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lundi 25 mai 2026

Protein de Tony Burke (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Derrière un titre relativement étrange définissant l'usage intensif de nutriments dans les salles de sport afin de favoriser la prise de muscles, Protein de Tony Burke interroge sur l'obsession chez certains de soulever de la fonte à longueur de journée afin de se façonner une importante musculature et ainsi développer leur force. Mais derrière cet objectif qui semble tout droit sorti d'un docu-fiction où la protéine en question serait mise en avant, avec son tout premier long-métrage, le réalisateur et scénariste britannique signe une œuvre hybride où le retour d'un vétéran de la guerre de l'Afghanistan traumatisé a beaucoup de mal à réintégrer le monde civil. Un taiseux interprété par l'acteur Craig Russell qui dans le rôle de Sion se montre donc peu causant et tout aussi peu souriant et affable et qui grâce à Katrina, rencontrée par hasard dans la petite localité sur laquelle il a jeté son dévolu, réussi à se faire un peu d'argent en effectuant quelques tâches ménagères et de manutention. En parallèle, l'homme cultive son corps dans une salle de sport fréquentée par un groupe de malfrats. Des trafiquants de drogue dont le chef, un jour, s'en prend à la jeune femme. Témoin discret des événements, Sion accuse le coup de n'avoir pas pu aider Katrina et se lance bientôt dans une quête qui ressemble aussi bien à une vengeance qu'à un besoin maladif pour une tendance qui explique alors l'origine du titre... Interprétée par la charmante Kezia Burrows, Katrina ne se doute pas que derrière les silences et la modestie de son ''hôte'' se cache ce qui semble être un redoutable prédateur... Ici, plusieurs points de vue s'imposent lors du récit. À commencer par le traumatisme lié à la guerre, aux innombrables morts auxquels a dû faire face l'ancien soldat et surtout, à cet acte impensable auquel il dû se soumettre pour survivre. Il est pourtant connu qu'en cas de guerre et de famine, il arrive parfois que l'Homme soit contraint de s'adonner au cannibalisme. On pense bien entendu au Siège de Leningrad qui eut lieu entre 1941 et 1944 et lors duquel, le manque de nourriture poussa la population à pratiquer le cannibalisme. Un acte contre-nature que l'on observa historiquement à diverses occasions, comme lors de l'expédition Donner dont les membres se retrouvèrent bloqués dans les neiges des montagnes de la Sierra Nevada au dix-neuvième siècle ou dans le cas encore plus célèbre du crash des Andes dans lequel le vol 571 de la Force aérienne uruguayenne s'écrasa dans les Andes, les survivants ayant été contraints de manger le corps des morts durant les deux mois qui séparèrent l'accident de l'arrivée des secours...


S'agissant de ces deux événements, il fallait bien se douter que le septième art allait finir par s'emparer du phénomène, et notamment à travers Ravenous d'Antonia Bird ou bien Alive de Frank Marshall. Bien que Protein ne relève pas d'un quelconque fait historique, le film développe cette même idée en repoussant les limites du concept puisque après sa traumatisante expérience de la guerre d'Afghanistan, Sion semble avoir développé un goût immodéré pour la viande humaine dont il prélève les meilleurs morceaux sur le corps de ses victimes qu'il conserve ensuite dans un congélateur situé dans une boutique désaffectée appartenant au principal concurrent des voyous qu'il croise et tue lors de ses pérégrinations nocturnes. Si Protein charrie de bonnes idées, leur traitement est souvent pénible à supporter. Découvrir un script riche de situations potentiellement édifiantes sur le papier et découvrir ensuite à l'écran le résultat est souvent en dessous de tout. Car en dehors des quelques meurtres, et notamment le premier, dont le réalisme crade attribuait presque au long-métrage Tony Burke le statut de docu-fiction, le reste n'est généralement pas à l'avenant. Comme pris d'une espèce de folie généralisée, l'homme finit par ne plus avoir lui-même à s'occuper de certains membres du clan de criminels. Les morts s'enchaînant ainsi parfois en dépit du bon sens. La relation entre Sion et Katrina est tout juste survolée dans ce contexte de drame social filmé caméra à l'épaule et dans des teintes volontairement ternes qui vire au cauchemar. Entre le bon et le pire (le type qui à la fin débarque devant les flics avant d'être abattu ou l'enquête policière bâclée menée en outre par une jeune femme qui abandonne ses recherches pour des motifs plus que douteux), Protein montre malheureusement d'importantes failles en terme de mise en scène et parfois d'interprétation selon le personnage et son interprète qui évoluent à l'écran. Cela étant d'autant plus dommage qu'avec un tel sujet, Tony Burke aurait pu signer un film destiné à devenir culte à court, moyen ou long terme. Suprême récompense à laquelle, malheureusement, ce film échappe...

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