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mercredi 13 avril 2022

L'inconnu (The Unknown) de Tod Browning (1927) - ★★★★★★★★★★

 


 

Fasciné par la difformité physique, le réalisateur et scénariste américain Tod Browning aura au moins abordé à trois reprise le sujet de la différence avec en premier lieu, Le Club des trois (The Unholy Three) daté de 1925 et ses personnages dignes de figurer dans n'importe quel cirque itinérant exhibant entre le milieu du dix-neuvième et le milieu du vingtième siècles, des femmes et des hommes atteints de tares physiques. Une approche de l'humanité qui atteindra des sommets en 1932 avec l'un des chefs-d’œuvre de Tod Browning, Freaks, la monstrueuse parade. Film maudit, interdit durant des décennie, et qui contrairement à ce que son contenu pourrait laisser croire, est un hommage et un témoignage d'amour envers ces êtres physiquement ''monstrueux'' mais à la morale exemplaire. Entre ces deux films, le réalisateur américain réalisa L'inconnu (The Unknown) en 1927. Autre très grand film de Tod Browning qui avec sa petite poignée de personnages, mais accompagné d'un script imparable signé de Waldemar Young d'après une histoire écrite par le réalisateur lui-même, s'avère un très grand moment de cinéma muet. D'une durée n'excédant pas les soixante-cinq minutes (le film étant parfois plus court selon la version), L'inconnu est une magnifique histoire d'amour, de sacrifice, mais aussi de vengeance. Le cadre : un cirque itinérant où sont employés Malabar (l'acteur Norman Kerry), véritable force de la nature épris de la douce et jolie Nanon (Joan Crawford), la fille du directeur Antonio Zanzi (Nick de Ruiz). Et puis, il y a Alonzo, homme sans bras, fou amoureux lui aussi de la jeune femme. Celle-ci ayant peur du moindre contact physique avec les hommes, Alonzo possède un net avantage sur Malabar, cette brute gentille mais manquant parfois de douceur...


Si vous n'avez pas encore découvert cette merveille absolu, ce terme de chef-d’œuvre que peut revendiquer L'inconnu sans rougir le moins du monde, passez désormais votre chemin et ne lisez pas ce qui suit... Car plus que cette histoire d'amour et ce trio de personnages, c'est bien le caractère incroyablement diabolique du scénario qui laissera pantois d'admiration n'importe quel cinéphile. Au point même que son écriture semble aller bien au delà de celle, plus ''classique'' de Freaks, la monstrueuse parade. Ici, en l'espace d'un peu plus d'une heure seulement, le film nous révèle le caractère et les intentions d'un Alonzo qu'interprète admirablement celui que l'on surnomait ''l’homme aux mille visages'', Lon Chaney. L'acteur y brille tant par sa capacité à se fondre dans son personnage que l'on a parfois, et même très souvent, le sentiment d'être face à un authentique ''monstre de foire''. Sans bras et contraint de pratiquer l'antipodisme, Alonzo cache surtout de sombres secrets. Attention Spoil !!! En effet, plus que le doux prétendant à l'amour de la belle Nanon, le manchot est un criminel qui se cache sous cet emploi afin d'échapper à la police qui le recherche. Son assistant Cojo (l'acteur John George) et lui sont en effet les seuls à savoir qu'il cache ses membres supérieurs sous un corset qu'il ne retire qu'à l'abri des regards...



Coupable plus tard du meurtre du directeur du cirque qui a découvert le pot aux roses, Alonzo se voit désormais contraint de demander à un chirurgien d'opérer une ablation de ses deux bras s'il veut pouvoir s'attirer les faveurs de Nanon. Malheureusement pour lui, lors de son absence, la jeune femme s'est débarrassée de sa crainte envers les hommes et a finit par accepter d'épouser Malabar... Lorsque l'on évoque le terme de sacrifice, la chose prend ici une ampleur sans égale. Il y a dans cet Inconnu, un peu de la tragédie que connaîtront les personnages de l'époustouflant Santa Sangre que réalisera bien des décennies plus tard le chilien Alessandro Jodorowsky. Lon Chaney y est tour à tour bouleversant et inquiétant, l'amour et la... ''trahison'' le menant jusqu'à ce sourire sinistre, signe de sa double personnalité. Laquelle le poussera dans ses derniers retranchements de criminel jusqu'à ce que l'amour l'emporte par son propre sacrifice. Passé le cap du muet auquel certains spectateurs craindront sans doute de se frotter, l'on oublie rapidement que les dialogues s'inscrivent sous forme d'inter-textes pour nous plonger dans ce drame poignant, admirablement interprété, au scénario extrêmement fort et à la mise en scène sublime...

 

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