacques Doillon et de ses assistants Alain Resnais et
Jean Rouch pour le film L'an 01 !
Côté écriture, après le scénario du court-métrage Bonne
présentation exigée qu'il
écrit en
1974 en collaboration avec Michel Blanc, Thierry Lhermitte et
Christian Clavier, ces deux derniers et lui sont à l'origine de
l'idée de la comédie culte C'est pas parce
qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule ! de
Jacques Besnard en 1975. Comme la plupart des membres de la Troupe du
Splendid, Gérard Jugnot passera de nombreuses fois derrière la
caméra, dirigeant divers actrices et acteurs pour la première fois
avec Pinot simple flic
en 1984. Connu pour ses nombreuses incarnations comiques, il lui
arrive parfois d'apparaître dans des rôles plus graves et
mélancoliques. Comme dans l'excellent Tandem
de Patrice Leconte aux côtés de l'immense Jean Rochefort. Il
signera en 1991 ce qui reste sans doute son plus beau et plus
touchant long-métrage. La superbe comédie dramatique Une
époque formidable
dans laquelle il se met en scène dans le rôle du cadre au chômage
Michel Berthier qui après avoir perdu son travail se sépare de sa
femme Juliette qu'interprète la magnifique Victoria Abril et se
retrouve dans la rue où il fait la connaissance d'un groupe de sans
domicile fixe qui le prennent sous leur aile... Après une pause de
trois années durant lesquelles il tournera notamment Voyage
à Rome de
Michel Lengliney et Grosse fatigue
de son ami Michel Blanc, Gérard Jugnot revient derrière la caméra
en 1994 avec Casque bleu
dans lequel il retrouve l'actrice espagnole, laquelle incarne de
nouveau son épouse mais dans des circonstances bien différentes.
Lui joue le rôle de Patrick et elle celui d'Alicia. Rien ne va plus
vraiment entre les deux époux depuis qu'il l'a trompée. Une fois,
une seule, mais cela a suffit pour briser la confiance que la jeune
femme avait pour son mari. Patrick sent bien que quelque chose a
changé et, désireux de retrouver l'Alicia d'avant son infidélité,
il lui propose un voyages aux Balkans, sur l'île et dans l'hôtel
même où ils passèrent leur lune de miel voilà quinze ans en
arrière. Accueillis par le couple d'homosexuels Nicolas et Freddy
tous deux interprétés par Jean-Pierre Cassel et Rolanf Marchisio,
ils vont côtoyer durant leur séjour plusieurs autres vacanciers...
Et
notamment la célibataire Laurette (Valérie Lemercier) qui désespère de trouver un compagnon avec lequel partager sa vie, le jeune Daniel
(Jean-Noël Brouté), le séducteur Gianni (Hubert Saint-Macary) ou
un sympathique couple de personnes âgées prénommées Pierre et
Gisèle respectivement incarnés par Claude Piéplu et Micheline
Presle... Tandis que chacun vit son petit bonhomme de chemin,
partageant avec d'autres ses joies mais aussi ses petits tracas du
quotidien, Patrick peine à reconquérir le cœur d'Alicia. Tandis
qu'en toile de fond les médias et certains signes avant-coureur laissent planer le doute s'agissant d'un éventuel conflit militaire
à venir, lors d'une escapade loin de l'hôtel, les propriétaires et
le groupe de vacanciers entendent au loin ce qu'ils pensent tout
d'abord être des feux d'artifice... Tourné sur l'ile de Comino dans
l'archipel Maltais, le film revient sur la Guerre des Balkans, l'un
des conflits ayant opposé la Slovénie, la Croatie, la
Bosnie-Herzégovine, la Serbie et le Kosovo entre 1991 et 2001. Alors
que la guerre n'est pas terminée au moment du tournage, le titre
Casque bleu se
rapporte aux Casques Bleus qui furent dépêchés sur place par
l'ONU. Pourtant, le long-métrage de Gérard Jugnot ne se concentre
pas principalement autour de cette période marquée par les conflits
mais bien autour d'une poignée de vacanciers qui en toutes
circonstances continuent majoritairement à ne se soucier que de leur
petite personne. Si la presse accueille parfois le film de manière
plutôt positive en louant l'audace du sujet (traiter sa comédie sur
fond de guerre) s'inscrivant au cœurs des problèmes personnels de
tout à chacun, le public semble quant à lui beaucoup plus frileux.
La faute non pas à la mise en scène, au scénario, aux dialogues ou
au jeu des différents interprètes mais sans doute à cause d'un
fait que l'on ne peut évidemment pas reprocher au long-métrage et à
son auteur : la comparaison avec le magnifique Une
journée formidable sorti
trois ans auparavant. Le film n'a évidemment pas la même intensité
et pourtant, lui nier ses innombrables qualités relèverait de la
mauvaise foi. Car de Jean-Pierre Cassel en passant par Valérie
Lemercier et jusqu'au très attachant couple de vieillards interprété
par Claude Piéplu et Micheline Presle, chacun se donne la réplique
lors d'échanges parfois houleux ou déconnectés par rapport à la
situation qu'ils sont en train de vivre mais cependant toujours très drôles. Casque bleu
se savoure comme une longue succession de séquences qui s'enchaînent
sans pratiquement aucun temps mort. Au final, Gérard Jugnot réussi
le pari de mêler la comédie à la gravité de son sujet et ce, sans
une once de malveillance...



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