Abordons cette fois-ci le mythique The Thing
de John Carpenter sorti le 25 juin 1982 aux États-Unis et le 3
novembre de la même année sur le territoire français. Adaptation
très largement supérieure à celle de Christian Nyby intitulée The
Thing from Another Planet
et sortie en 1951, The Thing
s'inspire donc du roman Who
Goes There? de
l'écrivain américain John W. Campbell. Illusion parfaite, le film
situe son action en Antarctique alors qu'il fut tourné en partie au
Canada, en Colombie-Britannique, pour les extérieurs tandis que les
séquences se déroulant à l'intérieur de la station de recherche
américaine ont été réalisées en studio, à Los Angeles. Une
vision si crédible du froid qui règne au sein du récit qu'il est
difficile d'imaginer qu'à l'extérieur du studio les températures
atteignaient en réalité les trente-cinq degrés et plus... Avant
d'être l'unes des œuvres de science-fiction et d'épouvante les
plus remarquables de l'histoire du cinéma, The
Thing
est avant tout un film emprunt d'une paranoïa permanente accentuée
par les décors on ne peut plus étouffants de la station de
recherche scientifique et des décors enneigés. Un aspect
volontairement renforcé par John Carpenter qui pour rendre le
contexte encore plus anxiogène pour ses interprètes avait pour
habitude de régulièrement projeter le Massacre
à la tronçonneuse
de Tobe Hooper durant les pauses en Colombie-Britannique...
Durant
la séquence d'ouverture nous découvrons un chien tentant d'échapper
à deux norvégiens en hélicoptère qui pour une raison demeurant
pour l'instant inexplicable, tentent de le tuer. Il faut savoir qu'à
l'origine, John Carpenter devait faire un caméo en interprétant le
rôle du pilote de l’hélicoptère. Mais les conditions extrêmes et
surtout le fait que le cinéaste n'ait jamais piloté un tel engin
l'ont poussé à plus de raison et ainsi faire appel à un vrai
pilote-cascadeur. S'agissant du chien, un malamute de l'Alaska,
croisement entre un loup et un malamute prénommé Jed, l'on s'est
longtemps demandé comment il pu agir de manière aussi crédible
lors de son apparition durant la première partie du long-métrage.
Il faut savoir que son attitude, relativement déroutante, était
chez lui, tout à fait naturelle. Au point qu'il généra un certain
malaise sur le plateau de tournage. N'aboyant jamais, il exécutait
en outre très précisément les ordres qui lui étaient donnés...
Tandis que le seul le nom du célèbre compositeur italien Ennio
Morricone apparaît au générique, John Carpenter a pourtant
participé à l'élaboration de la bande musicale de The
Thing.
Assisté d'Alan Howarth, le réalisateur constata lors du montage
final qu'il manquait quelques séquences musicales concernant
certains passages dramatiques. On peut malgré tout découvrir lors
du générique de fin que John Carpenter est crédité en tant que
coordinateur musical. Ce n'est que bien plus tard, lorsque sortira en
2020 sur support vinyl l'ep Lost
Cues: The Thing
que le cinéaste connaîtra la reconnaissance pour son travail sur la
bande musicale...
S'agissant des effets-spéciaux, l'on peut encore aujourd'hui et
malgré l'avancée des technologies actuelles, louer le travail
absolument remarquable du maquilleur prosthétique Rob Bottin. Un
travail tellement conséquent que le pauvre homme, épuisé par la
montagne de maquillages qu'il effectua, termina à l'hôpital pour
surmenage ! Autre star du maquillage à l'époque, Stan Winston
pris le relais afin de terminer la création de l'indescriptible
créature qui prend forme lors de la séquence du chenil. L'une des
scènes les plus mémorables se situe sans aucun doute lorsque le Dr
Cooper (interprété par Richard Dysart) se retrouve les deux
avant-bras arrachés par une monstrueuse mâchoire ventrale alors
qu'il tente un massage cardiaque à l'aide d'un défibrillateur sur
l'un de ses coéquipiers. Pour tourner la séquence, l'équipe de
maquilleurs a fait appel à un acteur du nom de Joe Doucette,
lui-même réellement amputé des deux avant-bras. L'un des détails
les moins ragoûtants concernant les différentes formes que prend la
créature concerne sans doute cette matière visqueuse qui la
recouvre et dégouline devant les yeux ébahis (et dégoûtés) des
spectateurs. Son concepteur, toujours Rob Bottin, la conçoit alors à
partir d'un mélange de gel capillaire, de confiture de fraise et
d'alginate de sodium. Autre aspect notable de cette créature, son
cri. Là encore, son concepteur Alan Howarth crée un mix totalement
invraisemblable mélangeant feulements de pumas, couinements de
cochons, cris d'oiseaux ralentis, auxquels il ajoute le son de sa
propre voix retravaillée en studio...
S'il
est une anecdote qui fait partie de la mythologie entourant The
Thing,
c'est bien celle concernant le regard des personnages. À l'aide d'un
projecteur ''Eye-Light'',
le chef opérateur Dean Cundey avait pour objectif de cibler les yeux
des acteurs dont les personnages demeuraient encore humains.
Matérialisant ainsi la vie humaine dans leur regard tandis que les
répliques produites par la créature étaient censées avoir le
regard ''mort''. Une révélation qui théoriquement pourrait spoiler
l'intrigue dans sa globalité si l'on observe chaque personnage
durant le récit, mais ça n'est rien en regard d'une anecdote sans
doute encore plus folle. En effet, lorsque les norvégiens
atterrissent sur la base américaine au tout début du long-métrage,
tandis que l'un d'eux tente de mettre une balle dans la tête du
chien, le spectateur peut l'entendre prononcer cette phrase :
''Se til helvete
og kom dere vekk. Det er ikke en bikkje, det er en slags ting! Det
imiterer en bikkje, det er ikke realt! Gå vekk, din idioter!''.
Ce qui, en bon français, peut se traduire ainsi : ''Allez
vous faire foutre et dégagez d'ici. Ce n'est pas un chien, c'est une
sorte de chose ! Ça imite un chien, ce n'est pas réel ! Dégagez,
bande d'idiots ! ''.
Imaginez donc la tête des spectateurs norvégiens lorsque ceux-ci
découvrirent avant les personnages américains que le chien n'était
pas ce qu'il semblait être mais un monstre ! Un Spoiler avec un
grand S !!!
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