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mercredi 13 mai 2026

TROMA : The Battle of Love's Return de Lloyd Kaufman (1969) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Lloyd Kaufman débute sa carrière de cinéaste en 1969 alors qu'il en est encore à sa deuxième année à l'université de Yale. Le futur co-fondateur avec Michael Herz de la fameuse société de production et de distribution indépendante américaine Troma Entertainment débute à la réalisation, l'écriture et la production avec la comédie The Girl Who Returned. Enchaînant deux ans plus tard en 1971 avec The Battle of Love's Return, l'homme signe une œuvre satirique, humoristique et surréaliste qui d'une certaine manière convoque le cinéma burlesque de la première moitié du vingtième siècle, voguant ainsi entre séquences réalistes en noir et blanc lors desquelles sous son véritable patronyme il interviewe divers intervenants et plans en couleurs durant lesquels il est filmé dans la peau du personnage principal prénommé Abacrombie. Un jeune homme qui n'a pas vraiment de chance dans la vie puisque à chaque fois qu'il trouve du travail, il est invariablement mis à la porte. En outre, Abacrombie est très amoureux d'une jeune serveuse qui travaille dans un bar mais qu'il n'ose toujours pas aborder... Pour son second long-métrage, Lloyd Kaufman critique tour à tour l'armée, l'église et une vision toute personnelle des rapports avec ses concitoyens. Qu'il s'agisse d'entreprendre d'aider une dame d'un certain âge à traverser un passage piéton ou de déclarer aussi maladroitement que possible son amour pour une jeune femme totalement différente à son égard, notre héros trimballe sa bonhomie dans une ville qui lui est étrangement hostile. Parcourant la nature humaine à travers de faux portraits, tels ceux d'un homme d'affaire, d'un poète sous influence de psychotropes, d'une vieille dame, d'une jeune femme très pieuse, d'un psychiatre, d'un propriétaire de librairie de charme ou encore d'un prédicateur, le cinéaste intercale ces séances d'interviews de scènes burlesques confrontant son personnage à des situations souvent absurdes. C'est ainsi qu'en aidant une vieille dame à traverser la rue, celle-ci se met à hurler, attirant une foule bigarrée comme Lloyd Kaufman aimera plus tard en ponctuer ses prochains films sous le sceau de la Troma Entertainment. Une déconvenue amorçant le triste sort d'un homme déambulant sur le chemin devant le mener jusqu'à son lieu de travail, sans cesse harangué par une foule toujours plus hostile à son égard. Cherchant même du secours auprès d'un psychiatre (celui-là même que le réalisateur interviewa juste avant), Abacrombie est mis devant le fait accompli : viré là encore du cabinet du spécialiste, le jeune homme ne peut qu'accepter l'évidence...


Personne ne l'aime. Comme s'il dégageait une aura négative et comme si le malheur, chaque fois, devait se pencher sur lui. Embauché pour marquer les nombreux câbles d'un pont avant que des employés ne viennent les peindre, une gamine s'amuse à les arracher durant le temps qu'est imparti à Abacrombie pour prouver à son nouvel employeur qu'il est capable d'effectuer les tâches qui lui incombent. Fauché mais non dénué d'un certain charme, The Battle of Love's Return séduit par son apparente naïveté même si déjà Lloyd Kaufman confronte l'un de ses premiers personnages à la dure réalité de l'existence. Il faut savoir qu'en outre ce second film du cinéaste fut pour un certain Oliver Stone, futur réalisateur de Wall Street, de The Doors, de JFK ou de Natural Born Killer, l'occasion d'apparaître pour la toute première fois de sa carrière devant une caméra puisque aussi discrète soit sa participation aux aventures d'Abacrombie, il y incarne le tout petit rôle de Cliff ! Et s'il y a de fortes chances pour que l'on ne s'aperçoive pas de sa présence à l'image, il en est une dont nous n'oublierons par la participation. Car en effet, dans le rôle de la ''Fille de rêve'' sur laquelle a jeté son dévolu le héros du récit, l'on retrouve l'actrice américaine aux yeux de chats, Lynn Lowry. Et pour celles et ceux qui n'ont pas connaissance de son nom, les amateurs de fantastique et d'épouvante se souviendront d'elle pour avoir été surtout présente sur les plateaux de tournage de The Crazies de George Romero en 1973 et de Shivers de David Cronenberg en 1975. Dans The Battle of Love's Return, elle incarne cette jeune femme inaccessible pour notre héros, présente à diverses occasions et dans différentes situations (serveuse dans un bar, secrétaire de bureau, membre d'un groupe de hippies...). Autant The Battle of Love's Return est une comédie sociale satirique plutôt amusante, autant la fin tragique de son personnage central laisse un goût amer sans doute recherché par un Lloyd Kaufman encore très timide en matière de provocation. Notons en outre que le propre père du réalisateur avoua que sa scène préférée est celle où son ''fils'' est tué après être parti sur le front...

 

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