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mercredi 4 février 2026

El llanto de Pedro Martín-Calero (2025) - ★★★★★★★★☆☆


 

 

Séance rattrapage 2025 numéro 3. Cette fois-ci, nous allons évoquer un film originaire d'Espagne, d'Argentine et de France dont tous les amateurs de fantastique ou d'épouvante n'ont pas forcément entendu parler l'année dernière. Et pourtant, caché derrière des productions provenant majoritairement des États-Unis, El llanto de Pedro Martín-Calero fait probablement partie des cinq ou dix meilleurs films du genre à avoir vu le jour en 2025. Si l'on est systématiquement assurés de tomber de nombreuses fois sur des œuvres qui n'ont au mieux comme intérêt que le script d'origine, il est parfois encourageant de voir que certains cinéastes sont capable dès leur premier long-métrage de sublimer leur sujet. Et si celui qui est au cœur du récit peut crisper les tensions entre ceux qui s'élèvent contre le patriarcat et le sexisme et ceux qui en ont assez que le septième art s'empare un peu trop couramment du sujet, la forme que prend l'intrigue de El llanto est telle que leur exaltation a de fortes chances de réunir les uns comme les autres dans un même élan d'espoir. Celui d'aborder un thème d'actualité fortement chargé d'un point de vue du politique, de la sociologie, du militantisme et des médias... Sorti sur le territoire français sous le titre Les Maudites, le premier long-métrage du réalisateur, scénariste, producteur et directeur de la photographie espagnol Pedro Martín-Calero, né en 1983 à Valladolid vaut véritablement le coup d’œil. Formé à la photographie à l’ECAM de Madrid (Escuela de Cinematografía y del Audiovisual de Madrid), Pedro Martín-Calero est l'auteur du scénario en collaboration avec la scénariste Isabel Peña. Et il fallait bien la touche et la sensibilité d'une femme pour apporter tant de profondeur à une œuvre s'inscrivant pourtant dans un genre qui touche généralement davantage à l'effroi d'ordre surnaturel qu'à l'émotion encadrant une histoire de viol. Car c'est bien de cela dont il s'agit ici. Les maudites en question appartenant à une lignée de femmes qui toutes vont avoir comme points communs d'appartenir à la même famille mais qui de surcroît vont être les victimes d'un étrange individu, invisible aux yeux de tous, mais dont la présence à travers certains médias ou objets d'usage courant va apparaître comme une présence hostile permanente. Construit sous forme de chapitres devenus très ordinaires de nos jours puisque chacun d'entre eux sera précédé d'un titre renvoyant à chacune des héroïnes du récit, El llanto déroule son intrigue entre diverses époques...


Tout d'abord au présent, et à travers les technologies actuelles, la madrilène Andrea (Ester Expósito) est témoin de faits étranges. Alors que son petit ami est en Australie pour un temps indéterminé, la jeune femme ressent une présence à ses côtés et prenant la forme d'un vieil homme en imperméable noir. Élevée par des parents adoptifs, celle-ci apprend en outre que sa véritable mère fut condamnée à de la prison ferme après avoir été accusée du meurtre d'une jeune femme. Après avoir déroulé son lot de péripéties durant cette première partie déjà très intrigante, le scénario plonge au cœur de l'action une nouvelle protagoniste prénommée Camilla (Malena Villa) vingt ans en arrière. Étudiante en cinéma, elle fait suivre en permanence sa caméra dans l'espoir de tourner LE court-métrage qui satisfera enfin son professeur. C'est lors d'un trajet en bus qu'elle tombe sur Marie (Mathilde Ollivier), jeune femme cachée derrière des lunettes noires qu'elle décide de suivre et de filmer. Cette dernière est au centre de toutes les questions qui se posent à travers une œuvre beaucoup moins alambiquée que ne le laissaient présager les différents changements d'époque. Tournant autour de ses trois principales interprètes, El llanto est un petit bijou de construction usant de technologies anciennes et modernes. Traitant ainsi de l'invisibilité des victimes de viols ou de harcèlements. Entre drame, fantastique et thriller, le film peut être vu comme une alternative au remarquable It Follow de David Robert Mitchell qui traitait certes de manière différente et sur un sujet sans réel rapport d'une malédiction se transmettant d'un individu à un autre. Alors oui, El llanto concentre une partie de son sujet sur le thème du féminicide et de tout ce qui peut se rattacher au mouvement #MeToo. Mais Pedro Martín-Calero n'en oublie pas pour autant d'aborder le sujet sous l'angle de l'épouvante. Et ça fonctionne. Plutôt bien, d'ailleurs. Et ce, même si l'on ne saute pas d'effroi au plafond, le long-métrage n'en est pas moins parfois très angoissant. Ou comment allier le Message à une forme de récit très ancré dans la thématique des Légendes Urbaines. Bref, une réussite...

 


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