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vendredi 4 janvier 2013

Сталкер - Stalker de Andreï Tarkovski (1979) - ★★★★★★★★★★



Suivre les péripéties de personnages façonnés par Andreï Tarkovski pourra sans doute paraître futile aux yeux d'un certain nombre d'entre nous car il faut bien l'admettre, son cinéma est amorphe, somnambule, presque épuisant dans son traitement. Tarkovski prends son temps lorsqu'il s'agit de raconter des histoires comme celle de cette zone, au cœur de la Russie et dont la légende raconte qu'elle possède un lieu, la chambre, où les souhaits et les désirs peuvent être exaucés à ceux qui y mettent les pieds. Un lieu dangereux formellement interdit et protégé par la police que personne ne connaît vraiment et dont les origines restent assez floues. On croit savoir qu'une météorite s'est écrasée ou que son existence est liée à la venue d'extra-terrestres mais qu'en est-il réellement? Pour le découvrir, un écrivain, accompagné d'un physicien, va faire appel à un Stalker, l'un de ces seuls hommes capable de les accompagner sur le chemin qui mène à la zone.


Alors que les trois hommes pénètrent la zone proche de "la chambre" et que le stalker semble s'inquiéter du comportement trop empressé du physicien et de l'écrivain, il leur révèle que l'endroit est truffé de pièges. Que ceux-ci peuvent prendre d'innombrables formes et qu'il sont tous mortels. Il leur explique qu'un passage auparavant aisé peut devenir un chemin impraticable. Il donne à ses compagnons l'impression que la zone vit. Qu'elle a ses caprices. D'autres avant eux s'y sont essayés et certains ont périt au seuil même de la chambre. Le pire est que la morphologie des lieux et des pièges qu'ils recèlent semble être régie en fonction de l'état psychologique de ceux qui pénètrent la zone. Le stalker éprouve de plus en plus de difficultés à gérer la situation alors que l'écrivain, lui, se pose des questions sur la réelle utilité d'écrire pendant que le physicien revient sur les raisons qui poussent le stalker à mener des étrangers sur le chemin de la zone. Alors que les trois hommes se trouvent enfin au seuil de la chambre, chacun vocifère à sa façon le mal-être qui semble l'étreindre. Le physicien révèle son vrai visage, armé d'une bombe, il affirme vouloir faire disparaître la chambre avant qu'elle ne tombe entre les mains de personnes mal intentionnées. En réalité celui-ci n'a comme désir que celui d'une vengeance visant l'homme, un ami, avec lequel sa femme l'a trompé et qu'il menace de révéler à la population l'emplacement de la chambre resté jusqu'ici secret. Le stalker quand à lui tente coûte que coûte de prouver sa bonne fois en affirmant que son but n'est pas mercantile mais que s'il propose à ceux qui le désirent de traverser la zone, c'est dans leur unique intérêt ainsi que celui de la population.


"Stalker" de AndreÎ Tarkovski est un film à part. Poème crépusculaire se déroulant dans un univers apocalyptique, il traîne ses personnages le long d'une voie parsemée de pièges construits autour de leur personnalité. La fulgurante beauté des images rappelle parfois les œuvres expressionnistes les plus majestueuses du début du vingtième siècle. Tarkovski semble avoir digéré le cinéma de ses pairs afin de le sublimer à travers un visuel en tout point bluffant. On n'imagine pas des cinéaste tels que Lars Von Trier avoir bâtit leurs premières œuvres sans avoir été inspirés par "Stalker". Trier avec sa trilogie du E ( "Element of crime", "Epidemic", "Europa") semble avoir créé le prolongement visuel du film de Tarkovski. Ce dernier dépeint une société désagrégée par le nucléaire dans une cité où la vie autre que le végétal semble avoir plié bagages. Il prends son temps lorsqu'à travers ses longs travelling il nous offre la vision de peintures superbe, chaque plan semblant provenir d'un tableau vivant dans lequel nos trois personnages se perdent. Du réalisme des décors du début du film l'on plonge peu à peu dans un univers toujours plus sordide mais revêtant une aura fantastique. Au point même de rappeler vers la fin les univers de certains peintres surréalistes tels que Salvatore Dali. ou encore Urs Amman. 


Les acteurs personnifient des hommes curieux de tout mais très vite dépassés par les événements étranges auxquels ils vont devoir très vite faire face. Alexandr Kajdanovsky est impressionnant dans le rôle du stalker. Désemparé par cette situation qui lui échappe, il exprime à travers son visage la peur profonde liée à l'éventuelle perte d'un gagne pain qu'il affirme concevoir comme une manière d'aider son prochain plus qu'une façon de se remplir les poches. Anatoli Solonitsyn campe lui le rôle d'un écrivain en quête d'identité. C'est sans doute le personnage le plus énigmatique de cette passionnante aventure. Ce mystère fait de lui le personnage le plus insaisissable et donc le plus dangereux. Quand à Nikolaï Grinko, derrière un faciès commun et passe-partout se cache un homme dont les peu louables intentions font de lui un être fourbe et revanchard, tellement épris de vengeance qu'il n'imagine même pas les conséquences que pourraient avoir ses intentions de destruction. La musique d'Eduard Artemyev se mêle à des dialogues d'une richesse rare et envoûte celui qui choisit d'accompagner le trio d'acteurs. Une musique superbe et hypnotique dont la discrétion se fond dans des décors d'une beauté à couper le souffle. Car même dans la décrépitude, dans l'accumulation de visuels cauchemardesques, les décors de Aleksandr Bojm et Andreï Tarkovski lui-même sont un bonheur pour les yeux et participent vivement à l'élaboration d'un récit qui autrement aurait sans doute paru en demi-teinte. Tarkovski semble l'avoir compris, les images elles-mêmes sont un personnage à part entière et ce que l'on aurait pu prendre pour une mise en scène fatiguée n'est en réalisé que l'offrande d'un cinéaste qui se repose sur un visuel fantastique offert aux spectateur déjà acquis à sa cause. Le septième art ne devrait compter que des films de cet acabit. Souhaitons que le cinéma américain n'ai pas la mauvaise idée d'en réaliser un remake comme ce fut le cas pour "Solaris" du même Andreï Tarkovski.

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