Originaire des
États-Unis, le réalisateur, scénariste, monteur, chef décorateur,
musicien et acteur Austin Jennings signe avec Eight Eyes
son
tout premier long-métrage après avoir réalisé en 2009 le
court-métrage Casting Session
ainsi que quatre-vingt sept épisodes de la série télévisée The
Last Drive-in-with Bob Briggs
entre 2018 et 2023. Eight Eyes
est l'une des premières œuvres cinématographiques à avoir été
produite par la société de distribution américaine Vinegar
Syndrome
dont l'objectif principal est la protection et la préservation des
films de genre. C'est ainsi qu'en 2021 est créé VSP
(ou
Vinegar Syndrome
Pictures),
une filiale qui sous ce nom verra émerger des œuvres rares, parfois
inachevées, comme dans le cas du film d'action du taïwanais John
Liu, New York Ninja.
Un film datant de 1984 et dont le tournage fut interrompu après la
faillite du distributeur d'origine. L'œuvre sera finalement rachetée
par Vinegar
Syndrome
et sera la première à voir le jour sous la bannière de VSP !
Eight Eyes
est quant à lui, le premier long-métrage à être directement
produit sous la houlette de Vinegar
Syndrome Pictures.
La société s'est alors associée à Not
the Funeral Home,
autre entreprise de production spécialisée dans le cinéma
d'horreur et de genre qui est responsable en outre de la diffusion
sur la plateforme Shudder
de la série The Last Drive-in-with Bob Briggs
mais également du cinquième opus de la franchise Subspecies
intitulé Castle Freak, Subspecies V: Bloodrise
et dont le réalisateur est Ted Nicolaou. À la vision de Eight
Eyes,
les plus vieux d'entre nous seront probablement interloqués par
l'étonnante correspondance qui existe entre le film d'Austin
Jennings et le long-métrage culte de Tobe Hooper réalisé cinquante
ans en arrière, Massacre à la tronçonneuse.
Car si le premier long-métrage du cinéaste
multi-tâches débute comme l'un de ces films d'horreur prenant pour
cadre la visite d'un ou plusieurs touristes américains en Europe
virant au cauchemar, la seconde moitié du récit entre de plain-pied
au sein d'une famille qui n'est pas sans rappeler celle de ''Tronche
de cuir'' (ou Leatherface en version originale) et de sa famille
d'anthropophages dégénérés.
Cass (Emily Sweet) et Gav
(Bradford Thomas) peuvent être ainsi comparés à Sally Hardesty
(Marilyn Burns) et son compagnon Jerry (Allen Danziger). Si ces
derniers étaient en terrain conquis puisque demeurant sur le
territoire américain, ils allaient avec leur entourage être
confrontés à une famille de timbrés jusqu'à ce que ne survienne
qu'une unique survivante en la personne de Sally ! Dans le cas
de Cass et de Gav, ce couple d'américains marié depuis un an décide
d'organiser une tardive lune de miel en Serbie. Assistant tout
d'abord au mariage d'un couple originaire du pays, Cass et Gav
croisent dès le lendemain un certain Saint Pierre (Bruno
Veljanovski) qui prétend avoir participé la veille au même
événement qu'eux. Rapidement, l'homme, borgne, offre ses services
aux jeunes américains. Les conviant à visiter quelques lieux
pittoresques du pays. Plutôt confiant, Gav se laisse guider par cet
étrange autochtone tandis que Cass émet quelques réserves.....
Quand on vous dit qu'il ne faut pas suivre des inconnus, mieux vaux
s'en tenir à ce genre de conseil. Surtout lorsque l'on se retrouve
dans la situation de Cass et de Gav... Hommage évident au cinéma
des années soixante-dix, l'une des particularités de Eight
Eyes
est d'avoir été filmé à l'aide d'une caméra 16
mm Kodak.
Un matériel employant un format de pellicule argentique populaire
dans les années soixante/soixante-dix qui permet d'obtenir un grain
relativement prononcé. Certaines séquences furent quant à elles
produites à l'aide d'une caméra Super
8mm.
Permettant ainsi l'obtention d'images beaucoup plus dégradées,
granuleuses et instables. Le tout ayant été évidemment shooté
numériquement en 4K
pour la commercialisation du long-métrage. Autre aspect intéressant
du film, son approche parfois mystique, avec ces voix d'outre-tombe
dont la signification demeure très longtemps un mystère.
Partagés
entre plusieurs équipes, certains effets-spéciaux arborent une
esthétique vintage et fantastique qui tranche littéralement avec le
propos horrifique du film. D'autres par contre sont consacrés aux
quelques effets gore, tels l'égorgement d'Anton (Jovan Stankovic) ou
l'éventration de de Wax Baby (Nenad Mijatovic), tous deux frères de
Saint Pierre et dont le second fait largement référence à
Leatherface jusqu'à demeurer muet et porter un masque couvrant
l'intégralité de son visage. Lorsque le couple d'américains se
retrouve piégé dans la sordide maison familiale appartenant à
l'oncle de Saint Pierre (un oncle sous oxygène qui passe son temps à
se masturber devant des vidéos pornographiques ou à jouer de la
guimbarde), le malaise qui déjà était prégnant lors de la visite
''culturelle'' de coins tout aussi sordides du pays se renforce
davantage. Murs crasseux, investis par la moisissure et par des
tâches dont l'origine demeure plus que douteuse. Pièces encombrées
de tout un fatras d'objets aussi hétéroclites qu'iconoclastes. Et
puis, il y a l'attitude des membres de la famille, tous plus tarés
les uns que les autres, dont ce Wax Baby, justement, portant sur le
visage un masque de bébé recouvert de cire de bougie et se
promenant tranquillement, toute bedaine et ''zguègue'' à l'air dans
l'infâme demeure. Eight Eyes
est donc une œuvre très particulière, sortant visuellement des
sentiers battus. Un film Grindhouse
au sens le plus noble. Cependant, le long-métrage d' Austin Jennings
n'est pas dénué de défauts. Le rythme plutôt lent passe encore
lorsqu'il s'agit de visiter des recoins sombre de Serbie. Mais
lorsque survient la vengeance de Cass, la mollesse avec laquelle
intervient la jeune américaine face à ses bourreaux frise le
ridicule. Comme cette fin qui pour le coup est à l'exact opposé de
Massacre à la tronçonneuse dans
lequel, Sally était poursuivie avec acharnement par Leatherface.
Dans le cas de Eigth Eyes,
la jeune femme s'empare d'un van (encore une référence au
long-métrage de Tobe Hooper?) et s'en va, tranquillement, Saint
Pierre rodant autour du véhicule sans penser un instant à faire
sauter en éclat l'une des vitres pour s'en prendre à la jeune
femme! Oh, et puis tiens ! Quitte à faire référence à
Massacre à la tronçonneuse,
n'oublions pas d'évoquer la Mama (Gordana Jovic), qui sous sa forme
cadavérique est momifiée.... Comme la grand-mère de la ''famille
Tronçonneuse'' justement...
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