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mardi 13 janvier 2026

Eight Eyes d'Austin Jennings (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆


 

Originaire des États-Unis, le réalisateur, scénariste, monteur, chef décorateur, musicien et acteur Austin Jennings signe avec Eight Eyes son tout premier long-métrage après avoir réalisé en 2009 le court-métrage Casting Session ainsi que quatre-vingt sept épisodes de la série télévisée The Last Drive-in-with Bob Briggs entre 2018 et 2023. Eight Eyes est l'une des premières œuvres cinématographiques à avoir été produite par la société de distribution américaine Vinegar Syndrome dont l'objectif principal est la protection et la préservation des films de genre. C'est ainsi qu'en 2021 est créé VSP (ou Vinegar Syndrome Pictures), une filiale qui sous ce nom verra émerger des œuvres rares, parfois inachevées, comme dans le cas du film d'action du taïwanais John Liu, New York Ninja. Un film datant de 1984 et dont le tournage fut interrompu après la faillite du distributeur d'origine. L'œuvre sera finalement rachetée par Vinegar Syndrome et sera la première à voir le jour sous la bannière de VSP ! Eight Eyes est quant à lui, le premier long-métrage à être directement produit sous la houlette de Vinegar Syndrome Pictures. La société s'est alors associée à Not the Funeral Home, autre entreprise de production spécialisée dans le cinéma d'horreur et de genre qui est responsable en outre de la diffusion sur la plateforme Shudder de la série The Last Drive-in-with Bob Briggs mais également du cinquième opus de la franchise Subspecies intitulé Castle Freak, Subspecies V: Bloodrise et dont le réalisateur est Ted Nicolaou. À la vision de Eight Eyes, les plus vieux d'entre nous seront probablement interloqués par l'étonnante correspondance qui existe entre le film d'Austin Jennings et le long-métrage culte de Tobe Hooper réalisé cinquante ans en arrière, Massacre à la tronçonneuse. Car si le premier long-métrage du cinéaste multi-tâches débute comme l'un de ces films d'horreur prenant pour cadre la visite d'un ou plusieurs touristes américains en Europe virant au cauchemar, la seconde moitié du récit entre de plain-pied au sein d'une famille qui n'est pas sans rappeler celle de ''Tronche de cuir'' (ou Leatherface en version originale) et de sa famille d'anthropophages dégénérés.


Cass (Emily Sweet) et Gav (Bradford Thomas) peuvent être ainsi comparés à Sally Hardesty (Marilyn Burns) et son compagnon Jerry (Allen Danziger). Si ces derniers étaient en terrain conquis puisque demeurant sur le territoire américain, ils allaient avec leur entourage être confrontés à une famille de timbrés jusqu'à ce que ne survienne qu'une unique survivante en la personne de Sally ! Dans le cas de Cass et de Gav, ce couple d'américains marié depuis un an décide d'organiser une tardive lune de miel en Serbie. Assistant tout d'abord au mariage d'un couple originaire du pays, Cass et Gav croisent dès le lendemain un certain Saint Pierre (Bruno Veljanovski) qui prétend avoir participé la veille au même événement qu'eux. Rapidement, l'homme, borgne, offre ses services aux jeunes américains. Les conviant à visiter quelques lieux pittoresques du pays. Plutôt confiant, Gav se laisse guider par cet étrange autochtone tandis que Cass émet quelques réserves..... Quand on vous dit qu'il ne faut pas suivre des inconnus, mieux vaux s'en tenir à ce genre de conseil. Surtout lorsque l'on se retrouve dans la situation de Cass et de Gav... Hommage évident au cinéma des années soixante-dix, l'une des particularités de Eight Eyes est d'avoir été filmé à l'aide d'une caméra 16 mm Kodak. Un matériel employant un format de pellicule argentique populaire dans les années soixante/soixante-dix qui permet d'obtenir un grain relativement prononcé. Certaines séquences furent quant à elles produites à l'aide d'une caméra Super 8mm. Permettant ainsi l'obtention d'images beaucoup plus dégradées, granuleuses et instables. Le tout ayant été évidemment shooté numériquement en 4K pour la commercialisation du long-métrage. Autre aspect intéressant du film, son approche parfois mystique, avec ces voix d'outre-tombe dont la signification demeure très longtemps un mystère.


Partagés entre plusieurs équipes, certains effets-spéciaux arborent une esthétique vintage et fantastique qui tranche littéralement avec le propos horrifique du film. D'autres par contre sont consacrés aux quelques effets gore, tels l'égorgement d'Anton (Jovan Stankovic) ou l'éventration de de Wax Baby (Nenad Mijatovic), tous deux frères de Saint Pierre et dont le second fait largement référence à Leatherface jusqu'à demeurer muet et porter un masque couvrant l'intégralité de son visage. Lorsque le couple d'américains se retrouve piégé dans la sordide maison familiale appartenant à l'oncle de Saint Pierre (un oncle sous oxygène qui passe son temps à se masturber devant des vidéos pornographiques ou à jouer de la guimbarde), le malaise qui déjà était prégnant lors de la visite ''culturelle'' de coins tout aussi sordides du pays se renforce davantage. Murs crasseux, investis par la moisissure et par des tâches dont l'origine demeure plus que douteuse. Pièces encombrées de tout un fatras d'objets aussi hétéroclites qu'iconoclastes. Et puis, il y a l'attitude des membres de la famille, tous plus tarés les uns que les autres, dont ce Wax Baby, justement, portant sur le visage un masque de bébé recouvert de cire de bougie et se promenant tranquillement, toute bedaine et ''zguègue'' à l'air dans l'infâme demeure. Eight Eyes est donc une œuvre très particulière, sortant visuellement des sentiers battus. Un film Grindhouse au sens le plus noble. Cependant, le long-métrage d' Austin Jennings n'est pas dénué de défauts. Le rythme plutôt lent passe encore lorsqu'il s'agit de visiter des recoins sombre de Serbie. Mais lorsque survient la vengeance de Cass, la mollesse avec laquelle intervient la jeune américaine face à ses bourreaux frise le ridicule. Comme cette fin qui pour le coup est à l'exact opposé de Massacre à la tronçonneuse dans lequel, Sally était poursuivie avec acharnement par Leatherface. Dans le cas de Eigth Eyes, la jeune femme s'empare d'un van (encore une référence au long-métrage de Tobe Hooper?) et s'en va, tranquillement, Saint Pierre rodant autour du véhicule sans penser un instant à faire sauter en éclat l'une des vitres pour s'en prendre à la jeune femme! Oh, et puis tiens ! Quitte à faire référence à Massacre à la tronçonneuse, n'oublions pas d'évoquer la Mama (Gordana Jovic), qui sous sa forme cadavérique est momifiée.... Comme la grand-mère de la ''famille Tronçonneuse'' justement...


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