Connu chez nous sous le
titre Au-delà du désir
mais aussi sous celui beaucoup plus délirant et opportuniste de
Sexe en délire,
Delirio Caldo
du réalisateur, scénariste et producteur italien Renato
Polselli revêt davantage les atours du Giallo
que du drame ou de la comédie érotiques que laissent transparaître
ses deux ''traductions'' françaises. Et pourtant, de nudité il est
bien question ici, dans cette œuvre étrange, parfois étouffante,
souvent fiévreuse et assurément morbide. Partant d'un postulat que
partagent énormément de Gialli
puisque le script de Renato Polselli tourne autour d'une série de
meurtres que la police a bien du mal à résoudre. Et ce, alors même
que l'inspecteur Edwards (Raul Lovecchio sous le pseudonyme de Raoul)
peut compter sur l'aide et le soutien du psychologue Herbet Lyutak
qu'interprète l'acteur américano-hongrois Mickey Hargitay. Le film
s'ouvrant pratiquement sur le meurtre de la septième victime
annoncée d'un tueur en série qui sévit maintenant depuis un an,
Renato Polselli filme l'acteur principal dans une situation qui ne
laisse aucun doute quant à la responsabilité de son personnage.
Notons que l'assassinat en question est tourné dans des conditions
relativement singulières puisque après avoir proposé à une jeune
femme de l'amener en voiture jusqu'à un rendez-vous, la véritable
personnalité psychotique du docteur Herbet Lyutak s'exprime lors
d'une séquence de poursuite qui les amènera lui et sa victime
jusqu'au lit d'une rivière où la jeune femme sera alors assassinée
par étranglement et par noyade. Une séquence étonnement longue,
dérangeante, où le regard halluciné de Mickey Hargitay fonctionne
à plein régime et sème le trouble chez le spectateur. Si Delirio
Caldo
convie ce dernier à suivre les exactions d'un homme sexuellement
frustré qui à défaut de pouvoir satisfaire sa femme toujours
vierge se rabat sur des inconnues qu'il tue afin de prémunir
celle-ci de toute pulsion meurtrière, le script est aussi et surtout
construit non pas seulement autour de ce seul personnage masculin
mais aussi et surtout autour du couple que l'acteur forme aux côtés
de l'actrice italienne Rita Calderoni qui incarne donc à l'écran
l'épouse de Herbet Lyutak, Marzia. Une femme profondément
amoureuse, incapable de vivre sans l'homme qu'elle aime. À tel point
que des révélations finales viendront enfin expliquer certains
détails qui durant le récit apparaîtront comme étant totalement
incohérents...
Lorsque
Valéry Giscard d'Estaing est élu Président de la République
Française le 27 mai 1974, c'est le signe en France d'un relâchement
des contrôles moraux plutôt stricts que connaît jusque là notre
pays, lequel passe ainsi par davantage de libéralisme, ce qui a pour
conséquence sur les plans d'ordre sexuels et culturels et s'agissant
à proprement parler de Delirio Caldo
(comme
pour d'autres avant et après lui), l'avantage de pouvoir enfin
sortir dans les salles de cinéma hexagonales après avoir été
totalement interdit et classé X pour pornographie (le film sortant
en outre sur support VHS sous le titre explicite et pourtant très
proche de l'original, Délire ardent !).
plus que n'importe quel Giallo,
le film du cinéaste italien est une véritable plongée dans la
psyché d'un couple sexuellement frustré mais tellement amoureux que
l'usage de pratiques déviantes finit par cultiver leur passion
commune. D'un côté l'on a donc un homme refusant presque tout
contact avec sa femme de peur de la tuer et de l'autre, une épouse
capable d'accepter qu'il l'étrangle lorsque les pulsions semblent
irrépressibles. En mêlant sexe et violence dans un contexte où la
frontière entre réalité, rêves et fantasmes devient de plus en
plus mince, Renato Polselli signe une œuvre moite, inconfortable, où
le sexe pourtant en abondance agit comme un inhibiteur de libido.
Derrière la bande originale somme toute classique de Gianfranco
Reverberi est libéré un flot intarissable de gémissements féminins
sensuels et organiques qui agissent comme autant de curseurs sur la
folie des uns et des autres. Celle-là même qu'exprime cette
cacophonie terminale ouvrant de vertigineuses perspectives dont la
solution, un peu floue il est vrai, viendra enfin apporter une
solution à l'énigme entourant l'identité du tueur réel... Bref,
Delirio Caldo
reste une œuvre à part, moins sulfureuse que ne laissent présager
sans ancienne interdiction en salle ainsi que celle aux moins de
dix-huit ans. Un long-métrage que d'aucun pourrait juger de
''malade'' mais qui pourtant sonne comme un mirage essentiel du
cinéma européen du début des années soixante-dix, avec son
cortèges de qualités mais aussi de défauts...

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