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mercredi 3 mai 2023

Strange Circus (Kimyô na sâkasu) de Sion Sono (2005) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Il bat, dans la cage thoracique de Sion Sono, un cœur (comme le prouvera ici, la superbe partition musicale dont il est lui-même l'auteur). S'il est un sujet particulièrement délicat à aborder au cinéma ou dans toute autre forme d'art, c'est l'inceste. Surtout lorsque ce dernier s'accompagne d'une notion de pédophilie. Que deux adultes, frères et sœurs pour ne citer que cet exemple, s'adonnent à des jeux sexuels avec le consentement de l'un et de l'autre, qui peut leur en vouloir ou les en empêcher ? Personne. Mais de là à accepter qu'un père abuse de sa propre fille qui de plus n'est âgée que de douze ans, c'est là, déjà une toute autre histoire. Celle que va justement nous raconter le réalisateur japonais à travers Strange Circus (Kimyô na sâkasu). Un long-métrage osant pratiquement tout dès lors qu'il aborde l'une des pires déviances sexuelles mises à disposition des plus pervers parmi les hommes. Sorti en 2005, Strange Circus est épouvantablement beau et tragiquement poétique. Nourrissant son œuvre d'une multitude de visions tantôt parfaitement dégueulasses, tantôt féeriques, les codes visuels et esthétiques prennent ici une importance considérable qui aurait pu épargner aux spectateurs d'assister à quelques séquences parmi les plus dingues sur le sujet de l'inceste et de la pédophilie...


Et pourtant, Sion Sono, lui, s'en fiche. Parce que si durant l'antiquité l'on affirmait que les paroles s'envolent et que les écrits restent (Verba volant, scripta manent), le japonais oppose au don de parole et à l'art de l'écriture une image/témoignage de ce que peut endurer une gamine à peine formée une fois enfermée dans la chambre parentale avec son pervers de paternel ! C'est cru, choquant, libéré de toute contrainte liée à l'éventuelle censure ou la moindre condamnation dans le plus large sens du terme. Sion Sono aime ces ''malades'' qui se cachent au sein de nos sociétés et plus encore celles qui ternissent l'image de son propre pays. Cold Fish et son couple de tueurs en série. Exte – Hair Extension et son employé de morgue fétichiste des cheveux qu'il prélève sur des cadavres. Celui de Strange Circus fait partie de cette frange de la population que l'on imagine mal s'adonner à de telles perversions. On l'imagine plutôt en bon père et bon époux d'une famille aisée, étant d'autant plus le directeur de l'école où étudie sa gamine. Mais non, il fallait bien se douter que dans les rouages de cette famille visiblement parfaite où d'emblée, la jeune Mitsuko affirme tout de même qu'elle a été condamnée à mort dès la naissance, celui sur lequel repose en théorie confiance et sécurité (l'acteur Hiroshi Ohguchi) allait porter le lourd fardeau du père fouettard !


Contrairement à n'importe quel ouvrage littéraire et quelle que soit la langue d'origine, le scénario de Strange Circus ne se lit pas simplement de gauche à droite ou inversement mais de haut en bas, en commençant par la fin, le milieu, que sais-je, mais surtout, oui, surtout entre les lignes. Des lignes auxquelles s'interposent des images du passé sous la forme d'obscures flash-back pas toujours remarquables d'un points de vue artistique (l'aspect clipesque parfois indigeste pourra en rebuter certains). Décrivant la lente désagrégation mentale et physique de son héroïne, le long-métrage de Sion Sono est d'une rigueur labyrinthique qui donne le tournis, appliquant sur fond de viol et de voyeurisme, les préceptes qui mènent aux dérèglements psychologique et identitaire. À tel point que le fait-divers mue en un roman écrit à l'âge adulte par Mitsuko, signifiant ainsi que derrière l'écriture se cache peut-être et même sans doute un être en proie à la schizophrénie. L'arrivée d'un nouveau personnage (Issei Ishida dans le rôle de Yûji Tamiya) complexifie davantage un récit qui confond la mère et son enfant. Et notamment à travers l'image que renvoient divers miroirs. Strange Circus bouscule pratiquement toutes les conventions en terme de mise en scène et d'écriture. Surtout pour un sujet aussi grave. À l'image du non moins passionnant Mysterious Skin de Gregg Araki qui avant Sion Sono inventait déjà un imaginaire délicat pour mieux faire passer la pilule. Aussi bouleversant que pouvait le signifier le sujet mais ponctué de quelques séquences un brin désuètes dont nous nous serions objectivement passés, Strange Circus est un (très) grand film...

 

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