Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


jeudi 28 décembre 2023

The Exam de Shawkat Amin Korki (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Un événement qui chez nous peut paraître presque insignifiant peut avoir des conséquences terribles dans un pays qui connaît certaines formes de répressions. On se souvient notamment de Mahsa Amini qui à Téhéran fut arrêtée par les autorités pour port de vêtements inappropriés. Une garde à vue lors de laquelle la jeune femme perdra la vie après avoir été battue à mort. D'origine kurde, l'annonce de son décès provoquera des mouvements de contestation au Kurdistan iranien lors desquels des centaines d'hommes et de femmes perdront la vie. Ça n'est certes pas le sujet qui intéresse ici le réalisateur irakien Shawkat Amin Korki même si d'une certaine manière nous retrouvons dans le cas de son dernier long-métrage intitulé The Exam, ce besoin profond de décrire la condition de la femme au Kurdistan Irakien. L'héroïne de ce puissant témoignage est moins cette jeune adolescente qui pour se sortir d'une situation qu'elle n'a pas choisi de provoquer est prête à tricher lors de ses examens, que sa grande sœur bien décidée à l'aider. Le seul moyen pour la jeune Rojin d'éviter d'épouser un homme dont elle ne veut pas mais dont le mariage est déjà prévu de longue date est effectivement de réussir ses examens d'entrée à l'université. Malheureusement pour elle, bien qu'elle prépare le concours d'entrée depuis longtemps, ses carences sont telles qu'elle n'a pratiquement aucune chance de réussir. Mais la condition des jeunes dans ce pays fait que des hommes ont choisi de mettre en place un système de triche auquel la grande sœur Shilan va participer afin que Rojin réussisse l'examen et entre ainsi à l'université... Ça n'est pas tous les jours que l'occasion de traiter d'un film originaire du Kurdistan se présente et lorsque tel est le cas, c'est avec d'infinies précautions qu'il vaut mieux l'aborder. Nous ne reviendrons donc pas sur l'aspect naïvement tragique de ce film qui se veut être autant un drame qu'un thriller. Pour pouvoir juger de manière tout à fait objective la portée d'actes qui chez nous engendreraient des dégâts collatéraux infinitésimaux, il faut se mettre dans le contexte social et politique du pays où se situent les enjeux du récit. Principalement incarné par l'épatante Avan Jamal, The Exam décrit d'abord le quotidien des femmes et renvoie presque le titre du long-métrage à ce seul examen d'une société où la plus chanceuse d'entre toutes est encore celle à laquelle on accorde tout de même le droit de s'exprimer. Encore faut-il qu'elle vive auprès d'un mari progressiste. Le personnage de Shilan oscille entre cette femme soumise qu'elle semble être parfois et celle qui rêve d'un avenir meilleur pour sa petite sœur. Le dernier long-métrage en date de Shawkat Amin Korki s'inscrit sur deux plans.


D'abord, ce drame au sein duquel s’immisce le suspens lorsque, notamment, la jeune femme est contrainte d'aller récupérer derrière une poubelle un téléphone portable où sont enregistrées les réponse des examens. Quelques mètres à parcourir pour aller les récupérer et, au juger, un risque minime... Mais pas tant que cela puisque vient s'inscrire ensuite au cour du récit l'époux Sardar (l'acteur Hussein Hassan Ali), un homme a priori moins conservateur qu'il n'y paraît mais qui devant l'étrange jeu que semble jouer son épouse devient méfiant au point de la suivre ou bien même de s'acheter un pistolet chez un trafiquant d'armes. La tension naît essentiellement des risques que l'on connaît à travers les communiqués que transmettent les médias chaque fois qu'un événement tragique ou d'importance se déroule dans un pays du Moyen-Orient. C'est pourquoi, le moindre fait et geste effectué par Shilan nous paraît déjà beaucoup plus angoissant que s'il n'avait été perpétré dans un pays d'Occident. Un suspens presque constant dans un cadre peu ou pas du tout idyllique et où l'on craint à chaque instant pour la vie de Shilan et finalement moins pour celle qu'elle tente d'aider tant le réalisateur et la jeune interprète de Rojin, l'actrice Vania Salar, semblent être détachés l'un et l'autre de ce personnage. The Exam se pose en témoignage parfois terrifiant, où la femme peut être dès son plus jeune âge l'objet d'une marchandisation et même d'un certain mépris de la part de ses proches. Comme en témoigne d'ailleurs le propre père de l'étudiante qui demande à sa grande sœur pourquoi elle ne laisse pas Rojin partir (comprendre, se suicider !). Ajouté à cela l'inquiétude de Roin au sujet de son fiancé disparu en mer il y a deux ans lors de ce que l'on peut supposer être un transport de migrants, de l'évolution sporadique des mœurs visibles à travers la poigne d'une directrice d'école qui ne s'en laisse pas compter face à la gente masculine ou de ces valeureux hommes qui, loin d'être des intégristes, s'organisent pour que la jeunesse puisse échapper aux dictât qui règnent au sein de leur propre pays... Et pourtant, l'on ne ressort pas du récit ému et aussi bouleversé que nous l'attendions. Peut-être parce que justement, le réalisateur a choisi de se poser moins en dénonciateur nihiliste qu'en observateur discret. Reste que The Exam est une œuvre qui mérite d'être découverte...

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...