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lundi 21 octobre 2024

Models d'Ulrich Seidl (1999) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

L'univers dans lequel évolue le cinéma du réalisateur, scénariste, producteur et directeur de la photographie autrichien Ulrich Seidl peut engendrer diverses émotions. Fascination, répulsion, moquerie ou déception. Entre documentaires et fictions, l'homme a établi l'un de ces nouveaux modèles en matière de provocation, agitant les grelots de la bien-pensance pour les jeter contre un mur ou au vide-ordure et ne conserver de son art que la facette la plus douloureuse et la plus crue. Models est l'un de ces premiers pavés qu'il jeta dans la mare en 1999 en s'intéressant à trois mannequins dont la beauté parfois toute relative aura bien du mal à cacher le chemin de croix par lequel Viviane, Lisa et Tanja auront été contraintes de passer pour parvenir à grimper les différentes marches menant au succès. Le triomphe de la beauté n'étant pourtant pas ici très clairement synonyme de réussite professionnelle puisque nos trois héroïnes qui malgré des préoccupations qui nous dépassent généralement vont devenir au fil du récit plus ou moins attachantes, la déchéance de l'une ou les projets de maternité d'une seconde vont permettre à Ulrich Seidl d'exposer différents points de vue chez ces femmes qui décidément ne cessent de nous surprendre. Celle dont le réalisateur semble se préoccuper davantage de la personnalité est Viviane qu'interprète Vivian Bartsch. Tout comme les deux autres actrices qu'il met ici en avant, la jeune femme incarne ici son premier rôle au cinéma. Celui d'une jolie jeune femme à l'ambition dévorante, capable de se donner corps et âme pour y arriver. Du moins jusqu'à ce point de rupture où l'instinct maternel viendra tout remettre en question. Compagne de Werner (Werner Hotzy) avec lequel elle vit depuis quelques mois, Vivian passe son temps entre les séances de shooting et les boites de nuits où elle retrouve plusieurs de ses copines dont Lisa et Tanja. Si cette dernière, interprétée par Tanja Petrovsky, accuse un temps de présence à l'image beaucoup moins important que les deux autres, Lisa (Lisa Grossmann), se positionne quant à elle comme la caricature ultime de la blonde décérébrée dont on ne peut cependant pas nier qu'elle attire l'empathie à force d'évoquer cette perdition vers laquelle tend ce personnage immature, sorte de Barbie peroxydée, botoxée, siliconée et perpétuellement défoncée à la coke !


En deux heures, Ulrich Seidl laisse au spectateur le temps de s'accoutumer à cette vie désespérément superficielle filmée au temps où le traitement de ces jeunes femmes par certains professionnels ne risquait pas de mener ces derniers devant les tribunaux. Il reste ici quelques traces d'Ulrich Seidl liés à ses travaux passés de réalisateur de documentaires puisque sous l'officiel apparat de la fiction, Models semble prendre ses interprètes sur le vif et les filmer dans leur ''milieu naturel'' avec ce sens du décorum minimaliste qui n'appartient qu'au genre. Mais surtout, le long-métrage montre une facette de la profession peu reluisante. Où la prise de drogues, l'anorexie, la chirurgie esthétique semblent parfois entrer dans le cadre du mannequinat. Si le réalisateur autrichien est également conscient des dérives liées à la profession, le personnage de Vivian n'en est pas moins lucide concernant les sacrifices qu'elle se doit d'engager si elle veut parvenir jusqu'à la plus haute marche, s'amusant même de cette situation, notamment lors de sa rencontre avec ce photographe professionnel renommé qu'elle tente d'amadouer à l'aide de ses charmes. Clinique et névrosé, Models éveille finalement la curiosité poussant le spectateur à aller plus loin dans cette étrange expérience de cinéma où le vérisme côtoie la fiction lors d'un ballet où se confondent l'un et l'autre. Malgré la vacuité généralisée des préoccupations tenues par nos trois jeunes héroïnes et des environnement froids et impersonnels qui contrastent avec l'imaginaire qui se crée dans la tête de ces petites filles qui rêvent un jour de gloire en arpentant les pages glacées des magazines de mode, Models est un véritable uppercut, moins voyeuriste qu'il n'y paraît. Malgré la nudité, son rapport à la sexualité ou son approche pessimiste du métier de mannequin, Ulrich Seidl signe ici une œuvre profondément humaine, qui bouleverse nos habitudes de cinéphiles, premier vrai grand pavé dans la mare d'une filmographie dont son auteur ne cessera d'examiner à la loupe l'âme de ses légions de personnages....

 

dimanche 7 octobre 2018

Paradies : Hoffnung de Ulrich Seidl (2013) - ★★★★★★★☆☆☆



Alors que Paradies: Liebe et Paradies : Glaube offraient un vaste champ d'expérimentations à des individus qui pouvaient être soit moralement, intellectuellement ou socialement en marge des conventions sociétales, Ulrich Seidl clôt son étonnante trilogie avec un Paradies : Hoffnung plus joyeux, plus tendre avec ses personnages et surtout, bien moins empreint de noirceur. Après avoir partagé l'histoire d'Anna Maria, puis de Teresa, c'est avec une certaine douceur que le cinéaste autrichien se penche sur celle de Mélanie, une toute jeune adolescente de treize ans seulement, enfermées dans un institut traitant des cas d'obésité. Là-bas, elle y rencontre d'autres adolescents qui comme elle sont en surpoids. Des filles et des garçons contraints par leurs parents de suivre un traitement à base de régime, de sport, et de cours basés sur la nutrition. Un apprentissage forcé qu'auront bien du mal à suivre certains d'entre eux, dont une Mélanie qui étrangement, se laissera happer par la transgression comme le fit l'année précédente le personnage de Teresa, venue chercher l'amour au Kenya pour finir grisée par la pratique du tourisme sexuel.

Ulrich Seidl filme une fois de plus ses personnages avec une grande simplicité, donnant ainsi à son œuvre une teneur documentaire. Il filme surtout l'inexpérience de son héroïne incarnée par la jeune Melanie Lenz. Une gamine curieuse des aventures sexuelles d'une camarade de chambrée, tombant par la suite amoureuse du directeur du centre. Ce qui s'apparente d'abord à un jeu entre cet homme d'une bonne cinquantaine d'années qui pratique de surcroît la médecine générale, et l'adolescente ( Mélanie et le directeur-médecin s’oscultent mutuellement et sans arrière-pensée) se complique ensuite assez rapidement. Elle, mineure, lui, majeur, leur relation devenant très vite impossible, Mélanie se heurte au refus du médecin d'aller plus loin que les jeux innocents auxquels ils s'adonnent.

Paradies : Hoffnung crée un lien inaltérable avec les deux premiers volets de la trilogie en intégrant dès les premières images, à travers le personnage d'Anna Maria, celle-là même qui était au centre de Paradies : Glaube. Apparaissant ainsi pour un très court moment. Ulrich Seidl clôt d'ailleurs la trilogie d'une manière similaire en faisant intervenir un coup de téléphone qui nous rappelle si besoin était que Mélanie est la fille de Teresa, l'héroïne de Paradies: Liebe. L'autrichien aime ses personnages et ceux qui les interprètent. Sans jamais laisser libre court à une quelconque débauche sexuelle déviante, il dirige ses actrices et ses acteurs avec toute la pudeur qui leur est due. En contrepartie, Melanie Lenz, Verena Lehbauer et les autres offrent leurs formes arrondies à la caméra. Un objectif qui n'entre jamais impudiquement dans leur intimité mais leur offre tout loisir de s'exprimer sur l'une des questions fondamentales qui émergent durant la période de l'adolescence : le sexe ! L'innocence est au centre d'un établissement dirigé par un directeur sensible aux charmes de l'une des pensionnaires et par quelques rares employés, ce qui donne lieu à quelques moments de pur plaisir où les gamins, indisciplinés, foncent tout droit dans les cuisines de l'établissement pour sa gaver des mets qui leurs sont interdits ou veillent tard la nuit, pour discuter, boire, fumer, danser et rire. Le regard d'Ulrich Seidl n'est jamais réprobateur. Il nous convie simplement à suivre l'histoire de ces jeunes mal dans leur peau mais qui, regroupés, peuvent enfin espérer vivre normalement. Un beau message d'espoir, justement, qui vient clore de belle manière, la trilogie Paradies...
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