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mardi 14 avril 2026

Delirio Caldo de Renato Polselli (1972) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Connu chez nous sous le titre Au-delà du désir mais aussi sous celui beaucoup plus délirant et opportuniste de Sexe en délire, Delirio Caldo du réalisateur, scénariste et producteur italien Renato Polselli revêt davantage les atours du Giallo que du drame ou de la comédie érotiques que laissent transparaître ses deux ''traductions'' françaises. Et pourtant, de nudité il est bien question ici, dans cette œuvre étrange, parfois étouffante, souvent fiévreuse et assurément morbide. Partant d'un postulat que partagent énormément de Gialli puisque le script de Renato Polselli tourne autour d'une série de meurtres que la police a bien du mal à résoudre. Et ce, alors même que l'inspecteur Edwards (Raul Lovecchio sous le pseudonyme de Raoul) peut compter sur l'aide et le soutien du psychologue Herbet Lyutak qu'interprète l'acteur américano-hongrois Mickey Hargitay. Le film s'ouvrant pratiquement sur le meurtre de la septième victime annoncée d'un tueur en série qui sévit maintenant depuis un an, Renato Polselli filme l'acteur principal dans une situation qui ne laisse aucun doute quant à la responsabilité de son personnage. Notons que l'assassinat en question est tourné dans des conditions relativement singulières puisque après avoir proposé à une jeune femme de l'amener en voiture jusqu'à un rendez-vous, la véritable personnalité psychotique du docteur Herbet Lyutak s'exprime lors d'une séquence de poursuite qui les amènera lui et sa victime jusqu'au lit d'une rivière où la jeune femme sera alors assassinée par étranglement et par noyade. Une séquence étonnement longue, dérangeante, où le regard halluciné de Mickey Hargitay fonctionne à plein régime et sème le trouble chez le spectateur. Si Delirio Caldo convie ce dernier à suivre les exactions d'un homme sexuellement frustré qui à défaut de pouvoir satisfaire sa femme toujours vierge se rabat sur des inconnues qu'il tue afin de prémunir celle-ci de toute pulsion meurtrière, le script est aussi et surtout construit non pas seulement autour de ce seul personnage masculin mais aussi et surtout autour du couple que l'acteur forme aux côtés de l'actrice italienne Rita Calderoni qui incarne donc à l'écran l'épouse de Herbet Lyutak, Marzia. Une femme profondément amoureuse, incapable de vivre sans l'homme qu'elle aime. À tel point que des révélations finales viendront enfin expliquer certains détails qui durant le récit apparaîtront comme étant totalement incohérents...


Lorsque Valéry Giscard d'Estaing est élu Président de la République Française le 27 mai 1974, c'est le signe en France d'un relâchement des contrôles moraux plutôt stricts que connaît jusque là notre pays, lequel passe ainsi par davantage de libéralisme, ce qui a pour conséquence sur les plans d'ordre sexuels et culturels et s'agissant à proprement parler de Delirio Caldo (comme pour d'autres avant et après lui), l'avantage de pouvoir enfin sortir dans les salles de cinéma hexagonales après avoir été totalement interdit et classé X pour pornographie (le film sortant en outre sur support VHS sous le titre explicite et pourtant très proche de l'original, Délire ardent !). plus que n'importe quel Giallo, le film du cinéaste italien est une véritable plongée dans la psyché d'un couple sexuellement frustré mais tellement amoureux que l'usage de pratiques déviantes finit par cultiver leur passion commune. D'un côté l'on a donc un homme refusant presque tout contact avec sa femme de peur de la tuer et de l'autre, une épouse capable d'accepter qu'il l'étrangle lorsque les pulsions semblent irrépressibles. En mêlant sexe et violence dans un contexte où la frontière entre réalité, rêves et fantasmes devient de plus en plus mince, Renato Polselli signe une œuvre moite, inconfortable, où le sexe pourtant en abondance agit comme un inhibiteur de libido. Derrière la bande originale somme toute classique de Gianfranco Reverberi est libéré un flot intarissable de gémissements féminins sensuels et organiques qui agissent comme autant de curseurs sur la folie des uns et des autres. Celle-là même qu'exprime cette cacophonie terminale ouvrant de vertigineuses perspectives dont la solution, un peu floue il est vrai, viendra enfin apporter une solution à l'énigme entourant l'identité du tueur réel... Bref, Delirio Caldo reste une œuvre à part, moins sulfureuse que ne laissent présager sans ancienne interdiction en salle ainsi que celle aux moins de dix-huit ans. Un long-métrage que d'aucun pourrait juger de ''malade'' mais qui pourtant sonne comme un mirage essentiel du cinéma européen du début des années soixante-dix, avec son cortèges de qualités mais aussi de défauts...

 

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