Séance rattrapage 2025
numéro 3. Cette fois-ci, nous allons évoquer un film originaire
d'Espagne, d'Argentine et de France dont tous les amateurs de
fantastique ou d'épouvante n'ont pas forcément entendu parler
l'année dernière. Et pourtant, caché derrière des productions
provenant majoritairement des États-Unis, El llanto
de Pedro Martín-Calero fait probablement partie des cinq ou dix
meilleurs films du genre à avoir vu le jour en 2025. Si l'on est
systématiquement assurés de tomber de nombreuses fois sur des
œuvres qui n'ont au mieux comme intérêt que le script d'origine,
il est parfois encourageant de voir que certains cinéastes sont
capable dès leur premier long-métrage de sublimer leur sujet. Et si
celui qui est au cœur du récit peut crisper les tensions entre ceux
qui s'élèvent contre le patriarcat et le sexisme et ceux qui en ont
assez que le septième art s'empare un peu trop couramment du sujet,
la forme que prend l'intrigue de El llanto
est telle que leur exaltation a de fortes chances de réunir les uns
comme les autres dans un même élan d'espoir. Celui d'aborder un
thème d'actualité fortement chargé d'un point de vue du politique,
de la sociologie, du militantisme et des médias... Sorti sur le
territoire français sous le titre Les Maudites,
le premier long-métrage du réalisateur, scénariste, producteur et
directeur de la photographie espagnol Pedro Martín-Calero, né en
1983 à Valladolid vaut véritablement le coup d’œil. Formé à la
photographie à l’ECAM
de Madrid (Escuela
de Cinematografía
y del Audiovisual
de Madrid),
Pedro Martín-Calero est l'auteur du scénario en collaboration avec
la scénariste Isabel Peña. Et il fallait bien la touche et la
sensibilité d'une femme pour apporter tant de profondeur à une
œuvre s'inscrivant pourtant dans un genre qui touche généralement
davantage à l'effroi d'ordre surnaturel qu'à l'émotion encadrant
une histoire de viol. Car c'est bien de cela dont il s'agit ici. Les
maudites en question appartenant à une lignée de femmes qui toutes
vont avoir comme points communs d'appartenir à la même famille mais
qui de surcroît vont être les victimes d'un étrange individu,
invisible aux yeux de tous, mais dont la présence à travers
certains médias ou objets d'usage courant va apparaître comme une
présence hostile permanente. Construit sous forme de chapitres
devenus très ordinaires de nos jours puisque chacun d'entre eux sera
précédé d'un titre renvoyant à chacune des héroïnes du récit,
El llanto
déroule son intrigue entre diverses époques...
Tout
d'abord au présent, et à travers les technologies actuelles, la
madrilène Andrea (Ester Expósito) est témoin de faits étranges.
Alors que son petit ami est en Australie pour un temps indéterminé,
la jeune femme ressent une présence à ses côtés et prenant la
forme d'un vieil homme en imperméable noir. Élevée par des parents
adoptifs, celle-ci apprend en outre que sa véritable mère fut
condamnée à de la prison ferme après avoir été accusée du
meurtre d'une jeune femme. Après avoir déroulé son lot de
péripéties durant cette première partie déjà très intrigante,
le scénario plonge au cœur de l'action une nouvelle protagoniste
prénommée Camilla (Malena Villa) vingt ans en arrière. Étudiante
en cinéma, elle fait suivre en permanence sa caméra dans l'espoir
de tourner LE court-métrage qui satisfera enfin son professeur.
C'est lors d'un trajet en bus qu'elle tombe sur Marie (Mathilde
Ollivier), jeune femme cachée derrière des lunettes noires qu'elle
décide de suivre et de filmer. Cette dernière est au centre de
toutes les questions qui se posent à travers une œuvre beaucoup
moins alambiquée que ne le laissaient présager les différents
changements d'époque. Tournant autour de ses trois principales
interprètes, El llanto
est un petit bijou de construction usant de technologies anciennes et
modernes. Traitant ainsi de l'invisibilité des victimes de viols ou
de harcèlements. Entre drame, fantastique et thriller, le film peut
être vu comme une alternative au remarquable It
Follow de
David Robert Mitchell qui traitait certes de manière différente et
sur un sujet sans réel rapport d'une malédiction se transmettant
d'un individu à un autre. Alors oui, El llanto
concentre une partie de son sujet sur le thème du féminicide et de
tout ce qui peut se rattacher au mouvement #MeToo. Mais Pedro
Martín-Calero n'en oublie pas pour autant d'aborder le sujet sous
l'angle de l'épouvante. Et ça fonctionne. Plutôt bien, d'ailleurs.
Et ce, même si l'on ne saute pas d'effroi au plafond, le
long-métrage n'en est pas moins parfois très angoissant. Ou comment
allier le Message à une forme de récit très ancré dans la
thématique des Légendes Urbaines. Bref, une réussite...



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