Après une carrière en
commun longue d'une dizaine d'années qui a vu éclore quelques
pépites parmi lesquelles l'on peut citer Good Time
en 2017 ainsi que Uncut Gems
en 2019, les frères Safdie se sont séparés pour, officiellement,
poursuivre chacun de leur côté des carrières de cinéastes bien
distinctes. Pourtant, les raisons invoquées semblent bien plus
sombres qu'elles n'en n'ont l'air mais nous ne nous attarderons pas
ici à leur sujet. En effet, il est sans doute plus préférable
d'évoquer le dernier long-métrage réalisé par Josh, l'aîné des
deux frères qui après le départ de Benjamin vient de réaliser,
écrire et produire (en collaboration avec son principal interprète
Timothée Chalamet, Ronald Bronstein, Eli Bush et Anthony Katagas) ce
qui sans doute demeurera comme l'un des meilleurs films à avoir vu
le jour en cette année 2026 même si celle-ci n'en est pour
l'instant qu'à son troisième mois. Après avoir habitué le public
à assister à des spectacles relativement sombres notamment à
travers les deux exemples cités plus haut, Josh Safdie perpétue un
genre dont les frères Joel et Ethan Coen ont longtemps été les
portes-étendards. Un mélange entre thriller noir, absurde, drame et
dont Blood Simple,
Fargo,
No Country for old Men
ou Burn After Reading
demeurent les plus remarquables exemples. Pourtant, ici, nulle trace
de l'un et de l'autre à la réalisation ou à l'écriture. En solo,
John Safdie assure lui-même la réalisation. Ainsi que l'écriture à
laquelle a collaboré le scénariste, acteur, monteur et producteur
Ronald Bronstein auquel les frères Safdie offrirent notamment le
rôle de Lenny dans Lenny and the Kids
il y a dix-sept ans. Derrière un titre qui renvoie à l'appellation
des balles de Tennis de Tables oranges dont le personnage central
Marty Mauser s'enorgueillit d'être l'inventeur alors même que leur
conception provient du fait que les blanches étaient difficilement
décelables lorsque des matchs étaient diffusés à la télévision,
Marty Supreme
décrit avec raison la personnalité excentrique de cet
''anti-héros'' arrogant, opportuniste et très souvent dénué de
toute morale lorsqu'il s'agit d'arriver à ses fins...
Un
personnage charismatique pourtant dénué de l'ampleur physique que
l'on prêterait généralement à ce genre d'individu. Relativement
frêle comme l'était celui que l'acteur est censé reproduire à
l'image, doté d'une moustache et d'une coiffure qui renvoient à
l'époque où chez nous la série télévisée policière Les
brigades du Tigre
rencontrait un certain succès, on ne peut pas dire que Timothée
Chalamet jouisse ici d'un statut d’icône sexuelle. Et pourtant,
comme le démontrera par la suite l'évolution de sa relation avec la
comédienne Kay Stone (Gwyneth Paltrow), l'homme est si sûr de lui
et possède un tel bagout que rien, vraiment rien ne semble pouvoir
se mettre en travers de sa route. Pas même la relation qu'il va
entretenir avec cette beauté d'âge plus ou moins mûr qui s'amusera
souvent de l'attitude de ce jeune homme d'une trentaine d'années son
cadet mais avec lequel elle entretiendra une relation charnelle
relativement intense. L'auteur de Marty Supreme
mêle
les genres avec un certain brio. Contrairement à un Edgar Wright qui
parfois épuise à force d'être beaucoup trop démonstratif (Baby
Driver
en 2017, The Running Man
en 2025), cette facette du cinéma de Josh Safdie fonctionne par
contre à merveille. Sur la base d'un fait parfaitement authentique
(le film s'inspire en effet de Marty Reisman, un pongiste qui entre
1958 et 1960 remporta deux fois l'US Open de Tennis de Table), Josh
Safdie et son scénaristes ont conçu une œuvre qui dépasse de loin
les frontières du Biopic tel qu'il est généralement envisagé sur
grand écran pour introduire son arrogant personnage dans un récit
qui fait appel à un genre auquel ceux qui connaissent bien
l'histoire de l'ancien champion de ''Ping Pong'' aujourd'hui décédé
depuis une quinzaine d'années ne s'attendaient certainement pas...
Une
ambition dévorante qui poussera Marty ainsi que celle qu'il a
engrossé huit mois auparavant (l'actrice Odessa A'Zion dans le rôle
de Rachel Mizler) à suivre un chemin pavé d'embûches, mettant à
diverses reprises sa vie et celle de la jeune femme en danger.
Pourquoi ? Pour atteindre un but, un seul. Rencontrer de nouveau
Endo (Koto Kawaguchi), le champion japonais de Tennis de Table qui
quelques mois auparavant sortit vainqueur de la finale de l'Open
d'Angleterre qui opposa les deux hommes. Persuadé que son adversaire
fut avantagé grâce à un nouveau modèle de raquette, Marty n'a
plus qu'un seul objectif. Partir au Japon pour les prochains
championnats du monde afin de jouer contre Endo et de le battre.
Problème : le jeune homme n'a pas l'argent nécessaire qui lui
permettrait de prendre l'avion pour le Pays du Soleil Levant... Si
Marty Supreme
repose sur une mécanique parfaitement huilée, le film profite
également d'un casting trois étoiles. À Commencer par Kevin
O'Leary, lequel incarne le rôle du richissime homme d'affaire Milton
Rockwell sur lequel compte Marty pour réaliser son projet. Tyler
Okonma interprète de son côté le chauffeur de taxi et ami/complice
d'arnaques Wally. Mais aussi et surtout, le long-métrage de Josh
Safdie est l'occasion de redécouvrir l'immense Abel Ferrara dans le
rôle d'Ezra Mishkin. Un personnage ambigu, dont les contours sont
volontairement mal définis (mafioso ? Bookmaker ?) mais qui
sera lui aussi au centre d'un récit touffu, transcendé par un
cinéaste qui n'a pas laissé au hasard la moindre petite porte de
sortie. Bref, foncez voir Marty Supreme
tant qu'il est en salle, vous ne le regretterez pas...
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